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Souvenir de la France
Libre |
Le récit que vous allez lire a fait lobjet dune causerie à Asquins le 18 juin 1988. Lorsque les Amis de Vézelay nous ont demandé un résumé pour leur Bulletin nous avons accepté bien volontiers, mais lobligation de réduire à quelques pages un exposé qui a duré une heure et demie nous a posé quelques problèmes et nous espérons que cela naura pas trop desséché notre présentation. André-François et Louise-Marie LEMANISSIER sont deux médecins quau cours de ce récit nous désignerons sous leurs initiales : AF et LM. En 1939, ils étaient récemment mariés et venaient de terminer leur médecine. AF était spécialisé en pneumo-phtisiologie et LM en biologie. En septembre 1939, AF est mobilisé. Affecté comme médecin sous-lieutenant dans une unité dartillerie stationnée dans lEst (où lhiver fut particulièrement rigoureux) il fait, en mars 1940, une grave affection pulmonaire pour laquelle il est hospitalisé dabord à Metz, ensuite à Paris au Val de Grâce, puis dans un sanatorium militaire de la région parisienne. Cest là quil se trouve (comme malade) au moment de la foudroyante avance des troupes allemandes en mai-juin 1940. Ce sanatorium fut alors dissout, les malades étant renvoyés chez eux en permission de convalescence. |
André-François Lemanissier |
Pendant cet hiver 39-40, LM avait pris un poste dans une clinique du Mans et cest là que AF alla la rejoindre, mais les troupes allemandes qui avançaient toujours se trouvèrent bientôt toutes proches du Mans. AF et LM partirent alors tous deux en voiture en direction de la Bretagne où les parents de LM avaient passé ce premier hiver de guerre, près de Paimpol. Mais là aussi, arrivaient déjà les Allemands qui avançaient toujours.
Cest alors que AF eut connaissance de lappel du 18 juin par lequel le Général de Gaulle engageait tous les Français qui le pouvaient à le rejoindre en Angleterre. AF décide de répondre à cet appel et cherche un moyen pour y parvenir, mais il narrive pas à partir de Paimpol. Il demande alors à LM de le conduire vers Brest en suivant la côte, espérant ainsi trouver dans un des ports quils traversaient un moyen dembarquer.
Dans le port de Tréguier, ils aperçoivent un bateau, toutes voiles hissées, qui paraissaient en partance. AF demande au patron de ce bateau où il va et ce dernier lui répond quil part pour lAngleterre. AF lui demande alors de lemmener et il accepte. Deux autres officiers français étaient dailleurs déjà dans le bateau. AF et LM se séparent et AF monte à bord. Au dernier moment il voit que le patron embarque sa femme et son jeune fils. AF lui demande alors sil accepterait demmener LM ce quil accepte. AF redescend et demande à LM si elle veut le suivre. La décision fut angoissante à prendre. LM navait pas du tout prévu cette éventualité. Ses parents croyaient quelle reviendrait le soir ou le lendemain et la santé de son père, gravement malade, rendait improbable quelle le revoie jamais ; Pourtant elle décide de partir et elle embarque.
Auparavant, AF et LM demandent à des personnes qui se trouvaient sur le quai si elles accepteraient de reconduire leur voiture à Paimpol aux parents de LM et de leur apprendre que leur fille était partie avec son mari, et ces inconnus quils nont jamais pu remercier lont fait. Cest ainsi que AF et LM ont quitté la France le 22 juin 1940.
Après trois jours de traversée, le bateau qui sappelait " Fleur dOcéan " arrive à Plymouth où se trouvait déjà un grand rassemblement de bateaux venus de France. Mais leurs passagers ne sont autorisés à débarquer quau bout de trois jours, car les Anglais, redoutant beaucoup linfiltration despions, faisaient de nombreuses vérifications. Et puis, dès quils débarquent, militaires et civils sont séparés et orientés différemment.
AF est envoyé dans un camp militaire près de Liverpool.
LM est gardé avec les civils, groupés eux aussi dans des camps. Elle reste dabord à Plymouth puis elle est envoyée à Londres. Là elle est placée, comme tous les civils, dans une des familles anglaises qui acceptaient des réfugiés. Ceux-ci étaient très surveillés et soumis à des vérifications fréquentes et assez contraignantes. De plus, pendant plusieurs semaines, LM est absolument sans nouvelles de AF, et le bruit courait, parmi les réfugiés civils, que les militaires français avaient été ou seraient renvoyés en Afrique du Nord.
Or, contrairement à ces rumeurs, le Général de Gaulle sétait employé pendant ce temps, à réorganiser une nouvelle armée française et ceci, malgré le peu de bonne volonté des Anglais, effrayés par son audace et qui ne croyaient guère à la réussite dune telle entreprise. Dans cette armée, connue sous le nom de Forces Françaises Libres (F.F.L.), on acceptait les engagements de tous les volontaires. Il y avait environ 18000 militaires français passés en Angleterre, venus de France, après Dunkerque ou de Norvège, mais seulement 1200 de ceux-ci sengagèrent dans le F.F.L.
AF est un des premiers à signer un engagement. Fin juillet 1940, il est envoyé à Londres ou il et affecté comme médecin chef du casernement où étaient groupés tous les militaires qui sengageaient. Là, il apprend que les civils français étaient également arrivés dans la région londonienne. Après beaucoup de recherches, facilitées par la bonne coopération de ladministration anglaise, il arrive à trouver ladresse de LM et la retrouve enfin. Leur joie fut grande. A partir de ce moment le statut de LM change totalement. Femme dun officier allié, elle échappe à toutes les contraintes.
Cest alors quapprenant quil y avait des femmes engagées comme militaires dans certains services de larmée anglaise (service de santé en particulier), LM envisage que la même innovation pourrait être introduite dans les FFL. Avec une jeune femme pharmacien, passée comme elle en Angleterre, elle fait une demande dengagement dans les FFL. Ce projet soulevait une question de principe qui a, paraît-il, provoqué des discussions assez vives à lEtat Major. Cest le Général de Gaulle lui-même qui trancha en déclarant : " Nous sommes très peu nombreux. Partout où une femme peut tenir un poste, il faut laccepter " .
Cest ainsi que LM fut lune des deux premières femmes engagées dans larmée française à titre militaire. Sa nomination comme médecin sous-lieutenant est signée de Gaulle.
A ce moment, et pour éviter des représailles aux familles restées en France, il fut suggéré aux Français Libres de changer de nom. AF et LM prirent le pseudonymes de " ASQUINS ", village très cher à LM et dont la famille maternelle est originaire depuis des générations et où sa mère possédait encore la maison familiale. De plus, il se trouvait que le nom de " ASQUINS " prononcé par les Anglais, prenait une consonance très british. Cest donc sous ce nom quils ont été désignés à partir de ce moment.
AF et LM restèrent dabord à Londres où ils furent affectés comme médecins à lInfirmerie du Dépôt des FFL. Ils en assuraient le travail médical habituel : visite et traitement des malades, des accidentés etc. Ils assuraient aussi les visites médicales dincorporation des volontaires qui continuaient encore de séchapper de France, et cest ainsi quils eurent loccasion dincorporer les hommes venus de lIle de Sein dont on sait quils réussirent tous à gagner lAngleterre. AF et LM passèrent à Londres lhiver 40-41, lhiver du " Blitz " durant lequel lAngleterre et surtout la région londonienne furent soumises à des bombardements aériens dune fréquence et dune intensité terribles et que les Anglais supportèrent avec un courage et un sens de la discipline remarquables.
En 1941, les FFL sétaient augmentées de militaires venant des colonies ralliées à la France Libre. Les unités françaises combattantes commencèrent à reprendre leur place sur les terrains dopération. En particulier, lorsque les Anglais décidèrent de déclencher une opération militaire en Syrie, de Gaulle voulut que les FFL y participent. Il pensait que cétait nécessaire pour que la France conserve une influence dans ce pays. La campagne de Syrie avait pour but dempêcher les Allemands et les Italiens de sintroduire dans cette région qui les intéressait beaucoup parce quils convoitaient le pétrole irakien qui y transitait par oléoduc, alors queux-mêmes avaient, en pétrole, un ravitaillement très insuffisant. La Syrie-Liban était sous mandat français et des troupes du gouvernement de Vichy y cantonnaient mais ne paraissaient pas vouloir sopposer véritablement à linfiltration italo-allemande. Cest ce qui décida les Anglais à intervenir et les FFL à participer à leur action.
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El Azragh février 1942: Simone Buterne, Louise Marie Lemanissier, Alderson, Fruchaud, Schick, Boillot |
Les unités combattantes avaient besoin quun service de santé les accompagne et cest ainsi que AF et LM furent affectés à une Ambulance Chirurgicale mobile de campagne. Cette ambulance était appelée lAmbulance HADFIELD-SPEARS, du nom de deux riches anglo-américaines qui en avaient fait don. Elle comportait une trentaine de camions dans lesquels était transporté tout le matériel. Tous les médecins et gestionnaires étaient français, mais le personnel : infirmières, infirmiers, conducteurs étaient en partie anglais (dont une vingtaine de jeunes anglais, objecteurs de conscience, très sympathiques).
Lambulance quitta lAngleterre le 21 février 1941. Elle embarqua à Greenock sur un transatlantique " lOtranto " qui faisait partie dun convoi dune vingtaine de bateaux à destination de lOrient. Ce convoi fit le tour de lAfrique sans incidents, échappant aux sous-marins allemands, nombreux dans lAtlantique où ils causaient des lourdes pertes aux navires alliés. Après 65 jours de traversée, lambulance débarqua à Suez et fut dirigée sur un camp en Palestine. Là, on fit le déballage, linventaire du matériel et on le mit en état de fonctionnement. Lambulance était donc prête lorsque, en mai 1941, débuta la campagne de Syrie.
Au cours de cette campagne, les Français Libres furent donc opposés aux troupes vichystes commandées par le Général Dentz. Ce fut moralement très pénible en raison de ces combats fratricides. Cette campagne fut également meurtrière de deux côtés. Elle se termina par la défaite des troupes vichystes qui quittèrent la Syrie, mais environ 6000 soldats ou officiers sur 30000 restèrent, se ralliant aux FFL.
Pendant cette campagne, lambulance H.S. travailla intensément. AF était chargé du triage des blessés, de leur donner les premiers soins et de la radiologie. LM donnait les anesthésies. A la fin de la campagne, lambulance sinstalla dabord à Damas, puis à Beyrouth, dans des hôpitaux civils italiens et allemands abandonnés. Là, on continua le traitement des blessés et on profita de cette pause pour compléter et améliorer le matériel et aussi pour modifier lorganisation de lambulance.
On sétait rendu compte quen chirurgie de guerre linfection des plaies était un gros danger et en aggravait considérablement le pronostic (il faut se rappeler quà lépoque il ny avait pas encore dantibiotique). La meilleure parade contre linfection était alors dintervenir le plus précocement possible en débridant, en mettant à plat les blessures et en faisant une large désinfection. Mais pour pouvoir agir ainsi, il fallait que lambulance soit pratiquement au contact des combattants. On divisa donc lambulance en deux échelons : un échelon avancé, léger, mais néanmoins suffisamment équipé pour traiter les grands blessés et un échelon lourd, plus confortablement installé sur lequel étaient dirigés les blessés moins urgents et ceux déjà traités par léchelon avancé.
Pour que cet échelon avancé réponde à ce quon attendait de lui, il fallait le munir dune salle dopération qui soit très vite fonctionnelle et facilement mobile. Pendant le séjour de lambulance à Beyrouth, AF fut chargé de réaliser une telle opération. Pour ce faire, il prit deux camions de dimensions moyennes (car de gros camions auraient eu des difficultés pour circuler dans le désert) et les fit aménager par un carrossier de la façon suivante : ces deux camions devaient être disposés parallèlement. Les parois rapprochées étaient coupées à mi-hauteur. Les parties inférieures, articulées, se rabattaient et se rejoignaient pour former le plancher. Les parties supérieures relevées et jointes formaient le toit. Lintérieur était bien aménagé et pourvu dun bon matériel, bien amarré.
Ainsi organisée, lambulance était prête à accompagner la 1ère DFL (Première Division française Libre) qui devait participer avec le Anglais à des opérations en Libye. En effet ce pays était devenu un nouveau terrain de combats. Les Italiens lavaient annexé en 1912 et, de ce point de départ, en 1940, ils envisageaient denvahir lEgypte, pays anciennement sous protectorat anglais et où ceux-ci avaient conservé une grosse influence et le droit de maintenir des troupes. Dès 1940 des combats avaient commencé dans cette région. Mais, dans le désert, la guerre prend un aspect très particulier car les problèmes de ravitaillement (eau, carburant, etc. ) en modifient toutes les données. Les succès militaires permettent aux troupes davancer mais en même temps les éloignent de leurs bases, ce qui finalement les oblige à stopper leur avance. Ainsi depuis 1940, lun et lautre des belligérants avaient déclenché des offensives successives, sans obtenir de résultats définitifs, qui sétaient seulement soldées par une série davances et de replis.
Au moment où la première DFL associée aux troupes anglaises arrive en Libye les Anglais avaient réussi à stopper la dernière avancée de troupes de lAxe. Pour leur barrer la route, ils avaient établi une ligne de défense Nord-Sud, partant de Tobruk, port sur la Méditerranée, et dont le point le plus au sud, à environ 100 Km de Tobruk, était un plateau aride et absolument désertique qui sappelait Bir Hakeim (plus au sud sétend une zone marécageuse quil était inutile de surveiller, aucune armée motorisée naurait pu impunément sy engager).
Cest à Bir Hakeim que fut installée la 1 ère DFL, commandée par le Général Koenig. Elle avait pour mission de contenir au sud les forces de lAxe, commandées par le Maréchal Rommel et dempêcher quelles contournent par le sud la ligne de défense alliée, la prenant ainsi par le revers.
Lambulance réorganisée quitta Beyrouth en décembre 1941 avec la 1 ère DFL, elle traversa la Palestine, lEgypte, la partie Est de la Libye et, après quelques péripéties, se déploya pour devenir opérationnelle. Léchelon arrière lourd fut installé à Tobruk dans un ancien hôpital italien où il pouvait recevoir les blessés que lui envoyait léchelon avancé. AF et LM avaient été affectés à léchelon avancé. Celui-ci e fixa à Bir Hakeim où il était installé au centre du périmètre tenu par la 1 ère DFL. Son personnel, au nombre dune vingtaine, partageait alors exactement les conditions de vie des combattants, exposés comme eux aux bombardements répétés de laviation italo-allemande, subissant des conditions climatiques très dures à cause des variations de température et surtout des vents de sable et soumis aux restrictions distantes denviron 900 km La privation deau, limitée à 3 litres par jour et par personne, était particulièrement pénible et compliquait fort le travail de lambulance.
AF et LM restèrent 4 mois à Bir Hakeim avec léchelon avancé. Puis le chirurgien chef dut partir pour raison de santé et lambulance quitta Bir Hakeim. Elle y fut remplacée par une autre ambulance FFL qui garda la salle dopération.
Fin mai 1942,Rommel déclencha une attaque massive des troupes italo-allemandes contre la ligne de défense alliée. Celle-ci fut enfoncée dans toute sa partie nord. Seul résista pendant 17 jours le poste de Bir Hakeim tenu par les Français, ce qui retint pendant ce temps les armées de lAxe et permit aux Anglais dorganiser une nouvelle ligne de défense à 70 km à lOuest dAlexandrie : cette fois, les troupes italo-allemandes furent stoppées et ne purent atteindre lEgypte, le Canal de Suez et le Moyen Orient quils convoitaient toujours. Cest alors seulement que les Français encerclés à Bir Hakeim réussirent une sortie pour rejoindre les troupes anglaises. La résistance française fut un magnifique exploit mais elle entraîna de lourde pertes pour la 1ère DFL, 978 tués pour un effectif de 3723.
Lambulance H.S. qui était installée à larrière à El Sollum reçut et soigna les Français blessés. Ensuite toutes les troupes Françaises se replièrent vers lEgypte et lambulance sinstalla dabord à Alexandrie puis à Heliopolis près du Caire.
AF et LM, physiquement très éprouvés par cette campagne de Libye obtinrent en septembre 1942 une permission de 15 jours quils allèrent passer au Liban.
A lexpiration de cette permission, ils sapprêtaient à rejoindre lambulance en Egypte. Mais le médecin-général, directeur du service de santé au Moyen-Orient les convoqua et il signifia à AF quil voulait le garder pour organiser un centre de traitement pour les tuberculeux. En effet, il commençait à y avoir de nombreux cas de tuberculose dans larmée, dans la marine, et aussi chez les fonctionnaires civils français, toutes catégories de malades qui, avant la guerre, étaient renvoyés en France pour être soignés, ce qui était présentement impossible. Et rien nétait alors organisé pour eux dans les FFL. Et il se trouvait que parmi tous les médecins ralliés aux FFL, AF était le seul spécialiste en pneumo-phtisiologie. Cétait donc un ordre et qui les consterna. Il s regrettaient très vivement de quitter lambulance et tous les amis quils sy étaient faits, mais ils durent rester.
Le directeur du service de santé mit à la disposition de AF une caserne désaffectée à Mezzé, près de Damas et tout le matériel sanitaire nécessaire à cette création. AF organisa un sanatorium de 220 lits et put rapidement se rendre compte quen effet un tel établissement était devenu indispensable (là aussi, il faut se rappeler quà cette époque, on ne disposait pas encore des antibiotiques antituberculeux et que cette maladie faisait alors beaucoup de ravages). LM ne rejoignit pas non plus lambulance. Elle fut affectée à lHôpital Militaire de Damas, au laboratoire de Biologie et au service des consultations externes.
Ils restèrent ainsi 3 ans à Damas, regrettant toujours lambulance, mais ayant la satisfaction de se dire quils faisaient un travail vraiment utile.
Puis, au printemps 1945, éclatèrent des heurts entre Français et Syriens. De Gaule leur avait promis lindépendance dès la fin des hostilités et ils trouvaient que cela tardait. Leur impatience (avivée de lextérieur ?) fut à lorigine de ces troubles qui dégénérèrent bientôt en véritables combats et entraînèrent des pertes humaines de deux côtés. Finalement, sous la pression des Anglais, les Français durent quitter la Syrie.
Seuls, y restèrent pour quelques mois, des aviateurs français qui assuraient le fonctionnement des lignes aériennes civiles syriennes et le sanatorium de Mezzé, car lévacuation de malades nécessitait une assez longue organisation. Y resta donc le personnel médical et infirmier (volontairement car ils étaient tous en droit de demander leur démobilisation) et les malades tuberculeux auxquels, après les événements, on avait adjoint une vingtaine de lépreux français, originaires du Pacifique, et jusque là traités dans une léproserie syrienne.
Pendant six mois tous les occupants du sanatorium vécurent confinés, pratiquement prisonniers, gardés par des militaires anglais et de gendarmes syriens. Cétait assez démoralisant. Enfin, en novembre 1945 les malades furent rapatriés. Dirigés sur Beyrouth, ils furent embarqués sur un navire hôpital anglais l" ABA ". Ce bateau avait ramassé autour de la Méditerranée tous les derniers éclopés de cette guerre. Lorsquil arriva à Beyrouth, il y avait déjà sur lABA des grecs, des yougoslaves et des Italiens. Quant aux Français tuberculeux et lépreux, on leur avait adjoint au dernier moment des malades psychiatriques.
LABA déposa chacun dans son pays respectif, faisant ainsi des esclaves en Grèce, en Yougoslavie et à Naples. De ce fait lABA mit 15 jours à arriver à Marseille. Là rien nétait organisé pour laccueil des malades et AF dût soccuper de les répartir chacun suivant leur lieu dorigine. Cela nétait pas facile et demanda encore trois semaines. Enfin, tout étant terminé AF et LM regagnèrent Paris où ils purent se démobiliser.
A présent lorsquils repensent à toutes ces années, ils considèrent dabord quils ont eu de la chance que tous ces événements se soient bien terminés pour eux. Ils ont vécu des moments passionnants. Ils ont rencontré un grand nombre dindividus (français ou étrangers) possédant une personnalité extraordinaire, parfois fascinante et tout cela a beaucoup marqué leur existence.