HISTORIQUE DU CENTRE HOSPITALIER DU MANS
de 1891 à 1994

Docteur André François   LEMANISSIER
Médecin Honoraire du Centre Hospitalier du MANS
- Décembre 1994

Avant propos

Préambule

Introduction

Les hôpitaux qui ont précédé le centre hospitalier :
Hospice de St Sépulcre
Hospice de Coulaines
Hospice des Ardents
Léproserie St Lazare
Maison Dieu Coëffort
L'Hôpital Général

Le centre hospitalier lors de sa création en 1891

Description du nouvel hôpital en 1891
Sa situation.
La description des pavillons.
Ses services généraux.
Son personnel

1ère période : Evolution de cet hôpital de 1891 à 1946 :
Les agrandissements.
Les constructions nouvelles.
Les améliorations de ses services médicaux et de ses services généraux.
Augmentation de son personnel.
Son fonctionnement pendant les guerres.

2ème période : Evolution de l'hôpital après 1946
Service de chirurgie
Service de radiodiagnostic
Laboratoires
Services de médecine
Bibliothèque médicale
Autres services anciens aménagés pour créer des lits de médecine: Béhier, Tardieu
Autres services de soins et d'hospitalisation médicale
    Rééducation fonctionnelle
    Pneumo-phtisiologie
    Service de pédiatrie
    Service d'accueil et d'urgences médicales
    Urgences chirurgicales
    Services de gériatrie
    Maternité
Innovations dans le fonctionnement hospitalier
    SMUR-SAMU
    Services d'investigation: médecine nucléaire, laboratoire d'anatomo-pathologie
    Pharmacie
    Services administratifs
    Nouvelle école d'infirmière.
Améliorations au sein des services généraux: cuisines, boulangerie, lingerie, électricité, téléphone, chauffage, ateliers.
Problème d'implatation vers les années 1975
Centre de gériatrie d'Allonnes
Blanchisserie hospitalière d'Allonnes.

3ème : du Fontenoy au schéma directeur 83
Niveau 0 du Fontenoy
La cuisine centrale,
Le restaurant du personnel et une cafétéria,
Les archives médicales,
Le service informatique.
Niveau 1 du Fontenoy
La radiologie,
Les urgences médicales et chirurgicales,
Le bloc opératoire,
La réanimation chirurgicale,
Les services de consultations,
L'exploration fonctionnelle du système nerveux,
Différents bureaux administratifs où sont réglées toutes les formalités concernant les admissions, les consultations, le règlement de tous les actes médicaux effectués au Centre Hospitalier du Mans.
Niveau 2 du Fontenoy
Le service de sécurité tranfusionnelle et d'hémovigilance
Le service de diététique
La stérilisation centrale
La lingerie centrale
L’atelier biomédical
Le bureau du responsable de l'équipe centrale de nettoyage
Le bureau du responsable du service central de distribution
Des bureaux pour certains médecins qui n'en ont pas dans les services où ils travaillent.
Des chambres pour des médecins et des infirmières de garde.
Niveau 3 du Fontenoy
LA DIRECTION DES SERVICES FINANCIERS
LA DIRECTION DES SERVICES FINANCIERS
LE SERVICE SOCIAL
LES SERVICES MEDICAUX DU NIVEAU 3: Le service d'ophtalmologie (Unités 33 et 34), le service de la réanimation médicale (U.35), le service de post-réanimation (U 32).
Niveau 4 du Fontenoy
Unité 41Chirurgie vasculaire Chirurgie orthopédique
Unité 42 Chirurgie digestive
Unité 43 Chirurgie générale et thoracique
Unité 44 Chirurgie générale et digestive
Niveau 5 du Fontenoy
Unité 51 Chirurgie urologique
Unité 52 O.R.L
Unité 53 Médecine générale
Unité 54 Chirurgie pédiatrique
Niveau 6 du Fontenoy
Unité 61 Neurologie
Unité 62Neurologie Stomatologie
Unité 63 Chirurgie orthopédique
Unité 64 Chirurgie orthopédique
Niveau 7 du Fontenoy
Unité 71 Unité 72 Unité 73 Cardiologie
Unité 74 Réanimation Cardiaque, 14 chambres à 1 lit.

L’après Fontenoy : le schéma directeur 83
Remise en état de l'ancien bâtiment de chirurgie: la pneumophtisiologie et la gastro-entérologie
Les bâtiments contruits après le Fontenoy:Nephrologie, Centre de transfusion sanguine, Gériatrie - Léonard de Vinci, Médecine, Pédiatrie, Internat, Chaufferie

Conclusion sur les constructions de 1891 à 1994

Résultat sur l’organisation et le fonctionnement.
Accroissement de l'activité hospitalière.
La gestion hospitalière
Accroissement du personnel.

Conclusion

Bibliographie

AVANT PROPOS

            C’est à la demande de la Direction du Centre Hospitalier du Mans que j'ai entrepris de faire l'historique de cet établissement depuis 1891, année de sa création, jusqu'à nos jours (31 décembre 1994). La direction m'a demandé de faire ce travail parce qu'ayant été médecin au Centre Hospitalier du Mans pendant de nombreuses années, on pouvait présumer que j'en avais une connaissance approfondie.
            En fait, s'il est vrai que j'avais une perception assez exacte de son installation, de son fonctionnement et de son ambiance, son histoire événementielle m'était assez mal connue et plus encore son parcours administratif J'ai donc dû faire des recherches de documentation assez variées. J'ai eu recours :
                                aux archives départementales de la Sarthe,
                                aux archives municipales du Mans,
                                et plus largement encore, aux archives hospitalières, car c'est au Centre Hospitalier du Mans que j'ai trouvé l'essentiel de ma documentation et surtout dans les volumineux registres où sont conservés les comptes rendus (manuscrits jusqu'en 1910) des séances de la commission administrative et des délibérations qui en découlent. J'ai aussi consulté les rapports moraux établis chaque année par la direction et qui sont la synthèse des événements et des décisions de l'année écoulée.   

            C'est donc par des remerciements aux responsables et agents de tous ces organismes que je veux commencer ce travail. Je dois dire que j'ai trouvé auprès de tous ceux et de toutes celles auxquels je me suis adressé, une aide, une compréhension et une gentillesse auxquelles j'ai été très sensible.
Je remercie particulièrement le personnel hospitalier et tout d'abord Monsieur Gérolami, Directeur Général, de m'avoir confié ce travail. Il m'a fourni des renseignements qui m'ont été fort utiles, surtout en ce qui concerne les questions administratives.
            Messieurs les directeurs adjoints m'ont également beaucoup aidé en me renseignant sur le fonctionnement de la section administrative dont chacun d'eux est responsable. Enfin, j'ai eu largement recours au personnel du Centre Hospitalier du Mans : médical, soignant, administratif et technique. Auprès d'eux, aussi bien qu'auprès de mes anciens collègues, médecins hospitaliers retraités, j'ai trouvé un accueil particulièrement amical et des indications très utiles dont je les remercie vivement. J'ajoute que j'ai été heureux de constater qu'ils étaient tous intéressés par l'histoire de cet hôpital auquel ils sont très attachés.
            Je suis reconnaissant aussi à deux personnes dont l'aide efficace a facilité mon travail : Madame Elisabeth Hamon, secrétaire, chargée de dactylographier le texte, ce qu'elle a fait avec beaucoup de soins et de complaisance, et Monsieur Serge Davy, attaché à la Bibliothèque Médicale du Centre Hospitalier du Mans. Il a exécuté avec une grande habileté la reprographie du texte et des plans ainsi que le brochage.

Docteur A.F. LEMANISSIER
Médecin Honoraire du Centre Hospitalier du Mans
Décembre 1994

PREFACE

            Lorsque je propose au Docteur Lemanissier d'entreprendre l'historique du Centre Hospitalier du Mans depuis son implantation en 1891, sur son site actuel, sa réponse est spontanément favorable. Sans doute, ne mesure-t-il pas d'emblée l'importance de la tâche. Par contre, ma conviction est immédiate : il s'y consacrera pleinement. C'est en effet un trait de la personnalité attachante du Docteur Lemanissier que ce constant souci de servir.
            Ce fut le cas en juin 1940 lorsqu'il répondit à l'appel du général de Gaulle et, rejoint ensuite par son épouse, fut présent en Libye, sur de nombreux champs de bataille. Au  sein de la première division française libre, il prend en charge un grand nombre de blessés, qu'il soigne dans des conditions difficiles. Ce fut tout autant le cas le 15 mai 1947 lorsqu'il arriva au Centre Hospitalier du Mans, d'abord comme médecin adjoint à temps partiel, puis très rapidement comme chef de service. Pendant 27 ans, il se dépense sans compter pour faire évoluer son service d'affectation : la pneumo-phtisiologie.
            Va-t-il au terme de cette carrière bien remplie décider de jouir d'une retraite bien méritée ? Point s'en faut, il reprend du service de façon totalement bénévole, en se donnant complètement au développement de la bibliothèque médicale de l'hôpital, dont chacun s'accorde aujourd'hui à souligner la notoriété reconnue à l'échelon national. A sa demande, le passage du témoin à un autre praticien s'effectue en 1992.
            Et c'est donc à 83 ans que le Docteur Lemanissier accepte de livrer encore de son temps, à l'écriture et à l'histoire d'une institution, dont il a été pendant près d'un demi-siècle un acteur important et apprécié.

            Je lui redis donc toute ma gratitude pour le travail accompli. Qu'il trouve aussi dans cet ouvrage, la reconnaissance d'un hôpital auquel il s'est particulièrement consacré, et qui est fier d'avoir compté parmi ses serviteurs, un praticien et un homme de cette qualité.

André GEROLAMI
Directeur du Centre Hospitalier du Mans

 


PREAMBULE

L’HOSPITALISATION

         Le concept d'hospitalisation est très ancien mais le sens qu'on lui a donné et sa finalité ont beaucoup varié dans le temps. Dans ses premières manifestations connues, il faut bien avouer que, plutôt que l'intérêt du malade, l'hospitalisation recherchait la protection des bien portants contre les affections contagieuses. Les quarantaines et les léproseries en sont un parfait exemple. Il est vrai qu'à l'époque, la thérapeutique efficace était chose tout à fait inexistante et ce genre d'hospitalisation assurait au moins gîte et protection au malade.
            Puis, peu à peu, les mentalités évoluèrent. Au Moyen Age, on commença à avoir davantage souci de l'intérêt du malade. Mais comme la thérapeutique n'avait pratiquement pas progressé, on ne mettait guère d'espoir dans les soins médicaux, et on voulait plutôt soigner l'âme des malades et les aider à gagner une éternité heureuse. C'est pourquoi les salles d'hospitalisation comportaient toutes un autel où de nombreux offices étaient célébrés. (Les hospices de Beaune ont conservé plusieurs de ces très belles salles). De même, le contexte social se transforma. Vers le XVIIème siècle arriva une époque de grande misère, la mendicité s'accrut dans des proportions telles qu'elle devint un véritable fléau, entraînant une forte délinquance, facteur d'insécurité dans tout le pays. Louis XIV promulgua alors un édit ordonnant dans toutes les villes importantes la création d'un établissement hospitalier appelé partout hôpital général. En fait ces établissements avaient essentiellement une finalité carcérale, car il était dit dans leurs lettres de création : } voulons que les pauvres valides et invalides ... soient enfermés pour qu'ils ne puissent vaquer à l'avenir.~ L'Hospice de la Salpetrière à Paris est l’un des premiers hôpitaux généraux. Et c’est également en application de ce même édit de 1658, que fut créé l'ancien hôpital général du Mans. Progressivement cette finalité carcérale s'atténua.
            Ainsi, au Mans, au début du XIXème siècle, furent érigés dans l'enceinte de l'hôpital général un "hospital Dieudonné" et une maternité, destinés à être des services de soins, ce qui correspondait d'ailleurs à de timides progrès dans les traitements. Mais c'est la véritable explosion thérapeutique débutée à la fin du XIXème siècle, et qui s'est prodigieusement amplifiée au XXème siècle, qui a apporté des modifications considérables à l'organisation des hôpitaux. Cette adaptation de l'hospitalisation aux progrès incessants de la médecine se poursuit continuellement de nos jours. Dans cet ouvrage, nous verrons que l'actuel centre hospitalier du Mans illustre bien cette continuelle et nécessaire adaptation. Nous verrons également que le Département de la Sarthe est un bon exemple de l'évolution de l'hospitalisation. Il a successivement possédé : une léproserie, des hospices religieux, un hôpital général, un Centre Hospitalier moderne.


INTRODUCTION

            L'hôpital du Mans est situé à l'Ouest de la ville, sur une avenue qui s'appelait lors de sa création Route de Laval et fut nommée avenue Rubillard. Il a été construit à la fin du XIXème siècle. Il a été précédé par de nombreux établissements de santé dont le tout premier remonte au VIème siècle. L'histoire de ces anciens établissements a fait l'objet de publications intéressantes dont les références figurent dans la bibliographie. Le présent travail ne porte que l'actuel hôpital, depuis son inauguration en 1891 jusqu’à nos jours.

Les hôpitaux qui l'ont précédés

Mais pour la compréhension des problèmes hospitaliers du Mans, il paraît utile de rappeler brièvement l'histoire des précédents établissements hospitaliers du Mans. Les voici classés par ordre chronologique :

L'Hospice du Saint Sépulcre, situé près de l'Abbaye Saint Julien du Pré (actuelle église du Pré). Il a été bâti au VIème siècle par l'évêque du Mans Saint Innocent, pour accueillir et secourir les pèlerins qui venaient faire leurs dévotions sur les reliques des premiers évêques du Mans et apôtres du Maine qui étaient inhumés dans le cimetière près de cette abbaye.

L'Hospice de Coulaines, fondé au IXème siècle par Saint Aldric, 23ème évêque du Mans. Il était situé dans le bourg de Coulaines et recevait des infirmes, des mendiants et des malades.

L'Hospice des Ardents, fondé au Xème siècle par l'évêque Avesgaud, près de l’actuelle cathédrale, à l'angle de la place du cloître Saint Julien et de la Grande Rue. Il était destiné à recevoir les nombreux malades atteints du mal des ardents, affection provoquée par l’ingestion de céréales (surtout le seigle) infectées d’ergots, qui entraînait de très violentes douleurs et souvent des gangrènes des membres.

La léproserie Saint Lazare, située faubourg Saint Gilles (à l'extrémité de l'actuelle avenue de la Libération).Elle avait été fondée au XIème siècle et recevait des sujets atteints de lèpre (affection alors appelée mezélerie).

L'Hospice de la Maison-Dieu de Coëffort fondé en 1180 par Henri II roi d'Angleterre, comte d'Anjou et du Maine, sur le lieu même où l'arrière garde de son armée avait remporté une grande victoire. Cet hospice recevait des pauvres, des infirmes et des malades. Il était situé à côté de l'Eglise de la Mission (l’actuelle place Washington).

            Tous ces établissements ont été fonctionnels pendant de nombreuses années, mais ils avaient perdu beaucoup de leur importance lorsque fut créé en 1658, sur édit royal, l'hôpital général du Mans. Leurs malades y furent alors transférés. Ce transfert s'accompagna parfois de dons. Le plus important fût celui de l'évêque de Froullay qui, à l'occasion du transfert de la Maison Dieu de Coëffort à l'hôpital général, fît à ce dernier un don de 20 000 livres.

L’HOPITAL GENERAL

            Il fut créé à la suite de l'édit de Louis XIV dont nous avons parlé. Décidée en 1658, sa construction ne commença qu'en 1666. Cet hôpital fut implanté sur un terrain donné par un riche bourgeois du Mans, qui se nommait Breslay. Ce terrain, d'une superficie d'environ six hectares, était proche du centre ville. Il était limité par la rive gauche de la Sarthe, l'actuelle rue Gambetta, la rue de l'hôpital qui correspond sensiblement à la rue Barbier et la rue du Port. (Plan I) Il pouvait accueillir en 1700, environ 550 adultes qui étaient en majorité des indigents, des infirmes, des vieillards. Il comportait aussi des salles pour des militaires et un service pour une cinquantaine d'enfants abandonnés.
            En 1821, l'hôpital général s'agrandit par la construction dans son enceinte d'un nouveau pavillon appelé "Hospital Dieudonné". Il avait été construit à la demande du comte de Breteuil, pair de France, alors préfet de la Sarthe et qui, par sa création, voulait honorer la naissance de Henri , Charles, Ferdinand, Marie, Dieudonné, fils du duc et de la duchesse de Berry. Cet hôpital Dieudonné témoignait d'une certaine évolution dans le concept d'hospitalisation. Dans la partie ancienne de l'hôpital général, appelé désormais Hôtel Dieu, on regroupa les hospitalisés qui formaient auparavant le recrutement de l'hôpital général : indigents, invalides, vieillards, incurables et enfants abandonnés. Par contre, l'hôpital Dieudonné répondait beaucoup plus aux nouvelles conceptions d'un service de soins. Il accueillait les malades civils adultes, les blessés militaires et civils, les femmes enceintes, les enfants de plus de 10 ans, mais aussi les indigents venant de communes du département n'ayant pas d'hôpital.
            Puis, en 1880, on construisit dans l'enceinte de l'hôpital général une maternité de 22 lits, autre illustration de cette évolution de l’hôpital vers un lieu de soins. Cet hôpital général a donc fonctionné pendant deux siècles. Malgré les efforts faits pour élargir le champ de son utilisation, il était devenu insuffisant. La population de la Sarthe avait beaucoup augmenté dans la dernière moitié du XIXème siècle, et particulièrement celle de la ville du Mans : de 32.600 en 1855, le nombre de ses habitants était passé à 55.000 en 1886. C'est cet état de fait qui a imposé la construction d'un nouvel hôpital plus grand et plus adapté aux évolutions de la médecine. Et c’est l’histoire de ce nouvel hôpital que nous allons rapporter maintenant.

LE CENTRE HOSPITALIER LORS DE SA CREATION EN 1891

PROBLEMES QUI SE POSERENT A LA CREATION DU NOUVEL HOPITAL

            A la fin du XIXème siècle, comme nous l’avons mentionné, la nécessité de remplacer l'hôpital général par un établissement nettement plus grand semblait s'imposer et trois raisons étaient invoquées pour justifier la construction d'un nouvel hôpital :
            La capacité d'hospitalisation de l'ancien hôpital général était insuffisante. Il comportait bien un nombre assez important de lits pour indigents, vieillards et infirmes, mais il n'avait que 64 lits pour les malades hommes (médecine et chirurgie), 59 lits pour les malades femmes (médecine et chirurgie), 12 lits pour les enfants, 22 lits pour la maternité. Il était aussi doté d'une section assez importante de lits pour les militaires mais regroupés dans des baraquements insalubres.
            Il n'était pas possible dans l'enceinte de cet hôpital général (6 hectares) de construire de nouveaux bâtiments et on ne pouvait pas non plus agrandir le territoire de l'hôpital, de nombreuses constructions particulières ayant été élevées tout autour.
            Enfin, une autre raison justifiait aussi la création d'un nouvel hôpital : les bâtiments de l'hôpital général étaient en mauvais état. De nombreuses salles étaient vétustes et insalubres et leur restauration aurait exigé de gros frais. Par contre, la vente du terrain, situé près du centre ville, pouvait couvrir une partie des dépenses de construction d'un nouvel hôpital, plus grand et plus moderne.
            A cette époque, Le Mans eut à plusieurs reprises à sa tête un maire énergique et combatif : Anselme Rubillard. En tant que maire, il était de droit président de la commission administrative hospitalière du Mans, organisme important qui orientait et supervisait le fonctionnement de l’établissement. Pour comprendre et apprécier l’œuvre d'Anselme Rubillard, il faut connaître le personnage. Il avait une formation d'expert géomètre, ce qui l'aida à mieux comprendre certains problèmes techniques que posa l'implantation du nouvel hôpital. Sa vie politique fût complexe. Conseiller municipal depuis 1866, il fût, à partir de 1871, élu maire à plusieurs reprises. Il faut signaler qu'à cette époque le gouvernement pouvait révoquer le maire élu et désigner discrétionnairement un nouveau maire. Ce fut à deux reprises le cas d'Anselme Rubillard. De plus, il démissionna une fois. Ainsi, il fut écarté pendant plus de dix ans de la gestion municipale (période pendant laquelle il fut souvent remplacé par Louis Cordelet). Pourtant, malgré ces interruptions dans son mandat, Anselme Rubillard continua d'impulser la construction du nouvel hôpital. Il est vrai qu'il cumulait en même temps les mandats de député puis de sénateur de la Sarthe ce qui l'aida probablement à mener à bien son entreprise. Quelles étaient ses conceptions pour cet hôpital ?
            Il fallait, disait-il "ne pas continuer les errements du passé et ne pas faire une politique d'amélioration au jour le jour sans plan d'ensemble". Il fallait donc pour construire le nouvel hôpital, un terrain vaste dans un quartier assez éloigné du centre ville. Il fallait aussi que cet hôpital soit pavillonnaire, ce qui à l'époque était une nouveauté, mais en conformité avec les plans adoptés en France dans différentes villes pour les hôpitaux récemment construits. Anselme Rubillard insista aussi pour que le nouvel hôpital comportât un quartier payant. Grande innovation pour l’époque.
            Dès 1882 le projet d'un nouvel hôpital paraissait en principe accepté pour Le Mans. Dans les séances du 19 mars 1884, la commission administrative eut à choisir l'emplacement. Quatre propositions furent examinées : La propriété Saint-Gilles au Patis Saint-Lazare, La propriété Isaac, au nord de la ville près de la route de Bonnetable, La propriété Girard à Pontlieue, La Closerie de Monthéard, route de Laval. La propriété Saint-Gilles fut tout de suite éliminée car le terrain était trop petit. Entre les trois propositions restantes, ce fut la dernière, la Closerie de Monthéard (Plan II) qui fut retenue pour les raisons suivantes : le terrain était vaste : 13 hectares 2 ares, son emplacement et sa configuration qui seront détaillés plus loin paraissaient intéressants, il était d'un prix avantageux. Ses propriétaires, Messieurs Cornuau et Durfort le cédèrent pour 191.990 F. Il fut acheté le 23 Janvier 1885.
            Pour l'implantation et la construction sur ce terrain de bâtiments hospitaliers, plusieurs plans furent proposés et des appels d'offres furent lancés. Des avant-projets furent établis ainsi que des devis. L'adjudication des travaux eut lieu le 14 Octobre 1887. Le devis qui fût retenu s'élevait à 1.810.754 F. La première pierre fut posée le 22 avril 1888 et la construction commença rapidement. Mais, auparavant, il fallut faire un drainage du terrain qui était humide, installer des égouts pour les eaux de pluie et les eaux usées du futur hôpital. En 1889, des problèmes de procédure survinrent car les frais de construction dépassaient les sommes annoncées dans les avant-projets. Cependant, cela n'arrêta pas les travaux. Le financement fut assuré par différents apports : une subvention de 500.000 F de la ville du Mans, une subvention du département, la vente d'immeubles, de fermes et de forêts qui appartenaient à l'hôpital.
            Etant donné que dans cet hôpital il était prévu l’installation de services réservés aux militaires, la commission administrative essaya d'obtenir une subvention de l’autorité militaire, mais un désaccord se manifesta. Dans les discussions que cela entraîna, intervinrent Casimir Perrier, alors ministre d'état, puis le ministre de la guerre de l'époque, Lewal, puis le général Boulanger, successeur de Lewal au ministère de la guerre. Finalement, les militaires n'accordèrent pas de subvention mais le général Boulanger accepta une réduction du nombre des lits réservés aux militaires dans l'hôpital. Malgré les difficultés rencontrées, la construction se fit rapidement et l'inauguration eut lieu le 12 juillet 1891, trois ans et trois mois après la pose de la première pierre.
            Cette inauguration fut encore à l'origine de désaccords entre le maire et la préfecture. La date du 12 juillet choisie par le maire ne fut pas acceptée par le préfet Il voulait qu’elle soit reportée au 26 juillet 1891, le même jour que celle de l'hôtel des postes et du viaduc de Pontlieue, date à laquelle devaient venir au Mans le ministre des travaux publics et le ministre de l'intérieur. Un accord ne put être trouvé et finalement la date du 12 juillet 1891 fut maintenue pour l'inauguration de l'hôpital. Ce fut le général commandant le 4ème corps d'armée qui présida la cérémonie à laquelle le préfet n'assista pas. Un long cortège, partant de l'ancien hôpital se rendit à pied au nouvel hôpital. Il était composé du général commandant la 4ème région, du maire, de ses adjoints, des membres de la commission administrative, des membres du conseil municipal, de l'aumônier de l'hôpital et de nombreuses personnalités sarthoises. Il y eut des discours d'Anselme Rubillard et d'un médecin hospitalier, le Docteur Mélisson. La cérémonie se clôtura à 22 h 30 par une illumination de la route de Laval et par un feu d'artifice tiré de la place de la Croix d'Or.
            Il convient de relever que pendant la construction et au moment de l'ouverture du nouvel hôpital, il y eut des protestations et des pétitions véhémentes. Les critiques portaient sur le site choisi, accusé d'être "balayé par des vents d'ouest, au sol aquifère, peu perméable, éloigné de Pontlieue et au voisinage d'une caserne". Mais toutes ces critiques s'atténuèrent quand le nouvel hôpital devint opérationnel. Sa réalisation fut alors saluée dans les discours et dans les comptes rendus d'inspection, comme une grande réussite. En 1893, l'inspecteur général des services de santé des armées félicita l'administration hospitalière et la municipalité de ses efforts persévérants qui avaient fait de l'hôpital du Mans l'un des plus beaux hôpitaux de France.
            Quand le nouvel hôpital devint fonctionnel, l'ancien hôpital général fut abandonné. Ses bâtiments furent démolis. Son terrain (6 hectares) fut mis en vente. En bordure de la Sarthe on construisit assez rapidement la gare des tramways à vapeur qui fut achevée en 1894. Le reste du terrain fut vendu par lots. On y construisit un marché couvert, une école pratique de commerce et d'industrie, puis des maisons particulières. La vente de tous les lots n'était pas encore terminée vingt ans après l'inauguration du nouvel hôpital.

DESCRIPTION DU NOUVEL HOPITAL

            Le 12 juillet 1891, à l'époque de son inauguration voici comment se présentait le nouvel hôpital : (pour mieux comprendre la description qui va en être faite, il sera évidemment très utile de consulter les plans qui sont reproduits au cours de ce travail). Le nouvel hôpital était construit sur un terrain de forme quadrangulaire dont la surface était d'environ 13 hectares. (Plan II)
                    Du côté Ouest, il était limité sur une longueur d'environ 300 mètres par la voie ferrée Le Mans à Brest et à Caen.
                    Du côté Nord, ce terrain était limité par une ligne droite orientée d'Est en Ouest, longue de 400 mètres. Elle partait à l'Est du carrefour ruelle aux Oies - chemin de Degré et aboutissait à l'Ouest à la voie ferrée (Plan II). Mais le terrain de l'hôpital n'atteignait le chemin de Degré qu'à son carrefour avec la ruelle aux Oies. Sur tout le reste de ce côté Nord, il en était séparé par un terrain cultivé qui mesurait environ 7 hectares et faisait partie d'une ferme située plus au nord, la ferme de Malmare.
                    Du côté Est, le terrain de l'hôpital était limité par la ruelle aux Oies (appelée maintenant rue de la Maison Neuve) sur une longueur d'environ 200 mètres.
                    Du côté Sud, le terrain était limité par la route de Laval (maintenant avenue Rubillard) mais seulement sur sa partie centrale car une enclave avait subsisté à chacune de ses extrémités.
            L'enclave Est était située au carrefour de la ruelle aux Oies et de la route de Laval. Le long de la route de Laval elle s'étendait sur 170 mètres et sur la ruelle aux Oies elle avait une profondeur de 70 mètres. La deuxième enclave, moins importante, partait de l'angle de la route de Laval et de la voie ferrée. Sur la route de Laval, elle avait 70 mètres et le long de la voie ferrée sa profondeur était de 30 mètres. Ces deux enclaves étaient divisées en parcelles, occupées par des habitations particulières avec des jardinets. Entre ces deux enclaves, le terrain de l'hôpital était bordé par la route de Laval sur environ 200 mètres.
            Lors de leur construction, les bâtiments hospitaliers furent répartis de la façon suivante : (Plan III). Du côté Sud, bordé par la route de Laval, s'élevait le pavillon administratif. C'était là, par un porche percé au milieu du bâtiment, que se trouvait l'entrée principale de l'hôpital (Photo 1). Ce pavillon administratif avait une longueur de 56 mètres, une profondeur de 10 mètres au milieu et à chacune de ses extrémités se raccordait une construction carrée de 13 mètres de côté. Ce pavillon administratif comportait un sous-sol, un rez-de-chaussée et deux étages. (Photo 1. Le sous-sol était composé de caves. Au rez-de-chaussée se trouvait, à droite du porche en entrant, le service d'accueil et les services administratifs, et à gauche, la trésorerie et des pièces utilisées comme salles de réunions et comme salles de cours pour le personnel infirmier. Au premier étage se trouvait, d'un côté le logement du directeur de l'hôpital (qui au début avait le titre de secrétaire général) et de l'autre côté, un logement pour les internes, et un autre pour l'économe. Le deuxième étage était en partie mansardé, il servait au logement de certains employés.
            La façade Nord de ce bâtiment administratif s'ouvrait sur l'intérieur de l'hôpital donnant sur la cour d'honneur et sur les voies d'accès aux différents services. (Photo 2) La cour d'honneur, de forme rectangulaire, avait la largeur du pavillon administratif (soit 56 mètres). Elle était occupée par un jardin d'agrément qui s'étendait sur 120 mètres et se terminait sur la façade Sud d'un autre grand bâtiment. Ce dernier fut appelé pavillon de Froullay, nom de l'évêque du Mans. Charles de Froullay, vécut de 1723 à 1769 et avait fait des dons importants aux hôpitaux du Mans. Ce pavillon Froullay avait une longueur de 30 mètres et 10 mètres de largeur. Il comprenait un sous-sol, un rez-de-chaussée et deux étages. Au sous-sol et dans une partie du rez-de-chaussée étaient installés la pharmacie et le laboratoire. La partie restante du rez-de-chaussée était occupée par le réfectoire des sœurs hospitalières et par quelques chambres. Au premier et au second étage se trouvaient les chambres des sœurs hospitalières.
            De chaque côté de la cour d'honneur on avait construit une galerie couverte (Photos 2 et 6) mais non fermée, qui partait du bâtiment administratif, longeait le pavillon Froullay et se prolongeait au-delà de ce pavillon. Cette galerie permettait de se déplacer en étant à l'abri de la pluie, mais pas du vent. Perpendiculairement à ces galeries, furent construits plusieurs pavillons d'hospitalisation. En arrière du pavillon Froullay, accolé à la façade Nord de celui-ci par son extrémité Sud (mais sans qu'aucune communication avec lui ne fut établie), se trouvait un bâtiment en forme de T composé d'une branche Nord-Sud d'environ 42 mètres (celle qui rejoignait le pavillon Froullay) et d'une branche Est-Ouest (la barre du T) d'environ 30 mètres, chacune de ces branches était large de 12 mètres. Ce bâtiment abritait les services généraux, magasins, cuisine, lingerie et des bains-douches, car il n'y avait pas de salles de bain dans les services de soins. Ces douches servaient aussi pour le traitement d'affections dermatologiques, en particulier la gale.
            Derrière ces services généraux se trouvait la salle d'opération. Curieusement, elle était totalement isolée et indépendante de toute autre construction et la galerie couverte ne l'atteignait pas. Pour y accéder à partir des pavillons d'hospitalisation, il fallait donc emprunter d'abord la galerie couverte, puis faire le reste du chemin, une vingtaine de mètres environ, à ciel ouvert. (Plan III). Les malades chirurgicaux étaient conduits en salle d'opération sur un brancard couvert monté sur un chariot, et après l'intervention, les opérés étaient reconduits vers les services d'hospitalisation dans les mêmes conditions.
            On est surpris du peu de place attribuée dans cet hôpital à la salle d'opération, un bâtiment sans étage et dont le toit était vitré. Elle avait environ 10 mètres de long sur 7 mètres de large. Intérieurement, elle comprenait une seule salle d'opération et une salle pour le nettoyage et la stérilisation des instruments. Elle n'avait ni salle d'examens, ni salle de pansements. (Photos 4 et 5)
            Au-delà de la salle d'opération, vers le Nord de l'hôpital et isolés des autres bâtiments, se trouvaient les communs de l'hôpital, buanderie, boucherie, boulangerie et aussi ateliers, hangars, écurie, porcherie, ainsi que quelques logements pour des employés. A propos des buanderies, il faut signaler que l'hôpital avait aussi un bateau lavoir sur la Sarthe, à son entrée dans Le Mans.
            Les services d'hospitalisation proprement dits étaient disposés de part et d'autre du vaste rectangle constitué au Sud par le pavillon administratif, au Nord par les services généraux et latéralement par les deux galeries couvertes. Ces services consistaient en deux groupes de six pavillons disposés perpendiculairement à chacune des deux galeries couvertes, soit douze pavillons au total. Ils étaient tous identiques, construits sur un type standardisé, appelé type Tollet (Photo 7). Ils étaient séparés les uns des autres par des jardins. Ils portaient des noms de médecins ou de savants illustres civils tels que Bichat, Laënnec, Pasteur, pour les pavillons civils, et pour les pavillons militaires, des noms de médecins militaires tels que Ambroise Paré, Laveran, Villemin, etc. Les noms de ces pavillons ont plusieurs fois changé au cours des années. Sur le plan de construction de 1891, ces pavillons étaient désignés par les lettres A.B.C. etc., aussi paraît-il plus simple de les appeler ainsi pour les décrire.
            Ces pavillons, nous l'avons dit, étaient disposés autour du rectangle central. Ils avaient tous une longueur de 52 mètres, sur une largeur de 9 mètres. Ils avaient tous la même disposition intérieure. L'entrée se trouvait au centre de la façade Sud et de chaque côté Est et Ouest de cette entrée, se trouvait une grande salle d'hospitalisation (Photo 3). La partie centrale par laquelle on accédait dans le service comportait une cave, un rez-de-chaussée et un étage. Au rez-de-chaussée il y avait l'entrée, une salle de soins, une salle d'examen, un office, un bureau pour le médecin qui servait également à la surveillante, des lavabos et des toilettes assez rudimentaires pour les malades. A l'étage de cette partie centrale se trouvaient la chambre de la sœur surveillante et une ou deux chambres pour les employés.
            Les salles d'hospitalisation étaient très vastes, longues d'environ 20 mètres, larges de 7 mètres. Elles étaient voûtées, très élevées (environ 8 mètres de haut), car au-dessus il n'y avait pas d'étage, et elles occupaient donc toute la hauteur de la construction. Leurs murs étaient percés de nombreuses fenêtres, régulièrement espacées de telle sorte qu'entre elles il y avait place pour deux lits. La tête de ces lits était orientée du côté des fenêtres à une distance d'environ 80 centimètres du mur. (Photo 3). Ainsi organisée, chacune de ces salles pouvait recevoir 20 lits, soit au total 40 lits pour le pavillon. Les six pavillons du côté Ouest étaient désignés sur le plan de construction du Nord au Sud par les lettres de A à F.
            Sur ces six pavillons, cinq étaient réservés aux militaires. Les trois premiers pavillons A. B. C. comportaient 40 lits. Le quatrième D, bien que de même grandeur, ne comportait que 26 lits, 18 étaient affectés aux militaires et 8 autres étaient réservés à des détenus. Le cinquième pavillon E était divisé en chambres au nombre de 26. Dix étaient réservées aux officiers, seize étaient affectées à des sous-officiers. Le sixième pavillon F était réservé au service payant pour les civils hommes. Il était divisé en 14 chambres à un ou deux lits. Les six autres pavillons construits du côté Est de la cour centrale étaient désignés, du Nord au Sud, par les lettres G à L. Ils étaient symétriques des pavillons du côté Ouest, et agencés de façon identique. Du Nord au Sud, il y avait d'abord deux pavillons de 40 lits pour les civils hommes. Le premier, G, était affecté aux malades chirurgicaux (Photo 9), le second, H, était destiné aux cas médicaux pour les hommes. Les deux pavillons suivants étaient réservés pour les femmes, I pour les cas chirurgicaux, J pour les cas médicaux. Le cinquième pavillon K était pour les enfants. (Photo 10). Le sixième L était réservé aux civils femmes payantes. Il comportait 14 chambres à un ou deux lits.
            L'ensemble de ces pavillons était desservi d'une part par la galerie couverte, d'autre part par un chemin de ronde, assez large pour laisser passer les voitures et qui contournait les pavillons par l'extérieur. Les constructions du nouvel hôpital ne furent pas limitées à ces douze services d'hospitalisation.
            Dans la partie Est du terrain appartenant à l'hôpital, entre la ruelle aux Oies et les six pavillons destinés à l'hospitalisation des malades civils, s'étendait un vaste espace encore libre de toute construction. Dans la partie Nord de cet espace il fut construit trois petits pavillons d'isolement, de chacun huit lits, désignés sur le plan par les lettres M. N. O. Deux étaient pour les malades contagieux civils et un pour les militaires.
            Plus au Sud figure sur le plan d'origine de 1891, une manufacture. Ces manufactures existaient dans les anciens hôpitaux généraux. On y groupait les mendiants et les infirmes valides des deux sexes pour leur faire exécuter des travaux divers : cordage, filage de laine ou encore, confectionner des chaussons, tricoter des bas, fabriquer des chandelles. Les produits exécutés dans ces manufactures étaient vendus par les hôpitaux qui gardaient le produit de la vente. Ces manufactures commençaient à disparaître au moment où le nouvel hôpital a été construit et, bien que prévu sur le plan, le bâtiment ne fut jamais construit.
            Plus au Sud encore, se trouvait un vaste pavillon de 110 mètres de long et de 9 mètres de largeur (T du plan). Il était composé d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée et de deux étages. Il servait à l'hospitalisation des vieillards et invalides du sexe masculin. On l'appelait « l'hospice des hommes ». Il comportait 155 lits.
            Au Sud de ce service « hospice des hommes », se trouvait la chapelle. Sa construction fut à l'origine de protestations des habitants du quartier qui auraient voulu qu'elle soit implantée en bordure de la route de Laval pour être ouverte aux habitants proches de l'hôpital, afin qu'ils puissent assister aux services religieux. Cela ne leur fut pas accordé.
            Au Sud de la chapelle fut construit un service « hospice femmes » (U), identique au service « hospice hommes ». Il comportait 166 lits. (Photo 8). A propos de ce service « hospices femmes », il y a lieu de signaler que contrairement aux autres services dont l'entrée était ouverte sur la façade Sud, son entrée était au Nord. On pense que c'était pour qu'elle soit tournée vers la chapelle afin que les femmes hospitalisées puissent s'y rendre plus facilement.
            Au Sud de « l'hospice femmes » il y avait encore un grand pavillon de 100 mètres de long (R). Il était destiné aux enfants assistés, à la crèche et aux enfants admis momentanément pendant la maladie ou l'hospitalisation des parents. Un rapport du 5 décembre 1896 signale que ce pavillon était "très défectueux et établi contre toutes les règles de la propreté et de l'hygiène". Sa longueur importante posait des problèmes. Les cabinets étaient situés à une des extrémités. Aussi pour s'y rendre, certains enfants devaient traverser tout le bâtiment. De plus, ce pavillon ne disposait pas de lavabos et les enfants devaient se laver dans des seaux. Enfin, ce service ne comportait pas l'isolement nécessaire pour y héberger les enfants atteints de parasitoses.
            A l'Est de cette rangée de services, donc en se rapprochant de la ruelle aux Oies, il restait encore de l'espace ; il y fut construit du Nord au Sud la maison mortuaire (Y) et un pavillon qui fut désigné sur certains plans comme celui des idiots (V) et des idiotes (X). En fait, ce pavillon était affecté non seulement aux "minus habens" des deux sexes, mais aussi aux aliénés et aux épileptiques. Il comportait 38 lits pour les hommes et 41 lits pour les femmes.
            Plus au Sud encore, dans l'angle compris entre la ruelle aux Oies et la bordure Nord de l'enclave Est, fut construite la maternité (S). Cette maternité comportait deux pavillons, l'un principal d'une quarantaine de lits, 21 pour les expectantes qui étaient réparties en chambre de 5 lits, une salle de travail de 4 lits, une salle de 18 lits pour les accouchées et les berceaux correspondants. L'autre pavillon ne comportait que 4 chambres. Il était séparé du premier et était réservé aux femmes atteintes d'infection puerpérale.
            Il faut encore signaler que dans l'enceinte de cette partie Est de l'hôpital on avait pratiqué une entrée secondaire par la ruelle aux Oies, porte charretière pour les livraisons et pour les véhicules des entreprises assurant l'entretien de l'hôpital.
            Enfin, il faut mentionner qu'à l'inauguration de l'hôpital (12 juillet 1891), l'installation de certains pavillons figurant sur le plan initial n'était pas complètement terminée, et que le pavillon A des militaires ne fut construit que plus tard.

LES SERVICES GENERAUX

            En 1891, au moment de l'ouverture de l'hôpital, ces services généraux étaient assez bien organisés pour l'époque.

les cuisines étaient vastes, les cuisinières étaient alimentées au bois et au charbon (Photos 11-12-13).
les buanderies (Photos 14-15) ainsi que les lingeries avaient été largement prévues pour les besoins de l'hôpital. (Photos 16-17)
LE SANITAIRE Au point de vue de la distribution d’eau il y avait des arrivées d'eau dans les services généraux et dans les services d'hospitalisation, mais il n'y avait pas de distribution d'eau chaude. Dans les pavillons payants, on apportait pour la toilette des malades de l'eau chaude des cuisines dans un tonneau transporté sur un tombereau. Dans les autres services il n'y avait que de l'eau froide et le nombre des lavabos était insuffisant : 4 lavabos, ou plutôt éviers dans un service de 40 malades, si bien qu'il y avait une longue attente pour la toilette. Pour les malades complètement alités, la toilette était faite au lit du malade par les employés. Les W.C. étaient aussi en nombre insuffisant : 2 toilettes pour 40 malades. Ces W.C. étaient souvent inutilisables du fait du mauvais fonctionnement des fosses septiques. Pour les malades alités, on apportait un bassin dans le lit.
L'éclairage Bien que la première usine à gaz ait été installée au Mans en 1841, et qu'elle fût perfectionnée et agrandie en 1878, à l'ouverture du nouvel hôpital, tous les services n'étaient pas éclairés au gaz. Pour ceux qui disposaient de cette installation, l'éclairage était très insuffisant. La nuit il était réduit à une seule veilleuse par salle de 20 lits. Quelques services n'avaient que des lanternes à pétrole ou à huile, de type lanterne marine. Et en 1891 l’éclairage électrique n'existait pas encore au Mans.
Le chauffage En 1891, le chauffage dans les salles d'hospitalisation et dans les services administratifs consistait en des poêles à bois qu'on laissait éteindre la nuit. Dans les services payants, il y avait dans les chambres des cheminées fonctionnant au bois.

LE PERSONNEL DE L'HOPITAL

LE PERSONNEL ADMINISTRATIF

            La direction de l'hôpital était assurée par une commission administrative chargée d'en assurer le fonctionnement et d'accepter ou de refuser les propositions et demandes qui étaient faites aussi bien en ce qui concernait les travaux de construction, d'agrandissement, que d'embauche de personnel, etc. Cette commission surveillait aussi les finances de l'hôpital. Elle se réunissait tous les lundis et était composée de 7 membres. Le maire du Mans en était le président de droit. Quatre membres étaient nommés par le préfet. Deux membres étaient choisis dans le conseil municipal. Sur place, la direction de l'hôpital était assurée par un directeur appelé alors secrétaire général. Il n'était pas membre de la commission administrative, mais il assistait aux séances et pouvait suppléer un membre de la commission en cas d'absence. Il avait la charge de veiller à l'exécution des décisions prises par la commission administrative. En poste à l'hôpital, en plus du secrétaire général, il y avait un adjoint du secrétaire général, un économe, un sous-économe, des secrétaires de direction, des employés de bureau. Au total, une douzaine de personnes, non compris un receveur et ses adjoints qui, eux, dépendaient du Ministère des Finances.

LE PERSONNEL MEDICAL

LES MEDECINS
Le personnel médical en 1891 était ainsi composé : 4 médecins chefs de service, deux en chirurgie, deux en médecine, 2 médecins adjoints, un en chirurgie et un en médecine. Il n'y avait pas de spécialistes ophtalmologiques ni oto-rhino-laryngologiques. Ces spécialités étaient assurées par les chirurgiens. De même, c'était un des chirurgiens qui était responsable de la maternité. Parmi les médecins, l'un s'occupait du service des hommes, l'autre du service des femmes, et ils alternaient tous les ans. Les médecins et les chirurgiens étaient nommés par un concours qui, en 1891, se passait à Bordeaux.

LES INTERNES
En 1891, ils étaient au nombre de 4. Ils devaient avoir au moins 12 inscriptions de médecine ; ils passaient un concours au Mans. Ils étaient nommés pour deux ans, mais pouvaient obtenir une prolongation d'un an.

LE PHARMACIEN
Il n'y avait qu'un pharmacien à mi-temps. Il assurait en plus de la pharmacie, le laboratoire. Il avait pour l'aider deux employés. (Photos 17 et 18)

LE PERSONNEL RELIGIEUX
  
         Il était composé de sœurs de la communauté d'Evron (c'était déjà des sœurs de cette communauté qui depuis 1812 étaient infirmières dans l'ancien hôpital général). En 1891, dans le nouvel hôpital, elles étaient au nombre de 54. Toutes n'avaient pas des fonctions dans les services de soins, 14 d'entre elles avaient des postes, habituellement d’encadrement, dans certains services généraux : cuisine, buanderie, lingerie. Le personnel religieux comportait également un aumônier catholique qui était à la disposition des malades. Il était logé et rémunéré par l'hôpital, et ce poste subsiste toujours.

LE PERSONNEL CIVIL
  
         Il était au nombre approximatif de 200, mais il n'a pas été possible d'en préciser le nombre exact. Il comprenait des infirmières, des infirmiers, des gardes-malades, des employés à l'entretien des services de soins. D'autre part, il y avait des employés affectés aux services généraux, buanderie, lingerie, cuisine, boucherie, boulangerie. Il y avait aussi des jardiniers, des chauffeurs, des ouvriers plombiers, peintres, menuisiers, etc.

L’EVOLUTION DE L’HOPITAL DU MANS DEPUIS SA CREATION

            Nous avons décrit l'hôpital du Mans tel qu'il se présentait en 1891, c'est à dire à la fin de sa construction. Nous allons maintenant relater son évolution. Présenter celle-ci dans un ordre strictement chronologique nous paraît difficile car souvent les travaux réalisés dans une même unité s'échelonnent dans le temps. Cela amènerait à revenir à différentes reprises sur un même service, ce qui rendrait l'exposé confus. Aussi, paraît-il plus commode de diviser l'histoire de l'hôpital du Mans en trois périodes : Une première période de 1891 à 1946. Une deuxième période de 1946 à 1977. Une troisième période de 1977 à 1994.

La première période, de 1891 à 1946 s'étend sur un peu plus d'un demi-siècle. En 1891, l'hôpital venait d'être construit, selon les normes les plus récentes pour l'époque. Aussi, dans les années qui suivirent, il n'y eut pas d'innovation importante dans l'installation et dans le fonctionnement. On ne peut mettre à l'actif de cette période que deux constructions pour les personnes âgées, et surtout, la construction d'un grand service de chirurgie, vainement réclamé depuis 1911 dont, comme nous le verrons, la guerre empêcha la population mancelle d’en profiter avant 1946.

La deuxième période, que nous faisons débuter en 1946, et qui va jusqu’en 1977 vit par contre de nombreuses réalisations. Elle est marquée, de la part des organismes directeurs, par une recherche constante, des améliorations à apporter à l'hôpital. Durant ce laps de temps, se succédèrent de nombreux travaux : d'abord ceux nécessités par la remise en état des services plus ou moins détériorés par la guerre, puis un souci d’amélioration des conditions d'hospitalisation et les services d'investigation médicales.

            Dans la troisième période de 1977 à 1994, l’hôpital va franchir une étape décisive en décidant la construction d’un complexe hospitalier de 550 lits : le Fontenoy. Ce fut le début d’une orientation nouvelle de la stratégie hospitalière, caractérisée par la globalité dans sa continuité et dans laquelle allait s’inscrire toute une série d’opérations nouvelles

PREMIERE PERIODE EVOLUTION DE L’HOPITAL DU MANS
DE 1891 A 1946

            Pendant cette période qui a suivi celle de la création d’un nouvel hôpital, il y eut peu de changement. Le fonctionnement de l'hôpital resta pratiquement identique, que ce soit dans les conditions d'hospitalisation ou dans l'adoption de techniques médicales nouvelles. Cependant, on prépara les possibilités d'extension de l'établissement, par l'achat de terrains adjacents en vue de constructions ultérieures.

ACQUISITIONS DE TERRAINS
  
         Le 17 mars 1900, la commission administrative discuta l'achat d'une propriété située au 188 route de Laval et contiguë par ses côtés Nord et Est au terrain de l'hôpital. Elle appartenait à Monsieur Menassere. Le prix demandé était de 12.800 F. L'hôpital en fit l'acquisition.
            L'année suivante, le 28 octobre 1901, un autre terrain limitrophe du précédent fut acheté à Monsieur Alexandre-Constant Chemin. Il était situé aux n° 190-192 route de Laval, contigu au pavillon administratif au n° 194. Presque simultanément, l'hôpital s'agrandit d'une bande de terrain large de 30 mètres et longue de 140 mètres, qui provenait de la partie Nord de l'enclave Est. Ainsi, avec ces trois acquisitions de parcelles contiguës, l'hôpital augmentait la superficie de son terrain d'environ 1 hectare 30 ares.
            D'autres agrandissements furent encore obtenus dans les années qui suivirent. En septembre 1913, l'hôpital put acquérir la ferme de Malmare. C'était une ferme de 13 hectares qui jouxtait l'hôpital au Nord. Elle était composée de deux parties séparées par le chemin de Degré. (Plan II). La première partie (7 hectares environ) était directement contiguë par sa limite Sud à la limite Nord de l'hôpital, limite qui partait du carrefour ruelle aux Oies - chemin de Degré, et aboutissait à l'Ouest à la voie ferrée Le Mans-Brest. Au Nord, cette première partie de la ferme de Malmare était limitée par le chemin de Degré qui formait aussi la limite Sud de la deuxième partie de la ferme de Malmare. Toute cette propriété appartenait au Docteur Auguy de Saint-Denis d'Orques. Mais cette ferme était en location et le fermier avait un bail qui n'expirait qu'en mai 1925. Pourtant, dès l'achat de cette ferme, une petite partie de forme triangulaire, tout à fait à l'extrémité Est du terrain, fut cédée à l'hôpital tandis que le reste de la ferme continua à être exploité par le fermier jusqu'à la fin du bail. Le prix d'achat de cette ferme était de 37.200 F. Cette somme fut obtenue par la vente de propriétés appartenant à l'hôpital.
            A la suite de cet achat, le territoire du Centre Hospitalier était donc limité au Nord par la route de Degré, mais l'hôpital ne put établir d’entrée par cette route car sur le bord qui longeait le Centre Hospitalier se trouvait la voie d'un tramway à vapeur. En 1946, les tramways ont cessé de fonctionner. L’hôpital racheta alors toute cette bande de terrain de la voie ferrée ; ce qui lui permit enfin d'ouvrir des accès sur la route de Degré.
            Autre acquisition, faite en janvier 1914, celle d'une maison située 14 ruelle aux Oies. Elle représentait avec son jardin une superficie de 3.500 m². Elle appartenait à Monsieur Durand, cordonnier à Bessé-sur-Braye. Elle fut acquise pour 16.000 F, mais la maison était occupée par plusieurs locataires qui ne la libérèrent qu'à la fin de la guerre 1914-1918.
            Tels ont été les divers agrandissements du terrain de l'hôpital. Mais tous ne furent pas utilisés immédiatement pour de nouvelles constructions. Certains même ne furent construits que bien longtemps après leur acquisition.

CONSTRUCTIONS REALISEES PENDANT LA PERIODE

1891-1946

            Sur le terrain obtenu dans l'enclave Est, le long de la route de Laval, on construisit en 1904 un bâtiment de 29 chambres confortables destinées à des vieillards et à des malades chroniques valides des deux sexes. (Plan IV) Le séjour dans ce service était payant. Le pavillon bénéficiait d'un beau jardin donnant sur la route de Laval. Ce service fut d'abord appelé « pavillon des petits ménages », et reçut plus tard le nom de Carel. Jules Carel avait été un industriel du Mans, membre de la commission administrative hospitalière, conseiller municipal. Il avait dû probablement aussi participer au financement de la construction et de l'aménagement de ce pavillon.
            Dans le reste de l'enclave acquise par l'hôpital, on construisit une maison d'habitation avec un jardin. Elle fut affectée au logement d'un des membres de l'administration hospitalière. Près de cette maison, à l'Est de celle-ci fut aussi construit un autre logement pour un employé de l'hôpital. En outre, toujours sur le terrain provenant de l'achat de cette enclave Est, il fut construit en 1906, derrière le pavillon Carel, c'est-à-dire entre lui et le service des enfants assistés, un service de chirurgie pour enfants des deux sexes. Il comprenait 48 lits et avait sa propre salle d'opération. Il fut appelé Marjolin. (Plan IV)
            Ce fut également à cette période que fut construit, mais cette fois sur le terrain acheté en 1885, une infirmerie pour les vieillards des deux sexes. Elle était située en bordure de la ruelle aux Oies, près de la porte charretière. Cette infirmerie comportait 73 lits. Elle était destinée aux vieillards et incurables ayant besoin de nombreux soins. Il lui fut donné le nom de Charcot. (Plan V)
           

            Il restait à faire une construction réclamée depuis fort longtemps, presque depuis la création de l'hôpital. C'était celle d'un grand service de chirurgie pourvu de plusieurs salles d'opération. (Plan V). Dans cette période de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle, alors que la chirurgie faisait de grands progrès et avait de plus en plus d'indications, l'hôpital du Mans n'avait qu'une seule salle d'opération, petite, isolée des autres pavillons, mal équipée et servant à la fois pour les opérations aseptiques et septiques. Aussi, à maintes reprises, les chirurgiens avaient signalé les défectuosités de cette installation, ils se plaignaient d'avoir un équipement insuffisant et aussi de ne pas pouvoir, lorsque se présentaient des cas urgents, disposer de la salle d'opération parce qu'elle était déjà occupée par une opération en cours.
            La commission administrative hospitalière discuta de ces problèmes à de nombreuses reprises, en particulier lors de ses réunions du 28 octobre 1911 et du 13 mars 1913. Les plans d'un service de chirurgie de 100 lits avec plusieurs salles d'opération attenantes furent étudiés. Ils furent approuvés par les chirurgiens, mais rien ne fut fait. On peut s’interroger sur la façon dont, pendant la première guerre mondiale, purent être opérés les blessés. Il y eut bien alors des salles d'opération de fortune, installées dans les pavillons militaires, mais cette solution n’était pas satisfaisante.
            Enfin, le 7 mars 1925 une commission fut chargée d'étudier un nouveau projet de construction d'un grand service de chirurgie. On y envisagea au moins trois salles d'opération de façon à pouvoir séparer les cas aseptiques des cas septiques. Ces salles d'opération devaient être reliées aux salles d'hospitalisation par des galeries closes. Ce plan fut approuvé par la commission administrative mais cette fois encore rien n’aboutit dans l'immédiat.
            Le 29 mars 1930, un nouveau rapport du corps médical fut adressé à la commission administrative. Il demandait un service très important, 220 lits de chirurgie, dans un grand et long bâtiment. Dans ce bâtiment il était prévu un sous-sol, un rez-de-chaussée, quatre étages desservis par deux grands ascenseurs, deux salles d'opération par étage, ainsi qu'une salle d'examens, une salle de pansements, des bureaux et une vaste pièce pour le nettoyage des instruments et pour leur stérilisation.
            Ce plan fut approuvé le 6 septembre 1930. Le coût initial fut estimé à 11.250.000 francs. Des subventions furent attribuées le 16 janvier 1932 : 2.500.000 francs par le ministre de la santé publique, et le gouvernement classa cette construction dans le groupe des grands travaux nationaux pour la lutte contre le chômage et la relance de l’économie. Pour la construction de ce service de chirurgie, un vaste terrain était disponible entre le service hospice des hommes et l'isolement. (Plans IV et V, et vue perspective). Les travaux commencèrent lentement.
            Une lettre du président du conseil datée du 8 janvier 1934, demanda que les travaux soient activés. Ils ne seront pourtant terminés avec leurs derniers agencements que le 17 octobre 1938. (Photo 23-24). Ce pavillon de chirurgie fut donc opérationnel en 1938, mais l’histoire retiendra que ce ne fut pas au profit de la population mancelle. (Plan V et vue perspective.
            En effet, dès 1938 et jusqu'en mars 1946, en raison des événements internationaux, il fut réquisitionné, comme un certain nombre des pavillons de l'hôpital. Pendant cette période son organisation nous est assez mal connue. C'est pourquoi nous reporterons sa description et l'étude de son fonctionnement à la période qui suit 1946, période où il fut remis au service de la population civile, et où son aménagement redevint l'apanage de l'administration hospitalière.

AMELIORATIONS REALISEES DANS L'ORGANISATION DES SERVICES MEDICAUX
entre 1891 et 1946

CONCERNANT LA TUBERCULOSE

            A cette époque, l'endémie tuberculeuse était très importante. Or, lors de la création de l'hôpital et jusqu'en 1938, les tuberculeux étaient soignés dans des salles communes et non séparés des malades hospitalisés pour d'autres affections. Cela était évidemment l'origine de contaminations fréquentes. En 1938, on procéda à une séparation des malades et on affecta deux pavillons (H et I) aux tuberculeux. On proposa d'appeler ces services "pavillon des Tuberculeux incurables" ! C'était pour le moins maladroit. Plusieurs personnes demandèrent que le terme incurable fut supprimé, ce qui fut accepté. Une autre innovation avait été introduite en 1922, la création d'un dispensaire antituberculeux. Il fut d'abord installé dans le pavillon administratif, à la partie Ouest du rez-de-chaussée. En 1955 il fut déplacé et relogé dans le petit pavillon de l'infirmerie de l'ancienne maternité. Dirigé par un médecin phtisiologue, aidé d'une infirmière et d'une assistante sociale, il était alors assez mal équipé, comme on le verra ultérieurement.

CONCERNANT LES SPECIALITES O.R.L. ET OPHTALMOLOGIE

            Autre amélioration qui fut longue à obtenir, celle d'un service autonome pour ces deux spécialités. La demande en avait été faite dès 1895. A cette époque, ces spécialités n'étaient pas reconnues dans les hôpitaux, et les malades qui en relevaient étaient traités dans les services de chirurgie. Une consultation d'ORL. fut ouverte en 1906 dans le service de chirurgie infantile (Marjolin). Un petit service d'ophtalmologie fut organisé en 1909, mais ce ne fut qu'en 1930 qu'un service affecté à ces deux spécialités fut créé. Il fut installé dans le pavillon F qui avait été abandonné par les militaires et on lui donna le nom de Lermoyez-Lagrange (un ORL. parisien et un ophtalmologiste de Bordeaux, tous deux de grand renom).

DEVELOPPEMENT DES TECHNIQUES D'INVESTIGATION MEDICALE
DURANT LA PERIODE 1891 - 1946

            Pendant cette période, les techniques d’investigation médicale avaient fait de grands progrès, mais comme nous l'avons dit, leur mise en œuvre exigeait des installations importantes et onéreuses et un personnel qualifié. Pour cette raison sans doute, le Centre Hospitalier du Mans a commencé à s'y adapter à un rythme assez modeste et les installations adéquates ne furent vraiment entreprises qu'après la fin de la première guerre mondiale.

LES EXAMENS BIOLOGIQUES

            En 1891, lors de la création de l'hôpital, il n'avait pas été prévu de laboratoire, mais dès 1895 les médecins du Centre Hospitalier du Mans demandaient qu'il en soit installé un. Lorsque cela leur fut accordé, le pharmacien hospitalier fut chargé de le faire fonctionner. Il était aidé par une employée. Deux pièces furent affectées à ce service dont l'installation semble avoir été assez sommaire. Le matériel se limitait à un microscope, des colorants et quelques réactifs. Il ne semble pas qu'il y ait eu possibilité de faire des cultures. D'ailleurs, le laboratoire avait une activité réduite. Durant l'année 1914 par exemple, seulement 933 examens furent demandés. En 1915, peut être à cause de la guerre, il en fut demandé davantage, 1046, dont 495 analyses d'urine, 222 prélèvements de gorge, 218 réactions de Wassermann, 154 examens du liquide céphalo-rachidien, 80 examens de crachats, seulement 15 numérations globulaires et aucune culture de sang, de pus ou d'autres produits pathogènes. (Photo 17-18-19). En 1923, le chef du laboratoire demanda des améliorations. Il obtint un microscope plus performant et quelques autres instruments dont le détail ne fut pas enregistré. A l'occasion de ce compte rendu du fonctionnement du laboratoire, signalons que certains examens biologiques impossibles à réaliser à l'hôpital, étaient demandés à un laboratoire de ville.

LES EXAMENS RADIOLOGIQUES

            Malgré les demandes faites à plusieurs reprises depuis 1906 par les médecins et chirurgiens hospitaliers qui étaient au courant de l'intérêt des examens radiologiques, il n'y eut pas d'installation radiologique dans l'hôpital jusqu'à la fin de la première guerre. Quand un examen radiologique s'imposait pour un malade ou un blessé hospitalisé, on recourait à un médecin radiologue, le Docteur Boëteau, installé en ville. On lui conduisait le patient et ce médecin faisait l'examen gratuitement. Aux débuts de la radiologie on connaissait mal les dangers pour l'organisme (en particulier sur la peau et sur le sang), des rayonnements X et les utilisateurs étaient exposés sans protection à ces rayons. Aussi, le radiologue qui travaillait pour l'hôpital, le Docteur Boëteau, fut-il atteint de radiodermites qui exigèrent des amputations, de doigts et de bras. Il en mourut en 1911. Après sa mort, deux autres radiologues installés en ville furent chargés de faire chez eux les examens pour les malades de l'hôpital, mais ces examens ne furent plus pratiqués gratuitement. Pendant la guerre de 1914-1918, l'autorité militaire fit installer dans un de ses pavillons un appareillage radiologique utilisé exclusivement pour les militaires.
            Après la guerre en 1919, l'hôpital racheta à l'armée son matériel radiologique qui fut mis en fonctionnement dans le pavillon G. Un des radiologues installé en ville fut chargé de venir faire les examens à l'hôpital. De même que l’on peut être surpris du retard que l’hôpital du Mans avait pris en ce qui concerne l’installation d’un service de chirurgie bien structuré, on est également surpris du retard pris dans le domaine de la radiologie. En voici encore un exemple : le dispensaire antituberculeux créé en 1922 n’avait pas pu, malgré des demandes réitérées, obtenir avant 1936 un simple appareil de radioscopie, appareil vraiment indispensable pour le dépistage de la tuberculose pulmonaire, et qui était à l’époque d’un prix relativement modeste. Peu à peu ce service s'organisa et s'équipa de matériel plus performant. Il acquit, à côté d'appareils de radiodiagnostic, des appareils de radiothérapie et de physiothérapie.
            Après la guerre de 1939-1946, le service de radiodiagnostic fut installé au rez-de-chaussée du pavillon de chirurgie, mais la radiothérapie resta dans le pavillon G auquel fut donné le nom du radiologue manceau victime des rayons X : Boëteau. D'autres améliorations furent apportées dans les investigations paracliniques. Celles touchant notamment l’électrocardiographie puisqu’un appareil fut acquis, en 1939, ce qui apparaît fort tardif eu égard à l’intérêt majeur que représentait cet équipement pour la pathologie cardiovasculaire. En 1934, fut également mis en place un service de transfusion sanguine dont la commission administrative avait décidé, dans sa séance du 20 juin 1932, la création et le rattachement au laboratoire.

AMELIORATIONS TECHNIQUES REALISEES DANS LES SERVICES GENERAUX
DURANT LA PERIODE 1891 - 1946

            Nous venons d'étudier les innovations apportées dans l'organisation du Centre Hospitalier du Mans pendant la période 1891 - 1946. Nous allons maintenant aborder les améliorations concernant les services généraux de l'hôpital qui ont été effectuées pendant la même période.

L'ECLAIRAGE

            Lors de la construction de l'hôpital en 1891, quelques postes peu nombreux d'éclairage au gaz avaient été installés dans certains services. Mais ce ne fut qu'à partir de 1900 que l'éclairage au gaz fut généralisé à l'hôpital, restant toutefois insuffisant. Une amélioration fut néanmoins apportée par l’augmentation du nombre de becs et par le recours à ces becs de meilleures qualité qualifiés "d’étincelants". Puis, fut discutée une première fois l’installation de l’éclairage électrique en commission administrative le 3 août 1907 mais rien ne fut entrepris dans les années suivantes. En 1913 un nouveau projet fut étudié pour installer l'électricité dans tout l'hôpital. En dehors de quelques arrivées de courant dans de rares services, telles que dans la salle d'opération, il n'y eut aucune généralisation de la distribution d'électricité. En 1922 plusieurs services bénéficièrent enfin de l'éclairage électrique, en particulier le laboratoire et quelques rares pavillons.
            Mais ce n'est qu'en 1928 que l'éclairage électrique fut installé dans tout l'hôpital. Un crédit de 60.000 francs fut débloqué le 28 avril 1928 par la commission de répartition des fonds du Pari Mutuel, et cela grâce à l'appui du sénateur de la Sarthe. En 1930, le réseau électrique fut amélioré par l'installation de la haute tension avec un transformateur placé dans la partie Nord-Ouest de l'hôpital. D'autres améliorations du réseau électrique furent encore réalisées en octobre 1933.

LE TELEPHONE

            Un réseau téléphonique au nombre de postes très réduit fut installé en 1902, avec un standard dans la loge du concierge, mais par la suite, le nombre de postes fut progressivement augmenté et en 1946 on en dénombrait environ 40.

LE CHAUFFAGE

            Comme nous l'avons dit, en 1891 le chauffage était assuré par des poêles dans les salles de malades et que dans les services administratifs. Dans les pavillons payants, les chambres avaient des cheminées fonctionnant au bois.
            Les premières améliorations réalisées dans le chauffage furent l'installation de radiateurs à circulation d'eau chaude dans les salles des différents pavillons. Ils étaient alimentés par une chaudière placée dans la cave de chacun des pavillons qui fonctionnait au charbon ou au bois. Une importante main-d’œuvre était nécessaire pour entretenir en combustibles toutes ces chaudières qui en 1911 étaient au nombre de 21. Sur les 21 chaudières, on considérait qu'il y en avait dix qui assuraient un chauffage satisfaisant, mais onze qui donnaient un chauffage médiocre.
            En 1936, on envisagea d'installer un "chauffage à distance", c'est-à-dire une chaufferie centrale qui assurerait le chauffage de tout l'hôpital. Cette chaufferie fut installée près des ateliers au Nord de l'hôpital. Elle comportait deux énormes chaudières fonctionnant au charbon et dont les gaz étaient évacués par une très haute cheminée pour éviter la gêne que la fumée aurait pu provoquer dans l'hôpital. A proximité de la chaufferie, était prévu un important dépôt de charbon. En pratique, en 1938, cette chaufferie centrale n'assura d'abord que le chauffage du pavillon de chirurgie nouvellement ouvert. Par la suite, après la guerre 1939-1945, tous les pavillons de l'hôpital et tous les services y furent raccordés
            Des améliorations furent aussi apportées à d'autres services généraux, en particulier :

AUX CUISINES

            En septembre 1903 on y installa des marmites basculantes à vapeur, alimentées par une chaudière se trouvant près des ateliers. En 1911, on dut renouveler les cuisinières à charbon et les marmites à vapeur. En octobre 1932, on installa des cuisinières fonctionnant au gaz. En janvier 1933, on équipa les cuisines de deux marmites de 300 litres fonctionnant au gaz, de fours à rôtir, de friteuses pour pommes de terre, et de grilloirs. En novembre 1933, on installa des chambres frigorifiques.

AUX BUANDERIES ET AUX LINGERIES

            Des améliorations y furent aussi apportées en septembre 1932. Elles furent équipées de sécheuses repasseuses.

ACCROISSEMENT ET EVOLUTION DU PERSONNEL

            Les agrandissements de l'hôpital, l'augmentation du nombre des malades hospitalisés, le développement des procédés d'investigation s’accompagnèrent parallèlement d’un renforcement sensible de ses effectifs. Pour s'en rendre compte, nous prendrons comme année de référence, d'une part 1891, d'autre part l'année 1937, même si notre étude porte jusqu’à l’année 1946. En effet, à partir de 1937, en raison des guerres, les éléments recueillis ne sont pas toujours significatifs dans la mesure où les effectifs en personnel ont sensiblement varié.

LE PERSONNEL ADMINISTRATIF

            En 1937 il était de 20 personnes. Il avait peu changé par rapport à l'année de la création 1891 où il était de 14.

LE PERSONNEL MEDICAL

            Pendant cette période, le nombre des médecins s’accrût. En 1891, il y avait 6 médecins, en 1937 ils étaient 23, ainsi répartis :

- 3 chirurgiens chefs de service et 3 adjoints
- 4 médecins chefs de service et 4 adjoints
- 1 chirurgien accoucheur chef de service et 1 adjoint
- 1 ORL chef de service et 1 adjoint
- 1 ophtalmologiste chef de service et 1 adjoint
- 1 stomatologiste
- 1 électroradiologiste et 1 adjoint
Il y avait un pharmacien chef de service et 1 adjoint, une sage-femme et une sage-femme adjointe. Les internes étaient au nombre de 4 en 1891, et au nombre de 6 en 1937.

LES RELIGIEUSES

            Leur effectif est demeuré sensiblement le même : 54 en 1891, 52 en 1937.

LE PERSONNEL LAÏC

            Il a connu, quant à lui, une forte progression. De 200 environ en 1891, il est passé à 475 en 1937. Il se répartissait ainsi :

Surveillantes civiles                     4
Sous-surveillantes                             7
Infirmiers et servants hommes        104
Infirmières et servantes femmes       211
Employés aux cuisines                   17
Employés aux buanderies          16
Employés aux lingeries                   38
Personnel ouvrier                              78
comprenant les responsables de service, mécaniciens, chauffeurs, électriciens, menuisiers, peintres, couvreurs, cochers, plâtriers, jardiniers, boulangers, bouchers, concierge, divers

CREATION D’UNE ECOLE D’INFIRMIERES

            Au XIXème siècle, il n'y avait pas, en France, de diplôme officialisant le titre d'infirmière. Ce diplôme fut institué au début du XXème siècle. Cela incita la commission administrative de l'hôpital à demander la création d'une école d'Infirmières répondant à un besoin de l'hôpital et de tout le département. Elle fut ouverte en février 1904.
            Dans les années qui suivirent son ouverture, l'activité de cette école nous est assez mal connue. On sait seulement qu'au début, cette école n'était pas une école d’état, que les études n'y duraient qu'un an et ne donnaient pas le diplôme d'infirmière mais celui de garde malade. Puis les études s'organisèrent selon un modèle général et durèrent deux ans. L'école resta encore plusieurs années une école départementale, et le diplôme obtenu en fin d'études était ce qu'on appelait un "diplôme d'école"  ; un diplôme local n'ayant qu'une valeur départementale.
            A la suite de démarches des médecins et de l'administration, l'école fut agréée par un arrêté du 10 septembre 1938, comme école d’état. Ses élèves se présentaient à l'examen national qui, pour les élèves du Mans, se passait à Nantes. Dans les années qui suivirent, l'école prit de l'extension, extension parfois ralentie par les événements. Elle eut à subir de nombreux déménagements jusqu'à son installation définitive dans de grands bâtiments très fonctionnels, construits spécialement pour elle. Tout ceci sera exposé ultérieurement lorsque nous relaterons cette plus récente partie de son histoire.

 

FONCTIONNEMENT DE L'HOPITAL
PENDANT LES DEUX GUERRES MONDIALES

            Il paraît préférable de décrire séparément cette période durant laquelle le fonctionnement de l'hôpital fut si perturbé.
            La première guerre mondiale 1914-1918 n'entraîna pas de perturbations très importantes dans l'hôpital. Les pavillons affectés aux militaires furent assurément surchargés de blessés et de malades venant du front ; Aussi, quelques pavillons civils furent réquisitionnés, des baraquements furent installés pour augmenter la capacité d'accueil des militaires, mais les services civils de l'hôpital continuèrent à fonctionner à peu près normalement.
            Il n'en fut pas de même durant la guerre de 1939-1945. Dès le début de l'occupation, les Allemands s'installèrent dans l'hôpital du Mans. Leurs relations individuelles avec le personnel hospitalier furent généralement assez correctes, mais ils n'hésitèrent pas à utiliser pratiquement toutes les possibilités médicales et chirurgicales de l'hôpital, ne laissant pour les besoins de la population du Mans qu'un pourcentage nettement insuffisant d'utilisation des services de l'hôpital.
            Ils s'installèrent en août 1940. Leur arrivée fut impressionnante : 20 ambulances amenèrent 32 médecins ou chirurgiens et 120 hommes infirmiers. Ils réquisitionnèrent d'abord la plus grande partie du pavillon de chirurgie, ne laissant aux malades civils que la moitié d'un des services avec une seule salle d'opération. Ils réquisitionnèrent également les 5 pavillons militaires et plusieurs pavillons civils. Par ailleurs, en 1942, les occupants avaient construit dans l'enceinte de l'hôpital deux abris antiaériens, énormes blockhaus de béton où s'abritaient en cas d'alertes le personnel médical et infirmier allemand. Ces blockhaus étaient si épais qu'après la guerre, on a renoncé à les détruire de crainte d'endommager les pavillons avoisinants. L'un d'eux sert maintenant de local pour l’association "Loisir et Culture" de l'hôpital. Par la suite au moment du débarquement, les allemands ont pratiquement occupé tout l'hôpital, en y réquisitionnant 1.500 lits. En janvier 1944, prévoyant les événements ultérieurs, ils ont commencé par réquisitionner 50 lits d'un pavillon de médecine pour y soigner les blessés de bombardements aériens. En mai 1944, ils réquisitionnèrent un baraquement occupé par 45 vieillards hommes. Le 26 juin 1944, ils réquisitionnèrent un pavillon où étaient on peut dire "entassés" 230 vieillards. Ces derniers furent transférés sur l'hôpital de Sablé, sur l'hospice Saint-Vincent du Mans et sur divers autres hospices du département. Et finalement, le 15 juillet 1944, ils réquisitionnèrent la presque totalité de l'hôpital, y compris la chapelle où ils installèrent des lits. Il ne restait disponible pour les civils que :

Le pavillon administratif
La pharmacie
Le pavillon des enfants assistés
La maternité
Le pavillon des malades mentaux
Le service de radiologie.

            Certains malades avaient pu retourner dans leur famille, mais tous ceux qui étaient encore à l'hôpital, soit 352 patients, ont été alors transférés

Au collège de Sablé
Au collège de la Motte Beuvron
A l'hospice de Mansigné
A l'hospice de Château-du-Loir
A l'abbaye de Solesme
A l'hospice du Grand Lucé
A l'hospice de La Chartre
A l'hospice de la Ferté Bernard
Au sanatorium de Parigné
A la clinique Delagénière
A la clinique Saint-Côme

            Lorsque les alliés arrivèrent au Mans, les allemands en partant emmenèrent quelques-uns uns de leurs soldats hospitalisés, mais en laissèrent un grand nombre qui furent considérés comme prisonniers de guerre. Après leur départ, l'hôpital fut réquisitionné d'août 1944 à février 1946 par le service de santé américain. Les américains libérèrent aussitôt pour les civils un certain nombre de pavillons, et par la suite ils continuèrent à restituer les salles dont ils n'avaient plus besoin. Il est vrai que parmi leur matériel de guerre, ils avaient débarqué en France 50 hôpitaux mobiles de campagne, comportant chacun 1.000 lits. Et il est certain que cette occupation américaine fut pour l'hôpital du Mans beaucoup moins contraignante et moins lourde que l'occupation allemande.

LE RAVITAILLEMENT DE L’HOPITAL PENDANT TOUTE LA GUERRE

            Le ravitaillement alimentaire posa évidemment de gros problèmes (moins importants toutefois qu'à Paris ou dans les très grandes villes). La proximité des sources de production facilitait les choses. L'économat de la partie restée civile de l'hôpital avait pu conserver une camionnette et l'économe s'était arrangé avec un fermier d'un village assez proche du Mans. Ce fermier avait accepté de collecter tous les œufs disponibles dans son village et dans les villages voisins. Il les mettait en conserve et tous les 8 ou 15 jours, la camionnette de l'hôpital allait en prendre livraison. Elle rapportait environ 6.000 œufs à chaque voyage. Pour se procurer de la viande, l'hôpital achetait des bêtes sur pied, puis les faisait abattre aux abattoirs du Mans. Ensuite, elles étaient débitées et préparées à l'hôpital. Ce système avait ainsi pu maintenir la consommation de deux bœufs et de deux ou trois veaux par semaine. De plus, l'utilisation des déchets de l'hôpital permettait d'entretenir une porcherie qui fournissait quatre à cinq porcs par mois. Le pain était fait à l'hôpital qui avait pu obtenir l'attribution d'une quarantaine de quintaux de farine par mois. Enfin, toutes les pelouses de l'hôpital avaient été labourées. On y cultivait des légumes, surtout des pommes de terre. Grâce à cette organisation, les malades civils hospitalisés au Centre Hospitalier du Mans furent à peu près suffisamment nourris pendant l'occupation.
            Par contre, l'approvisionnement en textiles était particulièrement difficile. Heureusement le Centre Hospitalier du Mans avait une réserve importante de draps, de couvertures, de serviettes, de compresses et de pansements. Pendant l'occupation l'économat ne garda pas ces trésors dans l'hôpital où ils auraient pu être découverts et réquisitionnés par le service de santé allemand. Ils furent mis en dépôt soit chez des commerçants, soit dans des communautés où ils étaient sous bonne garde, et où l'économe allait en reprendre selon les besoins.

 

DEUXIEME PERIODE

TRANSFORMATIONS ET REAMENAGEMENTS DE L’HOPITAL DU MANS

DE 1946 A 1977

            Nous avons vu que l'hôpital du Mans avait très peu évolué durant le demi-siècle après sa construction. Plusieurs raisons expliquent cet état de choses :
            L'hôpital, tel qu'il avait été construit, représentait pour l'époque un hôpital très moderne et dans les années qui suivirent, il n'y eut pas de changement notable dans la conception du fonctionnement d'un hôpital.
            De plus, la création de l'hôpital avait représenté pour les finances un gros investissement qui interdisait dans l'immédiat de nouvelles dépenses importantes, d'autant que durant cette période, deux guerres meurtrières et dévastatrices avaient épuisé le pays.
            Enfin, la population ne se tournait pas naturellement vers l’hôpital qui accueillait principalement des personnes âgées et des indigents. Aussi, l'activité hospitalière n'était pas très importante et n'exigeait pas d'extension urgente. Il en fut tout autrement après 1946, où l’univers hospitalier se modifia de façon considérable.
            Le nombre des sujets hospitalisés avait sensiblement augmenté pour plusieurs raisons : l’allongement général de la durée de vie, l’amélioration des conditions de l’hospitalisation. Ainsi un accroissement du nombre de lits de l’hôpital devint nécessaire. Ce fut rendu possible grâce à la création en 1945 de la sécurité sociale, ce qui avait amélioré la situation financière des services de santé. On peut schématiquement retenir que cette période fut marquée de quelques constructions mais surtout de transformations et de réaménagements successifs pour répondre aux besoins de la population en début et en fin de vie, s’accompagnant parallèlement d’une humanisation progressive des conditions d’hospitalisation.

            Durant quelques trente années, l’hôpital allait s’efforcer, par étapes successives, de répondre aux besoins qui s’exprimaient dans les différents secteurs d’activité. Ceci se réalisa, dans un contexte économique délicat, en suivant un rythme, tenant compte aussi des possibilités financières susceptibles d’être dégagées. Les améliorations furent néanmoins sensibles et contribuèrent à renforcer la place de l’établissement en même temps qu’elles rendirent nécessaires l’expression d’un second souffle.

LE SERVICE DE CHIRURGIE

            Les travaux commencèrent en 1946 par une remise en état de l'hôpital qui débuta par le pavillon de chirurgie (Plan V et vue perspective - Photo 23-24). Ce grand pavillon bien qu'il ne fût pas occupé dans sa totalité par le service de chirurgie, a toujours été appelé "pavillon de chirurgie".
            Comme nous l'avons dit, il avait été achevé en 1938. D'abord utilisé pour loger des réfugiés espagnols, il fut à partir de 1939 réquisitionné par les différents services de santé militaire, et ne fut rendu à l'administration civile mancelle qu'en mars 1946. Nous verrons que l'ouverture de ce pavillon de chirurgie libéra de nombreux locaux et que cela entraîna beaucoup de changements dans l'hôpital. Ce pavillon de chirurgie est un grand bâtiment comportant un rez-de-chaussée et quatre étages, pouvant accueillir 220 malades. Il était équipé de deux grands ascenseurs dont la dimension permettait l'accès de tous les moyens de transports internes des opérés et de plusieurs monte-charge. Après sa récupération en 1946, il fut organisé de la façon suivante :
            Deux services de chirurgie générale pour adultes furent installés l'un au premier, l'autre au deuxième étage. Ils avaient chacun une capacité d'hospitalisation de 60 lits, répartis en quelques chambres à 1 ou 2 lits, un solarium de 6 lits et de deux dortoirs de 5 ou 6 lits. Chacun de ces services était équipé de deux salles d'opération, de deux salles de pansements et d'une salle de stérilisation. Ils disposaient également de bureaux pour les médecins et la surveillante, de secrétariats, de salles d'examen et de salles de consultation.
            Le troisième étage fut partagé par moitié entre la chirurgie infantile et la chirurgie militaire. Ces services étaient eux aussi techniquement bien équipés. Un peu plus tard, en septembre 1948, le quatrième étage fut installé. Il était partagé entre les services d'ORL, d'ophtalmologie et de stomatologie. Chacun de ces services disposait, outre de lits d'hospitalisation, de salles d'opération, de salles de soins et de salles d'examen. Pour chacun d'eux, le service de consultation était installé au rez-de-chaussée. Cet ensemble chirurgical fut considéré, à l'époque, comme une belle réussite. Au rez-de-chaussée, en plus des consultations d'ORL, d'ophtalmologie et de stomatologie, furent accueillis le service de radiodiagnostic et le laboratoire.

LE SERVICE DE RADIODIAGNOSTIC

           Depuis 1919, il occupait ainsi que la radiothérapie et l'électrothérapie, le pavillon G du plan primitif qui avait été appelé pavillon Boëteau. Seul le service de radiodiagnostic fut transféré, en 1946, dans le pavillon de chirurgie. La radiothérapie et l'électrothérapie restèrent à Boëteau. Le service de radiologie comportait trois salles de radiodiagnostic, une salle de développement, des bureaux, un secrétariat, une salle d'attente. Dans sa nouvelle installation, ce service fut d'abord équipé avec le matériel ancien puis, progressivement, ce matériel fut remplacé par de nouveaux générateurs modernes et des tables basculantes. En 1951, l'hôpital acquit un tomographe, et en 1955 un appareil radio-chirurgical pour faire des clichés au lit des malades ou au cours d'interventions chirurgicales. En 1956, le service s'équipa d'un craniographe faisant des clichés très précis du crâne. En 1959, le tomographe fut changé pour un appareil plus performant. Toutes ces améliorations entraînèrent une augmentation de l'activité du service et en 1960, il commençait à être à l'étroit. Une meilleure utilisation des surfaces permit de créer une quatrième salle de radiodiagnostic ainsi qu'une deuxième salle de développement, mais en 1970, un agrandissement fut encore jugé nécessaire. Il fut obtenu par l'édification d'une construction que l'on accola au rez-de-chaussée du pavillon de chirurgie, juste devant le service de radiologie (Plan IV). Cela permit d'ouvrir deux nouvelles salles de radiodiagnostic qui furent équipées avec du matériel moderne. Nous verrons ultérieurement comment ces problèmes d'installation radiologique furent résolus dans les vastes constructions hospitalières qui furent réalisées plus tard, et où la radiologie, installée dans des conditions satisfaisantes, fut intégrée dans un ensemble très fonctionnel.

LES LABORATOIRES

            Au rez-de-chaussée du pavillon de chirurgie, à côté de la radiologie, on installa le laboratoire. Il comportait une section de microbiologie, une section de chimie et une section d'hématologie à laquelle avait été rattaché le centre de transfusion sanguine. Comme pour la radiologie, les techniques de laboratoire et la qualité des analyses s'affinaient, et le nombre des demandes d'examens augmenta. Il fallut donc accroître les postes d'analyse et recruter du personnel en conséquence. Bientôt le laboratoire manqua de place. En 1965, là aussi, par une meilleure organisation des surfaces et la récupération d’espaces restés libres, la section chimie put s'agrandir un peu, mais cet agrandissement se révéla encore rapidement insuffisant. Comme pour la radiologie, une extension fut obtenue pour le laboratoire par une adjonction faite au pavillon de chirurgie. Devant la façade Nord de ce pavillon, et juste devant les locaux du laboratoire, il y avait un pavillon appelé Emile Roux qui abritait le service des contagieux. On déplaça ce service qu'on installa dans un bâtiment en préfabriqué, et les locaux d'Emile Roux furent affectés au laboratoire reliés au pavillon par une passerelle spécialement construite à cet effet. Cette nouvelle organisation apporta une amélioration certaine dans le fonctionnement du laboratoire, mais là encore, ce ne fut que provisoire. Son activité s'accroissait constamment. Aussi, l'administration hospitalière décida en 1972 de construire, pour le laboratoire, un bâtiment spécialement conçu en vue de l'activité qui devait s'y exercer.
            Ce bâtiment est situé dans la partie Nord Ouest du terrain du Centre Hospitalier du Mans. Sa construction commencée en 1973 fut terminée en octobre 1975 (Photo 25). Il est vaste et son organisation a été prévue de façon large. Il comporte un rez-de-chaussée et un étage qui sont éclairés par trois cours intérieures. Ainsi, toutes les salles réparties autour de ces patios reçoivent la lumière du jour et sont bien aérées. Au rez-de-chaussée est installé l'accueil. Il comporte le secrétariat, le point de réception pour les examens provenant des services hospitaliers, les salles d'attente et les salles de prélèvements pour les malades externes, et aussi des locaux où sont entreposés les réserves. Le premier étage est occupé par la partie technique où les salles de travail et les bureaux sont groupés par spécialité. Les différentes disciplines sont ainsi bien séparées les unes des autres.

LA MICROBIOLOGIE

            Elle comporte un bureau pour le chef de service qui dispose d'un laboratoire personnel et un pour son assistant. Il y a 5 salles de bactériologie, chacune étant réservée à une catégorie spéciale d'examens. Un secrétariat est spécialement affecté à la microbiologie.

LA CHIMIE BIOLOGIQUE

            Elle comporte un bureau pour le chef de service, avec un laboratoire personnel, un autre pour ses assistants, et treize salles de laboratoire, ainsi réparties : trois laboratoires de chimie, un laboratoire pour les explorations fonctionnelles, trois laboratoires pour les autoanalyseurs, un laboratoire d'enzymologie, un laboratoire pour les gaz du sang, un laboratoire pour les électrophorèses, un laboratoire de chromatographie, un laboratoire pour la toxicologie, un laboratoire d'hormonologie. Ce service comprend aussi deux secrétariats.

 L’HEMATOLOGIE

            Elle comporte un bureau pour le chef de service qui dispose d'un laboratoire personnel contigu, un bureau pour son adjoint, deux vastes salles d'hématologie, une salle pour les examens de moelle, deux salles de coagulation, une chambre noire et un secrétariat. A l'hématologie fut provisoirement rattaché le centre de transfusion sanguine, comme à sa création, mais ce qui aurait dû cesser avec la construction du nouveau laboratoire. Des problèmes de répartition des locaux obligèrent à prolonger cet état de choses pendant quelques années. Nous verrons plus loin que le centre de transfusion sanguine a été installé plus tard dans un bâtiment spécialement conçu à son effet.
            Le personnel nécessaire au fonctionnement du laboratoire est important, et compte plus de 70 personnes. Il comporte plusieurs médecins et pharmaciens, de nombreux techniciens de laboratoire, infirmières et secrétaires. Le coût de la construction du laboratoire, en 1975, s’est élevé à 7.855.650 francs, frais d'équipement non inclus.

LES SERVICES DE MEDECINE

            Nous avons décrit le pavillon de chirurgie et tous les services qu'il abritait. Nous allons maintenant exposer l'organisation des services de médecine telle qu'elle se présentait en 1946, afin de mieux en mesurer l’évolution au cours de cette deuxième période. Notons d'abord que depuis la création de l'hôpital et jusqu'en 1946, il s'agissait des services de médecine générale qui accueillaient indifféremment tous les malades. Seuls les malades atteints d'une affection contagieuse aiguë étaient hospitalisés dans un pavillon spécial. C'était seulement depuis 1938 qu'il en était de même pour les tuberculeux pour lesquels on avait créé un service particulier. D'ailleurs, la notion de spécialisation médicale ne s'imposa qu'assez tardivement et fut souvent, au début, le résultat de l'activité sélective des médecins chefs qui orientaient leur service vers une activité bien spécifique. Enfin, autre élément important, le confort des malades commença à être amélioré. Les grandes salles communes de 20 lits des pavillons type Tollet furent transformées. On en réduisit la hauteur par la pose d'un faux plafond et on réalisa un cloisonnement par groupe de deux lits. Plus tard, on construisit un couloir au centre des salles et de chaque côté de ce couloir on aménagea des chambres à deux lits. Nous verrons que toutes ces améliorations ont modifié la façon dont l'hospitalisation fut perçue par le public. Les malades hospitalisés dans des conditions de confort accru n'avaient plus à redouter une promiscuité pénible et recevaient à l'hôpital des soins qu'ils n'auraient pas pu avoir chez eux. Tout cela augmenta les demandes d'hospitalisation et entraîna la nécessité d'une adaptation et d'une progression permanente des services hospitaliers.
            En 1946, il n'y avait au Centre Hospitalier du Mans que deux services de médecine générale pour adultes : l'un, installé dans le pavillon J était réservé aux hommes ; l'autre, dans le pavillon K était attribué aux femmes (plan III). Rappelons qu'il s'agissait de pavillons de type Tollet, construits en 1891 et dont le mode d'hospitalisation consistait en deux grandes salles communes de 20 lits. Pour chacun de ces pavillons, la direction médicale était assurée par un médecin assisté d'un interne et d'un médecin adjoint qui le remplaçait pendant ses absences. En plus de ces services où l'hospitalisation était gratuite, il y avait deux services de médecine payante : l'un pour les hommes était installé dans le pavillon F qui fut appelé Pasteur, l'autre service, réservé aux femmes, fut d'abord logé dans le pavillon L, puis fut transféré en 1945 dans le pavillon E qu'on appela Claude Bernard. (A noter que le pavillon L ainsi libéré fut affecté de 1945 à 1947 aux malades ayant besoin de pénicilline. Cet antibiotique récemment introduit en France, était strictement contingenté et réservé aux hôpitaux). Les pavillons de médecine payante étaient nettement plus confortables que les autres pavillon de médecine. Ils étaient composés chacun de 15 à 20 chambres à un ou deux lits. Dans ces pavillons les malades étaient soignés par les médecins en charge des deux services de médecine générale, mais ils avaient aussi la possibilité de se faire suivre par un médecin non hospitalier de leur choix. Ces malades devaient régler une participation financière à l'hôpital et au médecin qui les soignait. Ce mode d'hospitalisation payante fut supprimé en 1970.
            En 1956, un agrandissement des services de médecine devint nécessaire et on ouvrit un troisième service : La médecine III. Ce service fut installé dans un pavillon (R du plan primitif) qui avait été initialement occupé par les enfants assistés désormais transférés dans l'ancienne maternité. L'installation de ce pavillon R (Plan V et VI), qu’on dénomme alors Bichat, fut améliorée par un cloisonnement en chambre à un, deux ou trois lits, et par des agrandissements permettant l'installation de salles d'examen, de consultations, et de bureaux (Plan IX). C'était un grand pavillon comportant un rez-de-chaussée et un étage. Cet étage ne s'étendait que sur une partie du rez-de-chaussée. Le service pouvait accueillir 72 malades. Il devait être, comme J et K, un service de médecine générale mais le médecin chef, cardiologue de formation, donna rapidement une orientation au service qui accueillit donc de nombreux malades atteints d'affection cardiaque. Le service fut équipé d'électrocardiographes, de monitorings, etc. et son équipe médicale fut renforcée avec l’arrivée de deux médecins adjoints également cardiologues. Ainsi le service acquit une spécialisation cardiologique.
            En 1968, il fallut agrandir ce service de cardiologie qui était devenu insuffisant. On utilisa le pavillon E (Claude Bernard), devenu libre, par la suppression du service de médecine payante pour les femmes, et on en fit une extension de la cardiologie.
            Puis, en 1972, entre Claude Bernard et la pneumologie-réanimation respiratoire on installa un service de réanimation cardiaque. Signalons encore qu’en 1948, au rez-de-chaussée du pavillon Bichat (R du plan), quelques lits furent réservés pour la dermatologie. Quelques années plus tard, ces lits furent supprimés et remplacés par 25 lits au premier étage de ce même pavillon.
            En 1961, un quatrième pavillon de médecine, la médecine IV, fut ouvert dans le pavillon H. Primitivement occupé par la pneumo-phtisiologie, il avait été libéré par le départ de ce service dans d'autres bâtiments. On y installa la médecine IV qui prit une orientation gastro-entérologique.
            En 1962, les services de médecine J et K dont nous avons parlé en premier, furent agrandis. Le pavillon I, jusque là occupé par la pneumo-phtisiologie, fut libéré et rattaché aux services médecine I et médecine II. Ces trois pavillons I, J, K (à qui furent donnés les noms de Widal, Bretonneau et Broca) séparés les uns des autres par une pelouse, furent réunis. Pour cela, on construisit des bâtiments transversaux rattachés perpendiculairement aux faces de ces bâtiments qui se faisaient vis à vis. Au centre de cette construction, un couloir réunissait les trois pavillons les uns aux autres et, de part et d'autre de ce couloir, on installa des chambres à un ou deux lits (Plan VII). Le pavillon I (Widal) prit une orientation neurologique lorsqu'en 1973 fut nommé un médecin neurologue à plein temps, et ce pavillon fut alors agrandi. A côté, sur sa façade Nord donnant sur un assez vaste terrain, on construisit un service d'exploration fonctionnelle du système nerveux et une petite annexe de psychiatrie.
            Tous les services de médecine que nous venons de présenter dans leur nouvelle organisation utilisaient des bâtiments anciens réaménagés. Il fut également ouvert des services logés dans des bâtiments neufs, spécialement construits pour eux. Ce fut le cas pour la médecine V, appelée Reilly, un service de médecine générale à soins normalisés, de 90 lits (Photos 27 et Plan IX).
            Il est situé au Nord Ouest du terrain du Centre Hospitalier du Mans, près de la route de Degré. Décidée en 1972, sa construction fut commencée en 1973 et terminée en 1976. C'est un bâtiment à cinq niveaux, bien équipé en ascenseurs et en monte charge. Le niveau 1 est réservé à des bureaux, en particulier au bureau du médecin chef, à ceux de la surveillante chef, des secrétariats, à des salles de consultations, à des salles de soins, à une pièce pour les infirmières et à une salle de conférence pour les réunions scientifiques. Les trois autres niveaux sont occupés par des services de soins. Ils comportent chacun 30 lits répartis en chambres à 1 ou 2 lits, pourvus d'un sanitaire bien équipé. Outre les chambres de malades, il y a à chaque niveau un bureau pour le médecin responsable de l'étage, un bureau pour la surveillante de l'étage, une salle pour les infirmières et une salle de soins. Chaque niveau est affecté à une spécialité médicale : endocrinologie, diabétologie, hématologie, oncologie. A la tête du service, il y a un médecin chef à plein temps, et à chaque étage un médecin également à plein temps. Au début, à l'ouverture du pavillon Reilly, le niveau 0 fut indépendant du reste du service médecine V. Une moitié de ce niveau fut réservée à la médecine préventive du personnel hospitalier. L'autre moitié fut affectée à la bibliothèque médicale.
            La Médecine Préventive, qui y siégea pendant plus de 15 ans, fut transférée ensuite dans un autre pavillon. L'emplacement ainsi libéré fut affecté à la médecine V qui y installa un hôpital de jour.

Bibliothèque médicale

            Quant à la bibliothèque médicale, créée en 1976, elle occupe la moitié Sud du niveau 0. Dans les hôpitaux d'une certaine importance, une bibliothèque médicale est devenue une nécessité. Cela permet aux médecins et aux internes d'avoir à leur disposition, dans les diverses disciplines, de nombreux documents médicaux qu'ils peuvent consulter sur place ou emprunter. Les locaux comprennent un secrétariat, une salle de lecture, des magasins où sont stockés les livres et périodiques, un atelier pour l'entretien des livres, la reprographie et les reliures. La bibliothèque contient plus de 8.000 ouvrages et est abonnée à 200 périodiques, dont un tiers en langue anglaise. Elle est ouverte du lundi au vendredi, de 9 heures à 17 heures, et les médecins non hospitaliers y sont admis.
            Son personnel comprend un médecin responsable, deux bibliothécaires et un magasinier qui, en plus de la surveillance des magasins, assure l'entretien des livres, la reliure et la reprographie. La bibliothèque est informatisée ce qui permet aussi d'avoir sur toutes les affections, et en quelques minutes, les renseignements désirés ou même la reproduction complète d'un article, d'un périodique que ne possède pas la bibliothèque du Centre Hospitalier du Mans. Il faut signaler que créer une bibliothèque médicale dans un hôpital est une option dépendant de son administration. Son financement est majoritairement assuré par cette dernière, les cotisations des usagers n'en fournissant qu'une très faible part.

LA NEPHROLOGIE