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Expérience de 8 ans de veille en santé sur Internet : la bibliothèque
médicale AF Lemanissier de l’hôpital du Mans (BML) |
Ce texte est
le résumé de la présentation faite au cours des Journées d’étude organisées par
l’Association des professionnels de l’information et de la documentation(ADBS)
les 06-07 octobre 2005 à MARSEILLE sur
La veille en santé
Introduction
Le médecin praticien est un gros consommateur d’informations. Au cours de sa vie
professionnelle il utiliserait deux millions d’informations pour gérer les
problèmes de ses malades et passerait 1/3 de son temps à les recueillir et à les
traiter.[1]
Internet est un extraordinaire moyen d’accès aux bases de données médicales au
premier rang desquelles se situe le Medline PubMed depuis le début des années
90.
De nombreux obstacles se présentent cependant aux praticiens dans leur recherche
d’information. JW Ely en recense 59, dont les 3 plus importants sont le temps,
le manque de pertinence des informations trouvées, et l’absence de synthèse
facile à utiliser pour la pratique.
[2]
Historique
Les
praticiens du Centre Hospitalier du Mans, l’un des plus importants hôpitaux non
universitaires de France, avec 1850 lits, 560 000 journées d’hospitalisation par
an, 357 médecins, souffraient, en raison de l’absence d’université médicale en
son sein, d’un déficit important d’outils d’information médicale.
En 1975, le Dr AF Lemanissier crée une bibliothèque médicale gérée en
association loi de 1901 par des praticiens hospitaliers avec le soutien
logistique du Centre Hospitalier.
En 1997, Le Mans est site pilote pour l’accès Internet haut débit par le câble.
Les praticiens hospitaliers gestionnaires de la bibliothèque, décident
immédiatement, grâce à la souplesse de fonctionnement de la bibliothèque, de se
doter de cet outil pour accéder et communiquer de l’information médicale en
créant un site Internet du nom de la bibliothèque BML.
Après avoir rendu visite à la bibliothèque médicale du CHU de Rouen, pionnière dans la veille en santé sur Internet, un comité éditorial composé de 4 médecins hospitaliers est créé et propose une ligne éditoriale pour le site Internet de la BML afin de répondre aux demandes d’informations des praticiens.
La ligne éditoriale décidée en 1997 est très ambitieuse :
Elle doit permettre :
Les questions qui se présentent sont :
Quels sont les besoins en information des praticiens ?
En 1997, Internet n’était pas le média banalisé qu’il est actuellement mais un monde immense à défricher. Son utilisation comme diffuseur d’information dans le monde médical était un pari sur l’avenir.
Dès la création du site internet, mis à jour bénévolement par deux praticiens hospitaliers, la bibliothèque se dotait d’une salle internet avec 4 postes branchés en haut débit 24h sur 24 qui étaient alors le seul point d’accès. La bibliothèque devenait naturellement un lieu d’observation des habitudes de recherche de nombreux médecins, pharmaciens, biologistes.
Grâce au travail de collaboration entre documentalistes, praticiens responsables du sites et utilisateurs, c’est de cette observation au quotidien qu’ont été définis les besoins d’information de l’ensemble des praticiens.
Le contenu du site internet a ainsi évolué naturellement sur un mode de sélection des informations les plus utiles, les plus recherchées, les plus pertinentes dans la pratique quotidienne. De l’ambition initiale, nous avons gardé les outils de recherche les plus utilisés et nous nous sommes recentrés sur la veille en santé.
Le rédacteur en chef Internet du British Medical Journal, Tony Delamothe , a une position extrêmement claire sur la question : malgré les 98 instruments recensés pour évaluer la qualité de l’information sur Internet , celle-ci est impossible à évaluer.[3] Quel instrument pourrait avec pertinence différencier une bonne d’une mauvaise information, en sachant que les besoins des uns et des autres sont si différents et qu’Internet donne accès à des informations de nature si diverses?
Estimant que nous n’avions pas les moyens de valider les informations, nous avons progressivement abandonné les rubriques de spécialités (gastro-entérologie, pédiatrie, anesthésie, pharmacie), et nos propres productions. Nous nous sommes recentrés sur de la veille en santé dans le domaine des recommandations pour la pratique clinique (RPC) et les consensus français validés par les sociétés savantes et les institutions. Celles-ci n’avaient jusqu’alors aucun répertoire exhaustif et mis à jour.
Conclusion :
Notre expérience de veille en santé, nous a permis de montrer que les praticiens hospitaliers doivent être acteurs dans le choix de l’information pertinente pour la pratique médicale. Ceci passe par l’expression de leurs besoins, leur implication directe dans l’initiation des projets. Les projets doivent s’adapter à l’évolution, souvent imprévisible, des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
L’indépendance, la souplesse et la légèreté des structures d’organisation sont des gages d’efficacité en raison de la nécessaire adaptation à l’environnement technologique.
Devant l’énorme masse d’informations médicales disponibles par internet, malgré la puissance des outils de recherche, le rôle des professionnels de la documentation est plus que jamais primordial.
[1] Smith R. What clinical information do doctors need? BMJ 1996; 313:1062-8 (accès libre)
[2] Ely JW, and col. Obstales to answering doctor’s questions about patient care with evidence: qualitative study. BMJ 2002; 324:710 (accès libre)
[3] Gagliardi A and col. Examination of instruments used rate quality of health information on the internet: Chronicle of a voyage with an unclear destination. BMJ 2002; 324: 569-573 (accès libre)