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Dépistage
et prévention du carcinome hépatocellulaire au cours des cirrhoses Cours du Diplôme
d'Université Faculté de Médecine Saint Antoine |
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I Rappels épidémiologiques concernant le carcinome hépatocellulaire: Le cancer primitif du foie est une des tumeurs les plus
fréquentes dans le monde (8e rang). Son incidence a tendance à augmenter, en particulier
dans les pays occidentaux et au Japon. Cependant cette incidence est très variable d'une
région à l'autre. En effet, il existe des région à haut risque (Asie du Sud-Est,
Chine, certaines régions d'Afrique sub-Saharienne) avec une incidence de 20 à 100 pour
100.000 hommes par an; des régions à risque intermédiaire (Italie, Espagne, Argentine)
avec une incidence de 8 à 12 pour 100.000 hommes par an et des régions à faible risque
(Europe du Nord, USA) avec une incidence d'environ 2 à 4 cas pour 100.000 hommes par an. II Facteurs étiologiques du CHC Plusieurs études épidémiologiques, cliniques et
expérimentales ont depuis longtemps établi le lien entre CHC et infection par le virus
de l'hépatite B (1). Des études plus récentes ont montré le rôle étiologique
potentiel du virus de l'hépatite C dans le développement du cancer primitif du foie. Les autres facteurs étiologiques potentiellement impliqués peuvent être:
III Mécanismes généraux de la carcinogénèse hépatique humaine Les mécanismes moléculaires de la carcinogénèse
hépatique au cours des cirrhoses sont encore relativement méconnus. Les virus
hépatotropes B et C pourraient intervenir en jouant un rôle direct (via l'intégration
et/ou l'expression de protéines transactivatrices) ou indirect (via la constitution de la
cirrhose) (cf. chapître Virus et CHC). Cependant, ces virus agissent probablement en
association avec d'autres cofacteurs environnementaux (alcool, aflatoxines B 1,
nitrosamines, tabac ... hormonaux (hormones stéroïdiennes) ou génétiques (3).
IV Caractérisation de lésions prénéoplasiques au cours des cirrhoses . Un certain nombre de lésions pouvant survenir au cours des cirrhoses sont actuellement considérées comme prénéoplasiques
Enfin, des études récentes ont montré,
par des méthodes de biologie moléculaire, que 43 % des nodules cirrhotiques et que 100 %
des MNR et des CHC étaient monoclonaux (8). En outre, une altération génétique
somatique a été retrouvée dans presque 60 % des MNR et des CHC (9). Ces résultats
montrent que des mutations somatiques peuvent être acquises très précocement au cours
la carcinogénèse hépatique et que certains nodules cirrhotiques et les MNR devraient
probablement être considérés comme des lésions déjà néoplasiques et non simplement
hyperplasiques. V Le dépistage du CHC au cours des cirrhoses, moyens et résultats: 1) Les marqueurs tumoraux a) L'alphafoetoprotéine (AFP): L'AFP est une glycoprotéine impliquée dans le transport
des acides gras, en particulier de l'acide arachidonique, dans les cellules foetales et
adultes en prolifération via un récepteur spécifique. b) la dé-y-carboxyprothrombine (DCP) (11) Il existe normalement une y-carboxylation au niveau d'un résidu acide glutamique de la prothrombine, dépendante de la présence de vitamine K et nécessaire à son activité coagulante. Dans certaines cellules d'hépatocarcinome, il existe un déficit acquis du système de carboxylation (< 5 %), indépendament d'un déficit en vitamine K, qui modifie le métabolisme de la prothrombine (mais aussi la protéine C et le facteur IX) et dont le résultat est la synthèse d'une dé-y-carboxyprothrombine. La DCP, facteur indépendant de l'AFP, a été retrouvée élevée dans 70 à 75 % des CHC. La spécificité de la DCP est plus élevée que celle de l'AFP (< 5% de positivité pour une concentration > 100 ng/ml dans des hépatopathies non malignes) mais sa sensibilité, moindre que celle de l'AFP, est aussi dépendante de la taille de la tumeur (20 % de positivité pour des tumeurs < 3 cm), ce qui en réduit considérablement l'intérêt dans le dépistage. c) la y -glutamyl transférase (GGT): La découverte d'isoenzymes carcinofoetales de la GGT lors
de l'hépatocarcinogénèse hépatique expérimentale chez l'animal et dans le sérum de
53 % des patients atteints de CHC et pratiquement jamais dans d'autres hépatopathies,
même en l'absence d'élévation de l'AFP avait soulevé de grands espoirs. Mais,
l'activité de l'isoenzyme spécifique est très faible dans le sérum et n'est pas
mesurable en routine. D'autres marqueurs ont été proposés seuls ou en association avec l'AFP, pour en augmenter la sensibilité ou la spécificité (isoenzymes des phosphatases alcalines (Regan ou Nagao); ACE (si négatif); a-L-fucosidase; CA 19-9; ferritine, isoenzyme tumorale de la 5'-nucléotide phosphodiestérase ... ). Cependant, tous ces marqueurs sont moins performant que l'AFP et n'ont pas d'intérêt pour le diagnostic ou le dépistage du CHC. Enfin, certaines études ont suggéré que l'élévation sérique de la protéine transcobalamine 1 pourrait être un marqueur interessant de certains carcinomes fibrolamellaires. e) Marqueurs tumoraux potentiels 1) TGFb et CHC: Le TGFb est un médiateur connu de la fibrogénèse hépatique. Tsai (Abstract. Congrès Viral Hepatitis and Liver Disease. Rome. 1996) a étudié son intérêt potentiel comme marqueur tumoral dans les CHC. Il a été montré une augmentation du TGFb dans le sérum de patients avec CHC. Dans cette étude, le taux urinaire était significativement différent entre patients avec CHC (60 mg/g de creatinine), avec cirrhose (30 mg/g ) et sujets normaux (10 mg/g). De plus, l'étude de la survie de patients après chimioembolisation a montré que TGFb et AFP étaient des facteurs pronostiques indépendants. TGFb pourrait ainsi être potentiellement utilisé pour le dépistage du CHC. En effet, pour un taux > 50 mg/g, la sensibilité du dosage de TGFb est de 53,1 % et la spécificité de 98,9 %. En association avec le dosage d'AFP (pour un taux > 100 ng), la sensibilité devenait 84 % et 1 a specificité 97,8%. 2) Détection d'anticorps anti-Cyclines dans le sérum de patients avec CHC: Les gènes de certaines cyclines, protéines impliquées dans la régulation du cycle cellulaire, ont été rétrouvés amplifiés ou surexprimés dans un certain nombre de cancers. Cette accumulation anormale de protéines peut se traduire par l'apparition d'autoanticorps par un mécanisme d'autoimmunisation, comme cela a été décrit pour la P53. Covini (Abstract. Congrès Viral Hepatitis and Liver Disease. Rome. 1996) a étudié, par immunofluoresence et western blot, l'existence d'autoanticorps anti-cycline A, B1, D1, E et anti CDK2 dans une centaine de CHC. Il a montré que seulement 1 % des patients avec CHC présentaient des anticorps anti-cycline A, mais que 15 % présentaient des anticorps anti-cycline B1, suggérant l'existence d'anomalie d'expression de la cycline B1 (impliquée dans la régulation de la phase G2/M) dans certains CHC. 3) Détection d'anticorps anti-p53 dans le sérum de patients atteints de cancer: Cette étude sérologique se justifie par l'existence
d'anticorps anti-p53 chez un certain nombre de patients atteints de tout type de tumeurs
et, surtout, leur absence dans la population normale (13). En effet, plusieurs études ont
montré l'existence d'anticorps circulant anti-p53 dans le sérum de patients atteints de
cancer du sein (10%), de lymphome de Burkitt (20%), de cancer colorectaux, de cancer du
poumon, de cancer du pancreas (28%), de l'ovaire et des voies biliaires (15%) (13). Ces
anticorps, toujours associés à l'existence d'une altération de la p53, pourraient
constituer un marqueur précoce de l'apparition de certains cancers (en particulier, les
cancers du poumon). D'autre part, leur présence au moment du diagnostic pourrait être un
facteur de mauvais pronostic, en particulier dans certains cancer ORL ou de la vessie.
Cette réponse anticorps inhabituelle pourrait être due à une autoimmunisation contre la
p53 sauvage, identique à celle observée dans des modèle animaux hyperimmunisés contre
p53 en association avec une protéine virale (T de SV 40 pour un modèle de souris). Ces
anticorps reconnaissent un même épitope immunodominant, présent dans les formes mutées
ou sauvages de la protéine. 2) Résultats des protocoles de dépistage Le dépistage repose actuellement sur les deux methodes les plus sensibles et specifiques (cf. Fig. 6) : la mesure de L'alphafoetoprotéine et l'échographie.- La fréquence avec laquelle sont effectués les examens varie en fonction des études mais reste en moyenne basée sur une période de 6 mois (3 à 12 mois). Cette périodicité, représente le délai moyen nécessaire pour que la taille d'un petit CHC passe de 1 cm à 3 cm (# 3 à 5 mois), et devrait être modulée par l'incidence du CHC et le coût de ce dépistage en fonction des pays concernés.
Plusieurs études récentes prospectives ont permis d'évaluer l'apport de cette stratégie sur l'évolution et le traitement du CHC. Des résultats divergents (probablement en raison des différents protocoles utilisés) ont été observés à la fois sur l'utilité ou l'efficacité de la surveillance clinique, biologique et échographique sur le diagnostic précoce du CHC. Pour certains (essentiellement des études asiatiques), le dépistage (/3 mois) a permis le diagnostic des lésions potentiellement curables (uniques et < 3 cm) dans 70 % (4), alors que pour d'autres, en particulier dans les études occidentales (avec un dépistage /6-12 mois), 21 à 29 % seulement des lésions étaient uniques et <3 cm. En outre, la plupart de ces études montraient que le nombre de malades a yant effectivement bénéficié d'un traitement curatif chirurgical était réduit à 6 à 14 % des petits CHC dépistés, essentiellement en raison de l'âge des patients, de la sévérité de l'atteinte hépatique sous-jacente ou de la présence d'autre atteinte viscerales, en particulier chez les patients alcooliques. Enfin, le dépistage n'apportait aucun bénéfice en terme de traitement ou de survie pour les CHC multifocaux d'emblée (15-25 % des cas) (17, 18, 19, 20, 21).
Lorsque le traitement par hépatectomie
partielle (ou alcoolisation) était possible, les résultats, relativement comparables
pour les deux traitements, restaient décevants : en moyenne 40 % de survie et 55-60 % de
récidive à 4 ans (22).
Le seul traitement dont les résultats semblent actuellement encourageants est la transplantation hépatique proposée pour de petites tumeurs en nombre limité (tumeurs <5 cm ou moins de 3 tumeurs de < 3 cm). Lorsque ces indications sont respectées, le taux de survie pourrait atteindre 85 % à 5 ans selon une étude récente (24), qui nécessite confirmation par d'autres études prospectives. En résumé, les différentes études précédantes montraient que le dépistage (tel qu'il était pratiqué le plus souvent / 6 mois) n'améliorait pas significativement la prise en charge thérapeutique de ces malades, à l'exception peut-être de la transplantation hépatique, proposée dans des indications extrêmement précises. Les causes d'échec étaient en partie en rapport'-avec le stade avancé de la maladie hépatique sous-jacente et le traitement proposé (résection) et surtout le risque très élevé de récidive après traitement d'une lésion même unifocale en raison du caractère multifocal du processus carcinomateux dans un foie cirrhotique. Le traitement au stade de CHC avéré (même de 3-4 cm) est donc déjà trop tardif dans l'évolution d'une maladie maligne intéressant d'emblée l'ensemble du foie. Il n'existe pas actuellement de critère biologique (AFP)
ou morphologique (Echo, Scanner ou IRM) spécifique permettant de différencier un MNR
ordinaire d'un MNR atypique (ou contenant un foyer de CHC très bien différencié). Ces
examens pourraient permettre de proposer un traitement plus aggressif (résection ou
alcoolisation) devant une augmentation progressive de volume d'un MNR très évocatrice de
son caractère atypique ou déjà transformé, surtout si sa taille dépasse 15 mm. Les différentes études précédantes montrent que la
carcinogénèse hépatique est un processus multifocal débutant très précocement au
cours de (pour certains même avant ... ) la cirrhose, ce qui en fait elle-même la
lésion prénéoplasique principale. Nous avons vu que les différentes stratégies de
dépistage n'ont pas permis d'améliorer significativement la prise en charge
thérapeutique de ces malades. De nouvelles approches thérapeutiques prophylactiques
peuvent et doivent donc être envisagées, Elles pourraient reposer sur l'inhibition de
différents mécanismes potentiellement impliqués dans la carcinogénèse hépatique, en
utilisant par exemple des agents thérapeutiques ayant un effet antiviral (diminuant le
cycle nécrose e/ré génération et prolifération, ainsi que l'inflammation chronique
génératrice de radicaux libres), un effet antiprolifératif, un effet sur 1 a
différenciation cellulaire ou un effet antiangiogénique. 1) Interféron et prévention du CHC a) Mécanisme d'action de l'interféron Les interférons sont des facteurs sécrétés participant
à la défense contre des infection virales, parasitaires, bactérienne et contre
certaines tumeurs. En particulier, une efficacité de l'interféron a été démontré
dans le traitement de certaines maladies d'origine virale (hépatites B et C, condylomes
acuminés, papillomatose laryngée... ) ou tumorale (sarcome de Kaposi, leucémies à
tricoleucocytes) (27, 28). Les interférons ont une activité antivirale directe (27), en
particulier en induisant certaines protéines spécifiques (MxA, Protéine Kinase p68,
oligoadénylate-synthétase), mais il peuvent aussi moduler le système immunitaire ou
agir sur la prolifération et la différentiation cellulaire (29. 30). 2) Résultats des études cliniques concernant l'interféron: L'interféron alpha est actuellement le traitement de choix
des hépatites virales chroniques B et C. Il a récemment été suggéré que ce
traitement réduisait l'incidence d'apparition d'un CHC chez les patients avec cirrhose
virale C (cf. infra). L'effet préventif observé est probablement multifactoriel
(antiviral, antitumoral, antiprolifératif et probablement antiangiogénique), bien
qu'aucun mécanisme moléculaire prédominant n'ait été mis en évidence jusqu'à
présent.
L'effet préventif de l'interféron chez les patients répondeurs en terme biochimique a été confirmé par une autre étude récente rétrospective portant sur 1148 patients (42 bis). Cependant, cette étude montre que si l'incidence du CHC est globalement diminuée dans cette population, l'effet de l'interféron n'est significatif que pour les stades précoce (F2) mais pas pour les stades plus tardifs (F3 et F4). Ces résultats encourageants nécessitent bien sûr d'être confirmés par des études prospectives, puîsqu'un autre travail portant sur une large cohorte de patients (42 ter) n'a pas retrouvé ce résultat. 2) Acide rétinoïque et prévention du CHC a) mécanismes d'action De multiples études in vivo, in vitro et dans différents
modèles expérimentaux de tumeurs ont montré que des dérivés naturels ou synthétiques
de la vitamine A, les rétinoïdes, étaient capables d'inhiber la prolifération et/ou
d'induire la différentiation cellulaire. De plus, un effet antitumoral des rétinoïdes a
été observé dans des études cliniques concernant certaines tumeurs humaines : cancers
du col utérin, cancer de la peau et leucemies à promyélocytes (pour une revue voir
(43)). b) acide rétinoïque et cancers Plusieurs arguments suggèrent que l'interruption des voies
de transduction des rétinoïdes, en particulier via RAR, pourrait jouer un rôle dans la
carcinogénèse, en particulier hépatocellulaire. En effet, il a été montré, par
exemple, que RAR b agissait comme gène suppresseur de tumeur dans une lignée cellulaire
issue d'un carcinome bronchique à petite cellules (45) ou que la translocation t(15:17)
observée dans les leucémies à promyélocytes intéressait le locus RAR a (46). Ces
résultats suggèrent qu'un traitement par les rétinoïdes pourrait modifier la
prolifération ou la différentiation de certains types de cellules tumorales. c) résultats des études cliniques dans la prévention du CHC L'approche clinique proposée récemment a montré que ce dérivé avait un effet préventif s u r l'apparition de nouvelles tumeurs après hépatectomie pour CHC (48). En effet, l'incidence des récidives sur le foie restant après hépatectomie partielle pour CHC était significativement diminuée après 12 mois de traitement, par rapport à des patients non traités (27 % vs 49 %) après 38 mois de suivi.
En outre, si les nouvelles tumeurs (et non les récidives
locales) étaient prises en compte (tumeurs apparues > 6 mois après l'hépatectomie et
dans un lobe différent) l'effet préventif apparaissait encore plus significatif (10 % vs
50 %). Il faut cependant noter que la survie globale n'était pas significativement
améliorée par le traitement dans l'étude initiale, probablement en raison d'une durée
moyenne de survie insuffisante à la fin de cette l'étude (38 mois)(48). Les résultats a
plus long terme viennent d'être publiés (48 bis) et montrent qu'après un suivi moyen de
62 mois la survie est significativement améliorée (74 % vs 46 %). Les résultats intéressants ont été obtenu récemment par l'utilisation de lipiodol marqué à l'iode-131 en traitement adjuvant après résection curative de CHCde taille moyenne 4 cm (1,5-10 cm) (48 ter). L'injection unique de lipiodol était effectuée dans les 6 semaines qui suivait la résection. Après un suivi moyen de 34,6 mois, il existait une différence significative de l'incidence des récidives entre le groupe traité et non traité (28,5 % vs 59 %). Un effet sur la survie a aussi été démontré à 3 ans (86,4 % vs 46,3 %), justifiant même, pour les auteurs, un arrêt de l'étude. Cette étude mérite confirmation. Une autre approche thérapeutique prophylactique pourrait
être basée sur l'hypothèse suivante : toute tumeur nécessite une néovascularisation
pour se développer au delà de quelques mm'. Cette néovascularisation est une étape
très précoce puisqu'il a été montré qu'elle apparaissait dès le stade de nodule
hyperplasique (bénin) dans un modèle de tumeurs pancréatiques murines. On peut donc
faire l'hypothèse qu'une surexpression de facteurs angiogéniques pourrait apparaitre
précocement lors de la progression de certains nodules cirrhotiques vers un MNR ou un CHC
et constituer un marqueur de la progression vers la transformation cellulaire en même
temps qu'une cible potentielle pour un traitement prophylactique.
Ces résultats montrent qu'une molécule antiangiogénique (par exemple: l'interféron seul ou en association) pourrait potentiellement avoir un effet inhibiteur sur la croissance de microfoyers tumoraux déjà présents dans des MNR ou certains nodules cirrhotiques et prévenir la croissance tumorale dans l'ensemble du foie. Cependant, il est possible que ces molécules entrainent des lésions des vaisseaux associés à la cirrhose elle-même. Il est donc primordial de mieux caractériser les différences phénotypiques entre les vaisseaux tumoraux et non tumoraux pour pouvoir développer des agents pharmacologiques plus spécifiques des vaisseaux tumoraux. IX Faut-il traiter tous les patients cirrhotiques ? Nous avons vu que le dépistage effectué tous les 6 mois ne permet pas d'améliorer la prise en charge précoce des patients présentant un CHC. Le dépistage tous les 3 mois, tel qu'il est effectué au Japon, permettrait sans doute d'améliorer son efficacité, mais au prix d'un surcoût très important. Plusieurs études ont cherché à définir des facteurs prédictifs du CHC au cours des cirrhoses pour en améliorer le dépistage et définir des population à très haut risque d'évolution vers le CHC à moyen terme (2-4 ans). Ces différentes études ont retrouvé comme facteurs essentiels : l'âge > 50 ans, le taux initial aFP >15, des signes d'insuffisance hépatocellulaire (ICG, TP ou Alb) ou d'HTP (volumineuses VO), le sexe masculin et une infection par le VHC. L'existence d'une dysplasie hépatocytaire serait aussi, pour certains, un facteur prédictif majeur indépendant.
L'identification, par exemple à l'aide
d'un score prédictif (Figure) utilisant ces critères, d'une population de patients
cirrhotiques à très haut risque de CHC (72 0/0 à 3 ans) (56) pourrait ainsi permettre
de réserver la stratégie de dépistage à intervalles rapprochés (/ 3 mois ?)
uniquement à cette population (pour en réduire le coût), et permettre de lui proposer
un traitement prophylactique systématique (par une molécule pharmacologique et selon un
protocole qui restent à définir ... ) et discuter, en cas d'échec (apparition et/ou
progression d'un MNR par exemple), une transplantation hépatique « prophylactique ».
Les données moléculaires récentes montrent que la carcinogénèse est un processus multifocal débutant précocement, au moment de (ou même avant ?) la cirrhose. Les résultats relativement décevants des stratégies de dépistage du CHC pour la prise en charge thérapeutique des patients dans les pays occidentaux montrent qu'il faut probablement proposer un traitement plus précoce des lésions prénéoplasiques, qui incluent la cirrhose elle-même. Or, il devient possible d'envisager une stratégie de traitement prophylactique du CHC au cours des cirrhoses, en agissant sur les mécanismes impliqués à différentes étapes du processus de carcinogénèse (inflammation, nécrose, régénération, prolifération cellulaire ou néoangiogénèse). Ces traitements devraient permettre de retarder (ou, dans certains cas, peut-être de supprimer ?) l'apparition du CHC ou de ralentir sa croissance, par exemple en supprimant le développement de la néovascularisation tumorale. De ces données il apparait que les (futurs) traitements prophylactiques devront probablement être proposés relativement tôt dans l'évolution des cirrhoses, avant qu'une accumulation d'altérations génétiques n'aboutisse à une accélération irréversible et incontrôlable de la prolifération cellulaire.
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Expression of angiogenic factors bFGF and VEGF in human cirrhosis and hepatocellular carcinoma. Abstract. Hepatology. 1996. 341A. (56) Ganne-Carrié, N., Chastang, CI., Chapel, F., Munz, C., Pateron, D., Sibony, M., Dény, P., Trinchet, J.CI., Callard, P., Guettier, C., Beaugrand, M. Predictive score for the development of hepatocellular carcinoma and additional value of liver large cell dysplasia in western patients with cirrhosis. Hepatology. 1996. 23. 1112-1118. |
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L'alphafoetoprotéine (AFP) 2) Résultats des protocoles de dépistage Le traitement précoce des lésions prénéoplasiques peut-il prévenir la survenue ultérieure d'un CHC ? 1) Interféron et prévention du CHC a) Mécanisme d'action de l'interféron 2) Acide rétinoïque et prévention du CHC a) mécanismes d'action Faut-il traiter tous les patients cirrhotiques ?
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