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Cancérogénèse hépatique chimique et modèles animaux
François Ballet
Rhône-Poulenc Rorer, Département Sécurité du Médicament, 94403 Vitry sur Seine
Philippe Beaune Université René Descartes, INSERM U 490, Centre universitaire des Saints-Pères, 75270 Paris Cedex 06

Cours du Diplôme d'Université Faculté de Médecine Saint Antoine
CHU Saint - Antoine 7 au 11 Juin 1999

Mis en ligne le 22 décembre 1999 par Bruno Bour MD        Maîtres Toiles

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Définition et preuves de la cancérogénèse chimique

L'activation métabolique et ses conséquences

Le métabolisme des xénobiotiques.

La variabilité des enzymes du métabolisme des xénobiotiques

Facteurs génétiques
Facteurs environnementaux
Facteurs physiopathologiques

Les interactions avec l'ADN, les adduits et la réparation

Exemples de cancérogenèse chimique

Modèles expérimentaux

Administration continue d'un agent cancérogène

Administration séquentielle

Modèle de Peraino
Modèle de Scherer et Emmelot
Modèle de Pitot
Modèle de Solt et Farber
Déficit en choline

Modèles transgéniques

Les étapes de la cancérogénèse

Initiation
Promotion
Progression
Cellules ovales

Altération des gènes au cours de la cancérogénèse hépatique

Cancérogènes non génotoxiques

Conclusion

Bibliographie

Définition et preuves de la cancérogénèse chimique

La cancérogénèse chimique peut être définie comme l'ensemble des phénomènes conduisant à des tumeurs résultant de l'exposition à un composé chimique, quelle que soit son origine.
L'implication des produits chimiques dans le développement de cancers a été soupçonnée depuis fort longtemps puisque, dès le 18ème siècle, Pott et Hill avaient fait la relation d'une part entre cancer et consommation tabagique et, d'autre part, entre cancer du scrotum et exposition à la suie (ramoneurs) (Pott 1775, Hill 1761). La démonstration scientifique d'une relation directe entre exposition à un produit chimique et cancer est plus récente; elle repose sur deux types d'arguments:

- des modèles expérimentaux animaux; il est possible de faire un lien direct entre un agent chimique et un type de cancer. Ce type d'approche est scientifiquement irréprochable mais n'est pas toujours extrapolable à l'homme. Ces modèles qui ont permis de bien connaître les mécanismes de la cancérogénèse chimique seront décrits en détail dans la deuxième partie de cet article. Quelques exemples cependant illustreront l'efficacité de cette démarche. Le badigeonnage de peau de souris avec des hydrocarbures aromatiques comme le diméthylbenzanthracène (DMBA) ou le benzo(a)pyrène (BaP), entraîne des tumeurs de la peau dans lesquelles des mutations de l'oncogène ras ont été retrouvées (Bizub et coll. 1986, Bremner et Balmain 1990 et références incluses). L'administration d'aflatoxine BI ou de nitrosamines à des rats entraîne des carcinomes hépatocellulaires dont les caractéristiques, dans le cas de l'aflatoxine au moins, ont pu être comparées à celles rencontrées chez l'homme. La 1,2dimethylhydrazine (ou ses métabolites) est le seul modèle connu à l'heure actuelle de cancer du côlon (Jacoby et coll. 1991, Thurnherr et coll. 1973). De nombreux autres exemples ont ainsi démontré, chez l'animal le lien de causalité directe entre l'exposition à un composé chimique et le développement de tumeurs souvent spécifiques d'organe.
- des enquêtes épidémiologique ; elles ont clairement montré l'augmentation de certains types de cancer lors de l'exposition à des produits chimiques (pollution, consommation tabagique, alimentation par exemple). A la suite des exemples de Pott et Hill, cités plus haut, de nombreuses publications ont démontré le rôle de la fumée de tabac dans les cancers du poumon, des voies aérodigestives supérieures (en association avec l'alcool), de la vessie, et plus récemment du côlon (Martinez et coll. 1995 le facteur de risque est dans ce dernier cas beaucoup plus faible).Pour l'aflatoxine également l'épidémiologie a clairement montré une corrélation entre adduits d'aflatoxine (démontrant l'exposition) et le risque de carcinome hépatocellulaire (Mc Glynn et coll. 1995) Enfin le rôle de l'alimentation dans le développement de divers types de cancers a été largement évoqué (Sugimura et coll. 1996, Martinez et coll. 1996, Ames et coll. 1995)

Ces deux approches se renforcent mutuellement et ont permis d'identifier de nombreux composés à risque. Ainsi, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC ou IARC) publie des monographies et a classé environ 700 composés, mélanges et circonstances d'exposition en divers groupes (liste des évaluation du CIRC, 1993):

I: cancérogène pour l'homme
IIA: probablement cancérogène chez l'homme
IIB peut-être cancérogène pour l'homme
III: ne peuvent être classés
IV: probablement pas cancérogènes pour l'homme.

Comme cela sera vu plus loin, de nombreux agents chimiques ont été trouvés hépatocancérogènes chez le rat ou la souris et le foie est le site principal de localisation tumorale dans les études de cancérogenèse expérimentales. Cependant chez l'homme, il y a peu d'agents chimiques pour lesquelles un rôle étiologique dans le cancer du foie ait été clairement établi (Tableau 1).

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L'activation métabolique et ses conséquences

Comme il a été vu ci-dessus, les produits chimiques ayant été identifiés comme cancérogènes certains ou probables, peuvent être classés selon leur point d'impact, en cancérogènes génotoxiques et non génotoxiques (tableau 1). Nous n'étudierons dans cette section que les composés génotoxiques. Pour la plupart, ils ne sont pas toxiques par euxmêmes mais doivent être métabolisés dans l'organisme, pour générer, généralement à proximité de leur cible, l'ADN, un métabolite réactif capable de former un adduit à l'ADN qui pourra ensuite se transformer en une mutation stable, premier pas dans la chaîne d'événements conduisant au cancer; cette étape est appelée initiation . Il existe cependant quelques composés qui sont génotoxiques sans activation (tableau 1).
Pour se lier de façon covalente aux bases de l'ADN qui possèdent de nombreux centre nucléophiles, il faut que les composés soient électrophiles. Les composés spontanément électrophiles sont réactifs et vont réagir avec les nucléophiles de l'organisme comme les protéines ou le glutathion sans pouvoir atteindre l'ADN. En revanche de nombreuses substances peuvent être transformées par les enzymes du métabolisme des xénobiotiques (EMX) en électrophiles qui, produits in situ, vont pouvoir réagir avec lADN et former des adduits. La production de ces espèces réactives à partir de produits non réactifs par eux-mêmes dépend donc de leur métabolisme et c'est pourquoi il est nécessaire à ce point de bien connaître les enzymes qui en sont responsables.

A. Le métabolisme des xénobiotiques.

Les xénobiotiques, substances étrangères à l'organisme de faible poids moléculaire, sont souvent hydrophobes et/ou chimiquement réactifs. L'organisme doit donc disposer d'enzymes capables de neutraliser ces groupements réactifs et surtout de rendre hydrophiles les substances hydrophobes pour pouvoir les éliminer dans l'urine ou la bile. Ces enzymes sont rassemblés sous le nom d'enzymes du métabolisme des xénobiotiques (EMX). Ils sont très nombreux afin de pouvoir catalyser de nombreuses réactions chimiques; de plus chaque catégorie d'enzyme comporte souvent plusieurs isoformes afin de pouvoir catalyser la même réaction sur des substrats stériquement très différents. Pour simplifier la compréhension de ce métabolisme, ces enzymes et leurs isoformes ont été classés en phase I, II, III et IV.
Les xénobiotiques étant généralement hydrophobes pénètrent facilement dans la cellule à travers la membrane , elle-même hydrophobe.
La phase 1, est une phase de fonctionnalisation qui consiste à introduire une fonction chimique sur les substrats. Les réactions les plus courantes sont des monooxygénations dépendantes des cytochromes P450 (CYP). Ceux-ci représentent une super-famille d'enzymes comprenant une grand nombre d'isoformes classées selon leur degré d'homologie de séquences. (Neslon et coll. 1996) Chaque isoforme a une spécificité de substrat plus ou moins étroite. Ces P450 sont principalement exprimés dans le reticulum endoplasmique des hépatocytes mais se retrouvent dans pratiquement dans tous les tissus. En fait de nombreuses cellules expriment des isoformes de P450 et présentent ainsi une capacité métabolique spécifique. Il existe d'autres enzymes de phase I comme des réductases, des hydrolases.
Les produits de la phase I ne sont pas toujours suffisamment hydrophiles pour pouvoir être éliminés directement; ils sont donc métabolisés par des enzymes de phase I , enzymes de conjugaison, capables d'utiliser une fonction comme un hydroxyle pour ajouter un groupement très hydrophiles: un glucuronate, un sulfate, du glutathion par exemple. Le produit de cette réaction est maintenant très hydrophile et peut être éliminé dans la bile et/ou dans l'urine. Les principaux enzymes catalysant ces réactions sont les UDP glucuronosyl transférases (UGT), les glutathion-S -transférases (GST), les sulfotransférases (ST), les époxide hydrolases (EH, conjugaison avec l'eau), les méthyl transférases (MT), les N-acétyl transférases (NAT) (ces deux derniers enzymes servent plutôt à neutraliser des groupements chimiques réactifs, amines, thiols ... ). Comme pour les P450, de nombreuses isoformes de ces enzymes sont exprimées dans l'organisme ; leur spécificité de substrat est également chevauchante. Les produits de ces réactions sont très hydrophiles et souvent franchissent difficilement les membranes cellulaires sans l'aide de transporteurs tels que MDR 1 et MRP (Bellamy 1996) (phase III) .
Les conjugués se retrouvant dans le sang, dans l'intestin, le côlon ou la vessie peuvent ensuite être déconjugués chimiquement ou enzymatiquement régénérant ainsi le produit de la phase I in situ dans l'organe. Cette étape peut être appelée phase IV, elle 'sera discutée plus en détail à propos des cancers du côlon et de la vessie.
La plupart des produits ainsi formés sont moins toxiques que le composé de départ. Cependant, dans de rares cas, le produit intermédiaire est réactif et peut se lier aux protéines et/ou à l'ADN. C'est en quelque sorte "une bavure" d'un système très efficace pour éliminer les xénobiotiques de l'organisme. Ces métabolites réactifs peuvent être produit aussi bien par des enzymes de phase I, II ou IV. Il existe donc pour chaque produit un équilibre entre métabolites toxiques et non toxiques qui dépend, dans un cellule donnée, de la nature et de la quantité des différents EMX. Or l'expression des EMX est très variable.

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B. La variabilité des enzymes du métabolisme des xénobiotiques.

L'expression hépatique de la plupart des CYP varie de 1 à 10 voire de 1 à 30 pour certains. Les autres EMX ont une variabilité inter et intra-individuelle du même ordre de grandeur. Ces variations sont dues à des facteurs génétiques, physiopathologiques ou environnementaux.

Facteurs génétiques: plusieurs polymorphismes génétiques des enzymes du métabolisme des xénobiotiques ont été décrits. Ainsi le CYP2D6 est absent chez environ 5 % des individus des populations caucasiennes et surexprimé chez environ 2%, le CYP2C 19 chez 5 % des même populations et chez 20% des j aponais. Le CYP 1 A 1 est très inductible chez 10 à 30 % des individus. D'autres polymorphisme de CYP ont été décrite sans que leur signification soit clairement établie. Des polymorphismes génétiques ont été décrits également pour d'autres enzymes qui sont déficients dans des proportions variables des populations, par exemple: GSTµ (50%), GSTO (30%), NAT2 (50%). Ces polymorphisme modifient de façon importante les capacité métaboliques (équilibre toxication / détoxication) des individus.
Facteurs environnementaux: les phénomènes d'induction et d'inhibition sont connus depuis longtemps. Ainsi par exemple, le phénobarbital, l'éthanol, les hydrocarbures aromatiques (fumée de tabac), la rifampicine, augmentent chez l'homme la concentration hépatique des CYP 2B, 2E, IA et 3A, respectivement. De plus certains composés sont capables de bloquer l'activité de certains CYP: le kétoconazole inhibe de façon réversible les CYP 3A, la fluvoxamine le CYPIA2, la quinidine le CYP 2D6. Il serait certainement trop long de faire la liste des inducteurs et des inhibiteurs des EMX; il faut cependant savoir que l'expression des EMX et leur activité peuvent être modifiées de façon importante par l'exposition à d'autres xénobiotiques, rendant compte ainsi d'une partie de la variabilité intra et inter individuelle.
Facteurs physiopathologiques: comme il a été indiqué plus haut chaque tissu, chaque cellule possède son propre équipement en EMX, la répartition entre ceux-ci variant de façon important selon le type cellulaire. De plus l'expression de ces EMX varie en fonction de l'âge; en effet l'embryon, le nouveau-né et l'adolescent exprime des P450 souvent différent et généralement en quantité moindre. Enfin certaines pathologies modifient l'expression de certains CYP: le diabète augmente le CYP 2El, l'insuffisance hépatique et la plupart des cytokines diminuent l'expression des CYP (Abdel-Razzak et coll. 1993)....
Ces quelques exemples illustrent bien l'extrême variabilité inter- et intra- individuelle d'expression des EMX. Cette variabilité va jouer un rôle important chez un individu donné s'il est exposé à un xénobiotique potentiellement toxique. Selon l'expression de ses EMX il pourra être plutôt à risque de développer une toxicité (cancérogenèse par exemple) ou au contraire protégé contre la production de métabolites toxiques. Nous verrons plus tard les relations étroite entre gènes et environnement et les conséquences pour le sujet qui nous intéresse ici, la cancérogenèse chimique.

C. Les interactions avec l'ADN, les adduits et la réparation.

Les électrophiles produits par le métabolisme sont donc capables d'interagir avec les centres nucléophiles des bases et de former des adduits à l'ADN (schéma 4 et 6). Ces adduits pourront ensuite être éliminés directement lorsqu'un enzyme spécifique peut le faire (methyltransférase par exemple); les bases altérées pourront être réparées par un des systèmes de réparation (excision de base ou de nucléotides par exemple) . Lorsque ces systèmes sont débordés (trop forte production ou défaut de réparation) les adduits s'accumulent et peuvent engendrer des mutations qui pourront être le point de départ d'un processus tumoral. Il est bien connu que les déficits dans les système de réparation, génétiques ou acquis, augmentent la production d'adduits, la mutagénèse et le risque de cancer (Levy et coll. 1992). Les bases altérées peuvent ensuite se retrouver dans l'urine et pourront ainsi être le témoin de leur accumulation (biomarqueur, pour l'aflatoxine, Scholl et coll. 1995).
Les métabolites réactifs peuvent également se lier à d'autre nucléophiles comme le glutathion (système de protection) ou les protéines qui pourront aussi être le témoin de la formation d'adduits (biomarqueurs par exemple pour l'aflatoxine McGIynn et coll. 1995). La formation et la persistance des adduits est le résultat de l'équilibre entre leur formation et leur élimination, ils sont représentatifs de l'exposition, de l'activation/élimination des précancérogènes et de leur réparation (schéma 1). Comme ils sont, dans le cas de la cancérogenèse chimique le point de départ du processus cancéreux leur détermination dans l'ADN tissulaire peut apporter des informations importantes sur les précancérogènes en cause et sur l'équilibre entre activation, élimination et réparation. Il a été ainsi montré que la concentration des adduits à l'ADN dans les tissus non tumoraux de sujets atteints de cancer du côlon ou du sein, était plus élevée que dans du tissu équivalent de sujets sains (PfohlLesfkowicz et coll. 1995, Li et coll. 1996). Ces résultats indiquent clairement que les adduits à l'ADN jouent, in vivo chez l'homme, un rôle important dans le développement du processus cancéreux.

D. Quelques exemples de cancérogenèse chimique.

Cancer du poumon et du tabac: Il est connu depuis longtemps que le tabac est une cause importante de cancer du poumon. Le benzo(a)pyrène, constituant important de la fumée a été identifié comme l'un des agents responsables. Cet hydrocarbure polycyclique n'est pas capable de réagir par lui-même avec l'ADN mais après trois cycles d'activation (CYPIAI, EH, CYP3A4) il se transforme en un diol époxide très réactif et très mutagène (schéma 4). Le formation de cet adduit est donc sous la dépendance de l'expression de ces trois enzymes et de celle de la GSTµ qui neutralise l'époxide intermédiaire. Il a été montré qu'un des génotype du CYP IAI induisait un risque plus élevé de développer un cancer du poumon chez le fumeurs (Kawajiri et coll. 1995, 1996). De même le déficit en GSTµ est un facteur de risque (plus faible, 1,5 à 2 environ). Le CYP 2D6 a été également étudié dans cette perspective mais les résultats sont très contradictoires et aucun précancérogène connu de la fumée de tabac n'est métabolisé significativement par ce CYP (Stucker et coll. 1995, Bouchardy et coll. 1996 et références incluses). De plus il a été trouvé plus d'adduits à l'ADN dans les poumons de fumeurs que dans ceux de non-fumeurs, en particulier des adduits à l'ADN. Enfin, plus récemment il a été montré que p53 était, comme dans les autres types de cancer, fréquemment mutée. Les mutations le plus souvent rencontrées correspondent bien à celles provoquées in vitro ou ex vivo par le diol du benzo(a)pyrène (Denison et coll. 1995). En effet les adduits du benzo(a)pyrène à l'ADN ont une spécificité de base et de séquence et peuvent induire des mutations en des sites spécifiques de gènes comme celui de la p53. Le poumon et les voies aérodigestives sont les cibles principales de ces toxiques puisque les toxiques sont inhalée et que les systèmes d'activation sont présents dans ces organes. La vessie est un autre organe cible par un mécanisme identique mais là le métabolisme se fait en deux étapes et le précancérogène sont sans doute différents: ce sont des amines aromatiques de la fumée de tabac; elles sont dans un premier temps transformées en un hydroxylamaine qui est conjuguée en un métabolite soluble et non toxique. Ce métabolite intermédiaire est transporté dans l'organisme et éliminé dans l'urine. Au pH acide rencontré dans ce milieu Phydroxylamine est déconjuguée puis décomposée en un agent alkylant très puissant, capable de former des adduits à lADN puis des mutations. Cette étape correspond à la phase 4; un processus identique a été invoqué pour certains cancers du côlon.
Cancer du foie et Aflatoxine B1: l'infection chronique par un virus de l'hépatite est un facteur de risque important de carcinome hépatocellulaire. Cependant, dans certaine régions du monde, Afrique, Asie du sud-est par exemple, il a été montré que l'ingestion d'Aflatoxine Bl était également un élément déclenchant de cette pathologie (Guengerich et coll. 1996, références incluses). Ce composé est produit par un champignon du genre Aspergillus qui se développe sur les céréales et sur les arachides lorsqu'elles sont mal conservées, en particulier dans les climats chauds et humides. L'aflatoxine dont la structure est donnée dans le schéma 7 n'est pas réactive ou mutagène par elle-même, mais, de la même façon que pour le benzo(a)pyrène, elle peut être activée par un CYP (1A2, 3A4, ou même d'autres) en un époxide très électrophile. Ce cancérogène ultime peut soit être détoxiqué par une GST soit former des adduits à lADN sur une désoxyguanosine comme indiqué sur la figure. Ces adduits s'ils s'accumulent pourront ensuite générer une mutation qui pourra être le point de départ d'un processus de cancérogenèse hépatique. Dans ce cas, le foie est le plus exposé puisque le toxique est ingéré et que les systèmes d'activation sont essentiellement hépatiques. L'ensemble de ces résultats sont en bon accord avec les observations faites chez l'homme. Ainsi dans les carcinomes hépatocellulaires africains et du sud-est asiatique la mutation la plus fréquemment rencontrée se trouve sur le codon 249 (AGG--->AGT). Des résultats in vitro récents ont montré que l'aflatoxine, après activation métabolique, provoquait très fréquemment cette mutation dans le gène p53 (Foster et coll. 1983, Aguilar et coll. 1993). Cette mutation n'est pratiquement pas rencontrée dans les carcinomes hépatocellulaires des régions où l'exposition à l'aflatoxine est négligeable (Europe et Amérique du Nord); dans ce cas l'hépatite est le facteur de risque principal. Il semble que l'aflatoxine et l'hépatite puissent agir en synergie; en effet des souris transgéniques exprimant un antigène du virus de l'hépatite ont une expression plus élevée de certains CYP (Chemin et coll. 1996) tandis que l'inflammation et l'infection par les virus de l'hépatite B ou C augmentent l'expression des P4502A6 et 3A4 (Kirby et coll. 1996). Ces deux facteurs pourraient indépendamment être la cause du carcinome hépatocellulaire mais, en plus, l'infection par le virus de l'hépatite B induirait les enzymes activateurs de l'aflatoxine augmentant ainsi son potentiel pouvoir cancérogène.
L'ensemble de ces résultats est corroboré par des études épidémiologiques comme celle du groupe du CIRC (Mc Gwynn et coll. 1995). En effet; il a été montré que les adduits de l'aflatoxine aux protéines (témoins de l'exposition à ce polluant alimentaire) étaient en concentrations élevées dans les populations africaines et en Chine; les sujets déficients en enzymes de détoxication comme (EH, GSTµ) sont à plus haut risque de développer un hépatocarcinome et ce risque est encore augmenté chez les sujets infectés par le virus de l'hépatite B. Ainsi cette enquête épidémiologique montre bien que les voies d'activation démontrées in vitro sont fonctionnelles in vivo et pertinentes dans la définition d'un risque.

Cancer du côlon et amines aromatiques: l'origine du cancer du côlon est mal connue mais des études récentes montrent que la cancérogenèse chimique pourrait jouer un rôle dans le développement de ces tumeurs (Jacoby et coll. 1991, Gooderham et coll. 1989, Roberts-Thompson et coll. 1996). En particulier les amines aromatiques seraient impliquées dans cette pathologie (Gooderham et coll. 1989). Ces amines sont produites par pyrolyse des protéines comme par exemple lors de la cuisson au barbecue de viande rouge. Ces amines aromatiques sont métabolisée par le CYP1A2 en hydroxylamines toxiques qui sont ensuite glucuroconjuguées. Ces conjugués sont ensuite retrouvés dans le côlon ou ils sont déconjuguës par une glucuronidase bactérienne puis acétylées par la Nacétyl transférase2 (NAT2), enzyme polymorphe, déficient chez 50 % des individus (Bock 1992). Il a été montré récemment que les sujets qui consomment beaucoup de viande rouge, très cuite (well-done) au barbecue, qui ont une concentration hépatique élevée en CYP1A2 (test à la caféine) et qui sont acétyleurs rapides, ont un risque 6 à 8 fois plus élevé de développer un cancer du côlon.

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Modèles expérimentaux

Historiquement le cancer du foie a été avec le cancer de la peau l'un des modèles expérimentaux les plus utilisé pour comprendre les mécanismes de la cancérogénèse. En effet de nombreux agents chimiques permettent d'induire facilement et de façon reproductible des cancers du foie chez le rat et la souris. En outre les tumeurs hépatiques se prêtent bien à la morphométrie quantitative et permettent une étude fine de la relation entre la dose et l'effet cancérogène. Dans cette partie nous passerons en revue les principales méthodes expérimentales qui permettent d'induire des cancers du foie chez l'animal. (pour une revue complète des modèles voir Farber 1980 et Goldworthy 1987).

A. Administration continue d'un agent cancérogène.
L'administration continue à des rongeurs pendant la durée de vie des animaux d'un agent chimique a été historiquement la première méthode expérimentale utilisée pour mettre en évidence le potentiel hépatocarcinogéne d'une molécule (Sasaki et Yoshida, 1935). C'est également la méthode utilisée pour réaliser des études réglementaires de cancérogenèse chez le rat et la souris lors du développement d'un médicament. Le produit peut être mélangé à la nourriture ou administré par gavage. En général au moins 50 animaux par sexe et par dose sont utilisés. La durée d'administration doit être d'au moins 2 ans à moins qu'une mortalité significative survienne. Trois doses sont administrées de façon à pouvoir établir la courbe dose-réponse. La dose la plus for-te doit être plus élevée que la dose thérapeutique chez l'homme de façon à augmenter la "puissance" de l'étude et ainsi compenser la faible incidence habituelle des tumeurs induites. Il est en général recommandé que la dose la plus forte soit proche de la dose maximum tolérée ( MTD) c'est à dire de la dose la plus élevée qui ne réduise pas la durée de vie de l'animal. Cette définition de la dose maximum fait l'objet de très nombreuses critiques car elle est accusée d'induire une toxicité chronique artificielle qui favorise de façon "non spécifique" l'apparition de tumeurs à forte doses. C'est la raison pour laquelle l'établissement de la dose la plus forte se base de plus en plus souvent sur des données pharmacocinétiques par exemple dose donnant une AUC chez l'animal au moins 25 fois plus élevée que PAUC chez l'homme aux doses thérapeutiques, ou dose pour laquelle commence à apparaître une saturation de l'absorption et/ou du métabolisme.
Il est intéressant de constater que les tumeurs hépatiques sont les tumeurs les plus souvent rencontrées dans les études de cancérogénèse. Sur 299 agents cancérogènes chez la souris, 171 (57%) induisaient des tumeurs hépatiques et sur 354 agents trouvés cancérogènes chez le rat 143 (40%) étaient hépatocancérogènes. L'incidence des tumeurs hépatiques spontanées chez la souris ainsi que leur susceptibilité aux cancérogènes hépatiques varient considérablement selon les espèces. Les souches B6C3FI et C3H ont une incidence de tumeurs hépatiques spontanées qui peut atteindre 30 à 40% chez le mâle et sont particulièrement susceptibles aux cancérogènes hépatiques. En revanche les souches BALB/c, B6D2F1 et C57BL/6 sont peu susceptibles à la cancérogenèse hépatique. L'activation de l'oncogène H-ras est souvent retrouvée dans les tumeurs hépatiques de la souris qu'elles soient spontanées ou induites mais est rarement détectée dans les tumeurs hépatiques du rat. Ce point sera développé plus loin.

B. Administration séquentielle.

C'est l'administration séquentielle d'agents chimique qui a permis de caractériser les différentes étapes de la cancérogenèse et qui est l'approche la plus utilisée pour induire des tumeurs expérimentales. Dans cette section nous décrirons les principaux modèles de référence.

Modèle de Peraino
Ce modèle utilise des rats nouveau-nés sevrés chez lesquels la prolifération hépatocytaire est accrue. Les animaux sont exposés au 2-AAF mélangé à la nourriture pendant 18 jours et après une période de récupération de 7 jours sont traités par du phénobarbital à 0.05% dans la nourriture pendant plusieurs mois. Ce modèle a permis de mettre en évidence l'effet promoteur. En effet les animaux recevant l'AAF et le PB ont un nombre de tumeurs hépatiques considérablement supérieur aux animaux recevant l'AAF seul. Quand le PB est administré en même temps que l'AAF, le nombre de tumeurs est très significativement diminué mettant ainsi en évidence la nature critique de la séquence d'administration du promoteur par rapport à l'agent initiateur.

Modèle de Scherer et Emmelot
Dans ce modèle, une administration unique de DEN est faite chez le rat femelle 20 à 24 heures après une hépatectomie partielle. A la dose de 50 mg/kg des carcinomes hépatocellulaires peuvent s'observer 1 à 2 ans après l'administration de DEN alors qu'à des doses inférieures à 30 mg/kg il n'est possible d'obtenir que des foyers cellulaires altérés. L'intérêt majeur de ce modèle est de mettre en évidence le rôle favorisant de la prolifération cellulaire dans le processus d'initiation.

Modèle de Pitot
Le modèle de Pitot est une combinaison des deux modèles précédents. 24 heures après une hépatectomie partielle on administre une dose unique de 10 mg/kg de DEN. Deux mois après les animaux reçoivent du PB mélangé dans la nourriture à 0.05% pendant 6 mois. Ce protocole permet d'obtenir des foyers cellulaires altérés, des nodules hyperplasiques et des carcinomes hépatocellulaires. Les animaux traités uniquement par hépatectomie partielle et DEN ou par PB seul n'ont qu'un nombre limité de foyers et pas de tumeurs. Le modèle montre également clairement que les cellules initiées gardent "en mémoire" la capacité à être stimulées par un promoteur. Peraino a montré que dans ce modèle, l'utilisation de rats nouveaux nés sevrés (ayant une prolifération hépatocytaire accrue) pouvait remplacer l'hépatectomie.

Modèle de Solt et Farber
Après administration d'une dose unique et cytotoxique de DEN (200 mg/kg), les animaux reçoivent 2 semaines après de l'AAF mélangé à la nourriture à la dose de 0.02% pendant 2 semaines. Après 1 semaine d'AAF, les animaux subissent une hépatectomie. Lorsque les animaux sont sacrifiés à la fin de l'administration d'AAF on observe des foyers et des nodules hyperplasiques. En dépit de la précocité de ces lésions, des carcinomes hépatocellulaires ne s'observent qu'au bout de 9 mois. Dans ce modèle PAAF est utilisé pour inhiber la prolifération des hépatocytes normaux et ainsi favoriser la "sélection" des hépatocytes initiés par l'hépatectomie.

Déficit en choline
Dans ce protocole, la phase d'initiation consiste en une administration de DEN seul à dose cytotoxique ou de DEN à dose non cytotoxique 18 heures après une hépatectomie partielle. La phase de promotion est provoquée par l'administration d'un régime carencé en choline. Des foyers sont identifiables au bout de 2 mois. Le déficit en choline induit des lésion de stéatose, de nécrose et de fibrose hépatique mais le mécanisme par lequel ce régime exerce un effet promoteur n'est pas clair.
Il a également été montré que des animaux soumis uniquement à un régime dépourvu de choline et de méthionine pendant 18 mois développaient des carcinomes hépatocellulaires. Des régimes carencés uniquement en choline ou en méthionine sont également efficaces bien que leur effet cancérogène soit moindre. L'administration de L-ethionine, qui ne diffère de la méthionine que par un groupement méthyle, provoque également l'apparition de carcinomes hépatocellulaires. Le mécanisme de l'effet cancérogène de ces régimes carencés en donneurs de méthyle n'est pas connu.

C. Modèles transgéniques
Les modèles de souris transgéniques sont utilisés depuis plusieurs années pour l'étude de la cancérogénèse. Deux types de modèles sont utilisés. Une première approche consiste à conférer une susceptibilité accrue et générale au développement tumoral en plaçant un oncogène muté sous le contrôle d'un promoteur ubiquitaire (par exemple v-Ha-ras ("souris TG-AC"» ou en inactivant un gène suppresseur (par exemple souris p53+/p53- ou p53-/p53-) ou intervenant dans la réparation de l'ADN (Goldworthy 1994, Tennant 1995) Cette approche permet de mettre clairement en évidence le rôle d'un gène particulier dans la cancérogenèse spontanée ou induite par un agent chimique. Bien que la validation de ces modèles soit encore à son début, les données montrent que les tumeurs induites par les agents chimiques apparaissent en général en quelques mois et sont plus rapidement invasives. La localisation et le type histologique des tumeurs sont le plus souvent identiques aux tumeurs spontanées observées chez des animaux non modifiés. De ce fait il a été proposé d'utiliser ces modèles en remplacement des études de cancerogenèse traditionnelles pour évaluer le potentiel cancérogène de nouvelles molécules en développement. Il est intéressant de constater que l'incidence des tumeurs hépatiques spontanées ne semble pas accrue dans ces modèles. Les souris homozygotes p53-/p53- développent spontanément des lymphomes et des angiosarcomes et meurent en quelques mois. En revanche les souris hétérozygotes p53/p53+ développent moins de tumeurs et ont une durée de vie accrue. Après administration de DMN en continu dans l'eau de boisson, les animaux meurent en 29 semaines par hémopéritoine secondaire à un hémangiosarcome hépatique (Harvey 1993). En revanche, il a été rapporté qu'aucune tumeur hépatique n'est observée après une administration unique de DEN (Kemp 1995). De même, des souris transgéniques pour l'oncogène H-ras humain ne développent pas de tumeurs hépatiques après administration unique de DEN (Yamamoto 1996). Une autre approche consiste à favoriser sélectivement la cancérogenèse hépatique en plaçant l'oncogène sous le contrôle d'un promoteur exprimé sélectivement au niveau du foie comme l'albumine (ras, myc), la metallothionine 1 (TGF alpha) ou l'alpha- 1 -antitryp sine (rnyc) (Adams 1991, Gonzalez 1996). Dans ces conditions des tumeurs hépatiques peuvent se développer en quelques mois. Cette approche permet d'étudier l'influence d'un gène ou d'une combinaison de gènes sur la cancérogenèse hépatique mais ne peut être utilisée à titre systématique pour la recherche du potentiel cancérogène d'un agent chimique.

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Les étapes de la cancérogénèse

Les modèles expérimentaux ont permis d'établir clairement que la cancérogénèse chimique est un processus dynamique qui comporte plusieurs phases ( Dragan 1992, Pitot 1994 ). Trois étapes ont ainsi été individualisées: initiation, promotion et progression.

Initiation
L'initiation est la première étape de la cancérogenèse et peut se définir par l'acquisition par une cellule de modifications génétiques irréversible lui conférant la propriété de proliférer de façon monoclonale sous l'effet d'agents promoteurs. Il est important de comprendre que l'avantage sélectif qu'à une cellule initiée par rapport aux cellules normales ne s'exprime qu'en présence d'agents promoteurs. Les promoteurs pourraient stimuler sélectivement la prolifération et/ou empêcher le déclenchement de l'apoptose des cellules initiées.
Les hépatocytes initiés ne se distinguent pas des hépatocytes normaux sur le plan morphologique . Cependant des travaux récents ont montré que des hépatocytes initiés pouvaient être détectés dès ce stade par la mise en évidence histochimique de l'isoenzyme placentaire de la GSTir. Ces expériences ont permis de montrer que, sous l'effet d'un promoteur, seule une faible fraction des cellules GSTn + donne naissance à des foyers hépatocytaires altérés.
D'une façon schématique on peut considérer que les agents initiateurs sont généralement des composés chimiques mutagènes comme la di éthy Initro s amine (DEN), le dirnethylberizanthracène (DMBA) ou l'aflatoxine B1. Comme cela a été décrit auparavant la plupart de ces agents ne sont pas mutagènes par eux-mêmes mais doivent être activés par les enzymes du métabolisme en métabolite(s) réactif(s) pour exercer leur effet génotoxique. Pour qu'une mutation soit fixée de façon irréversible il est nécessaire qu'elle soit suivie d'un cycle de division cellulaire. Cette donnée explique que l'efficacité d'un agent initiateur est considérablement accrue lorsqu'il est administré après hépatectomie partielle ou chez le rat nouveau né où la prolifération cellulaire est augmentée.. Assez souvent c'est l'agent initiateur lui-même qui en raison de sa cytotoxicité (le plus souvent observée à forte dose) stimule la prolifération cellulaire. Il est généralement admis que la relation dose-réponse du phénomène d'initiation ne présente pas de seuil mesurable c'est à dire qu'il n'y a pas de dose sans effet. Ce point est particulièrement important à considérer pour évaluer le risque cancérogène chez l'homme.

Promotion
La promotion est un processus réversible qui permet la prolifération et l'expression sélective des cellules initiées. Au cours de la cancérogénèse hépatique, la phase de promotion se caractérise par l'apparition d'abord de foyers hépatocytaires altérés puis de nodules hyperplasiques.
Les foyers hépatocytaires altérés sont généralement détectables sur des coupes colorées à l'hematoxyline-éosine. Les hépatocytes apparaissent le plus souvent clairs et acidophiles en raison de leur richesse en glycogène et de leur pauvreté en réticulum endoplasmique rugueux. Une cinquantaine de marqueurs détectables par histochimie ont été individualisés permettant de préciser les caractéristiques phénotypiques de ces foyers et leur identification facile dés qu'ils atteignent la taille de 3 à 5 cellules. Les foyers hépatocytaires se caractérisent par une augmentation de l'expression de la GSTn et de la GGT. En règle générale, il existe une diminution des enzymes de phase 1 impliquées dans le métabolisme des xénobiotiques et une augmentation parallèle de l'expression des enzymes de phase Il. Ces modifications phénotypiques pourraient conférer un avantage aux hépatocytes en présence d'agents toxiques. Ainsi l'augmentation de l'activité de la GGT pourrait entraîner une élévation du contenu intracellulaire de glutathion et l'augmentation de l'expression de la GSTn pourrait permettre une meilleure détoxification des substrats toxiques. Une diminution de l'ATPase canaliculaire et de la G6Pase a également été mise en évidence dans les foyers. Ces modifications pourraient accélérer le métabolisme intra-cellulaire des sucres et ainsi permettre une prolifération plus rapide des hépatocytes modifiés. De nombreuses autres modifications phénotypiques des hépatocytes dans les foyers ont été rapportées en particulier une accumulation du glycogène, une diminution du contenu en fer, des altérations du cytosquelette et des systèmes de jonction inter-cellulaire de type gap. D'une façon générale il est admis que ces modifications peuvent varier en fonction de la nature du promoteur utilisé et qu'elles confèrent un avantage sélectif aux cellules initiées par rapport aux cellules normales pour survivre et se répliquer sous l'effet d'un promoteur.
L'accroissement de la taille des foyers conduit à la formation de nodules hyperplasiques ( également appelés "adénomes", "nodule de régénération" ou "nodules néoplasiques" ) détectables à l'examen macroscopique. Les hépatocytes qui forment les nodules sont comparables en tous points aux hépatocytes des foyers. Ils sont souvent disposés en travées hyperplasiques de plus de deux cellules d'épaisseur.
Comme cela a été souligné plus haut, une caractéristique fondamentale du processus de promotion est d'être réversible. Ainsi, lorsque l'administration du promoteur est interrompue les foyers et/ou les nodules régressent. L'équipe de Schulte-Hermann a clairement montré que ce phénomène s'accompagne d'une mort cellulaire massive par apoptose. Les cellules initiées conservent leur sensibilité à la stimulation par les promoteurs-, ainsi la réintroduction du promoteur entraîne la réapparition des foyers et/ou des nodules. Une autre caractéristique importante des promoteurs est que la courbe dose-réponse se caractérise par un seuil de dose en dessous duquel l'effet promoteur disparaît.
Les agents promoteurs de la cancérogenèse hépatique appartiennent à des familles de produits très diverses telles que les stéroïdes sexuels, le phénobarbital, les biphenyls polychlorés (PCB) comme l'aroclor, la dioxine (TCDD) et les produits appartenant à la classe des inducteurs de prolifération de peroxysomes tels que les hypolipémiants dérivés des fibrates et les phtalates présents dans les matières plastiques. Beaucoup de ces produits sont également des inducteurs enzymatiques.
Les mécanismes moléculaires par lesquels ces agents exercent leurs effets promoteurs sont également très divers ( voir plus loin cancérogenèse non-génotoxique ) cependant il est maintenant bien établi qu'une propriété qui leur est commune est de stimuler la prolifération cellulaire et/ ou d'inhiber l'apoptose. Comme cela sera développé plus loin, les promoteurs ont également une certaine spécificité d'espèce et de nombreux agents actifs chez le rongeur ne le sont pas chez l'homme.
Il est important de souligner que l'administration prolongée d'un promoteur, comme par exemple le phénobarbital, peut aboutir à la formation de tumeurs hépatiques malignes après 18 à 24 mois chez le rat en l'absence de toute exposition à un agent initiateur. Ce phénomène est attribué à la présence dans le foie de cellules "spontanément" initiées qui sont secondairement promues par l'agent chimique. Cependant d'autres mécanismes pourraient également intervenir (voir cancérogenèse non-génotoxique).

Progression
La phase de progression est définie par l'apparition de nodules hyperplasiques non réversibles et de tumeurs malignes. La filiation nodule irréversible-cancer repose sur l'observation que des foyers de cellules "atypiques" ou d'allure franchement maligne peuvent être mis en évidence au stade de nodule irréversible.
A ce stade les hépatocytes apparaissent basophiles du fait de leur richesse en réticulum endoplasmique granuleux. Le contenu en glycogène est en général diminué. Une caractéristique fondamentale de cette phase est l'existence d'une instabilité chromosomique aboutissant à l'activation de proto-oncogènes ou à l'inactivation de gènes suppresseurs et fréquemment associée à des anomalies du karyotype par exemple une aneuploidie. Cette phase se caractérise par l'acquisition du phénotype malin classique c'est à dire la capacité à envahir les tissus et à métastaser.
Une notion importante est que l'entrée dans la phase de progression est spontanée dans les modèles expérimentaux d'initiatîon-promotion et est probablement la conséquence de mitoses anormales ellesmêmes favorisées par l'augmentation de la prolifération cellulaire qui caractérise la phase de promotion. Cependant ces dernières années il a été montré que certains agents clastogénes non mutagènes tels que le benzène ou l'hydroxyurée pouvaient sélectivement déclencher l'entrée dans la phase de progression (Pitot et coll. 1994). De ce fait il a été proposé de classer ces produits dans une nouvelle classe d'agents favorisant la progression.

Classification des agents cancérogènes.
Il est possible de classer les agents cancérogènes en fonction de la phase à laquelle ils interviennent c'est à dire en agent initiateur, promoteur ou déclenchant la progression. Les cancérogènes "complets" sont des agents capables à eux seuls d'induire des cancers c'est à dire à la fois des initiateurs, des promoteurs et des agents déclenchant la progression. La plupart des agents cancérogènes sont des cancérogènes complets à forte dose. Cependant à doses faibles de nombreux agents se comportent comme des promoteurs purs et à doses non cytotoxiques les agents mutagènes peuvent se comporter comme des agents initiateurs spécifiques.

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Cellules ovales (Sell 1993, Thorgeirsson 1993)
Après administration d'un agent hépatocancérogène, il est habituel d'observer dans les zones periportales une prolifération de petites cellules de forme ovoïdes à noyau diploïdes et à cytoplasme peu abondant appelées "cellules ovales". Ces cellules ont un phénotype comparable aux hépatocytes foetaux et expriment L'alphafoetoprotéine ainsi que des protéines spécifiques à la fois des hépatocytes adultes et des cellules biliaires. L'origine de ces cellules n'est pas claire. Certaines données suggèrent que les cellules ovales proviendraient des cholangiocytes des ductules biliaires terminaux (canaux de Hering). Selon d'autres auteurs elles proviendraient d'un compartiment de cellules souches situé dans la région periportale ayant une double potentialité de différentiation hépatocytaire ou biliaire. Le rôle de ces cellules dans la cancérogenèse hépatique est très débattu. Selon certains auteurs ces cellules pourraient se différencier en hépatocyte ou cholangiocyte tumoral évoluant vers le carcinome hépatocellulaire ou le cholangiocarcinome. Selon d'autres auteurs la prolifération de ces cellules ne serait qu'un épiphénomène sans lien avec la cancérogenèse hépatique.

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Altération des gènes au cours de la cancérogénèse hépatique

C'est l'oncogène ras qui a été le plus étudié au cours de la cancérogenèse hépatique expérimentale. Ces gènes comprennent trois familles, Harvey-ras (situé sur le chromosome 11), Kirsten-ras (situé sur le chromosome 12) et N-ras (situé sur le chromosome 1). Les gènes de la famille ras codent pour des protéines qui se lient au GTP et au GDP et ont une activité GTPase. Le gène peut être transformé en oncogène actif soit par amplification du gène sauvage soit par une mutation sur le codon 12, 13, 59, ou 61 (Harris 1996).
Un peu plus de 50% des carcinomes hépatocellulaires qui surviennent spontanément chez la souris B6C3FI ont une activation de H-ras (Maronpot 1995, Stanley 1995). La majorité des mutations identifiées sont localisées au niveau du codon 61 ( CAA--->AAA (60%), CGA (30%) ou CTA (10%». Dans les autres souches, l'activation de H-ras s'observe dans 12 à 40% des tumeurs. Chez la souris BALBc l'activation de H-ras n'est pratiquement jamais retrouvée. L'activation de K-ras dans les tumeurs spontanées de la souris semble beaucoup plus inconstante. Dans les tumeurs induites par les agents chimiques chez la souris, la fréquence de mutation de H-ras est plus élevée et a un spectre différent. Ainsi, le N-hydroxy-2 AAF induit des tumeurs présentant une mutation de H-ras au codon 61 de type CAA--->AAA dans 100% des cas. Après administration de 1-hydroxy-2,3-dehydroestragole, H-ras est constamment muté au codon 61 avec une fréquence égale de mutations de type CAA--->CGA et CAA---->CTA. L'uréthane et le carbamate de vinyle induisent principalement des mutations de H-ras de type CAA---->CTA. Ces données suggèrent que de nombreux cancérogènes génotoxiques donnent un spectre de mutation spécifique. Ceci est renforcé par l'observation que bien souvent le type de mutation observé est en accord avec le site de fixation de l'adduit sur les paires de base. Dans les tumeurs induites par les cancérogènes non-génotoxiques comme le chloroforme, le phénobarbital et le chlordane, la fréquence de mutation de H-ras est beaucoup plus faible de 0 à 21%. Certains cancérogènes non-génotoxiques comme le furane induisent des mutations de H-ras au codon 117. Les différences de fréquence et de spectre de mutation entre les tumeurs spontanées et les tumeurs induites par certains cancérogènes nongénotoxiques suggèrent que ces agents ne stimulent pas la croissance de cellules spontanément initiées par un effet promoteur non spécifique. En revanche, d'autres cancérogène non-génotoxiques comme le TCDD ont un profil de mutation comparable à celui des tumeurs spontanées ce qui suggère que pour certains produits les mécanismes mis enjeu pourraient être identiques à ceux de la cancérogenèse spontanée.
La spécificité des mutations de ras en fonction des agents cancérogènes suggère que dans le cas des molécules mutagènes l'activation de ras pourrait être un mécanisme d'initiation. Ceci est cohérent avec l'observation que l'activation de ras peut être détectée dès le stade de foyer cellulaire altéré. Ainsi après administration de DEN, 10% des foyers ont un ras muté alors que la fréquence atteint 50% au stade de l'adénome et du carcinome hépatocellulaire. Selon une autre conception, les mutations de ras apparaîtrait plus tardivement et ne joueraient un rôle qu'au stade de progression tumorale.
Contrairement à la souris, l'activation de ras a rarement été détectée chez le rat après administration d'agents hépatocancérogènes (Stanley 1995). La seule exception est la fréquence élevée de mutations de K- et de N-ras au niveau des codons 12 et 13 détecté dans les tumeurs hépatiques chez le rat après administration d'aflatoxine BI (le rat est une espèce sensible à l'aflatoxine BI contrairement à la souris). Après administration de chlorure de vinyle, des mutations de H-ras ont été détectées au niveau du codon 61 dans les tumeurs de type carcinome hépatocellulaire et des mutations de N-ras ont été observées dans les codons 13 et 36 dans les tumeurs de type angiosarcome (Froment 1994).
Le rôle joué par d'autres oncogènes que ras dans les tumeurs hépatiques expérimentales n'est pas connu (Stanley 1995, Nelson 1996). En effet, à l'exception de ras, la plupart des oncogènes sont difficiles à détecter dans le test de transformation des cellules M. D'autre part, alors que les mutations de ras peuvent être détectées facilement par PCR, le mécanisme d'activation des autres oncogènes est beaucoup plus complexe. C'est pourquoi les études se sont souvent limitées à l'étude de l'expression du gène. Ainsi il a été établi que l'expression de mye est souvent augmentée dans les tumeurs hépatiques expérimentales mais ceci ne pourrait être que l'expression d'une augmentation du turn-over cellulaire et ne signifie pas nécessairement que le gène a été activé de façon irréversible.

Le gène suppresseur p53 a également été étudié dans les tumeurs hépatiques du rat et de la souris (Stanley 1995, Nelson 1996). A ce jour aucune mutation de p53 n'a été détectée chez la souris aussi bien dans les tumeurs spontanées qu'après administration d'agents hépatocancérogènes. En revanche, après administration d'aflatoxine BI chez le rat des mutations de p53 ont été détectées dans plus de 90% des tumeurs hépatiques induites. Bien que peu de données soient disponibles sur la fréquence des mutations de p53 après administration d'autres agents hépatocancérogènes chez le rat, il apparaît que le plus souvent aucune mutation n'est retrouvée (Tamano 1996). Cependant il a été rapporté que des mutations de p53 peuvent apparaître secondairement dans des lignées cellulaires établies à partir de tumeurs hépatiques induites chimiquement (Pitot 1994). Ces données suggèrent qu'à l'exclusion de l'aflatoxine BI, p53 ne semble pas être impliqué dans les phases précoces de la cancérogenèse hépatique expérimentale chez les rongeurs.

Chez l'homme une activation de ras ou d'autres oncogènes est rarement retrouvée dans le carcinome hépatocellulaire. En revanche des mutations dans les gènes suppresseurs ont été rapportées. Ainsi comme cela a déjà été mentionné plus haut, 30 à 67% des carcinomes hépatocellulaires observés dans les régions contaminées par l'aflatoxine BI ( Chine, sud-est asiatique et Afrique) ont une mutation spécifique de p53 sur le codon 249 (AGC--->AGT, arg---> ser) (Harris 1996). La même mutation est retrouvée dans le foie non tumoral. In vitro l'exposition d'hépatocytes humains à l'aflatoxine BI induit la mutation spécifique de p53 sur le codon 249. Enfin, la transfection de lignées d'hépatocytes par le gène muté augmente la prolifération cellulaire mais ne confère pas aux cellules le phénotype transformé. Ceci indique que la mutation de p53 est probablement un événement précoce et important de la cancérogénèse hépatique liée à l'exposition à l'aflatoxine BI mais n'est certainement pas suffisante à elle seule pour permettre le développement tumoral. p53 est très rarement muté dans les carcinomes hépatocellulaires observés en Europe et en Amérique du Nord et les mutations détectées siègent le plus souvent sur un autre codon. D'autres anomalies de gènes suppresseurs ont été rapportées telles que des mutations dans le gène Rb ainsi qu'une perte d'hétérozygotie sur les chromosomes 4q, 8p, 13q, 16q et 17p (Hui 1996). En conclusion, à l'exception de la mutation de p53 liée à l'exposition à l'aflatoxine BI, les altérations génétiques ne sont détectées qu'à une phase tardive du carcinome hépatocellulaire et n'apparaissent jouer un rôle qu'au stade de progression tumorale.
Ces données montrent qu'il existe des différences importantes selon les espèces entre les oncogènes et les gènes suppresseurs impliqués dans la cancérogenèse hépatique et rendent difficile l'extrapolation à l'homme des données de cancérogénèse expérimentale.

Cancérogènes non génotoxiques

Comme cela a été souligné à plusieurs reprises, de nombreux agents non-génotoxiques ( c'est à dire non mutagènes et non clastogènes dans les test de génotoxicité in vitro et in vivo) sont capables d'induire des tumeurs chez l'animal de laboratoire et sont de ce fait considérés comme des cancérogènes complets. La plupart des composés chimiques qui appartiennent à ce groupe étaient auparavant classés dans la catégorie des promoteurs mais la capacité qu'ont ces produits de pouvoir induire des cancers lorsqu'ils sont administrés longtemps et à forte dose les fait considérer actuellement comme des cancérogènes à part entière. Ces produits appartiennent à des familles chimiques très diverses dont quelques exemples sont sur le tableau 1. Lorsque ces produits sont administrés plusieurs jours chez le rat ou la souris il est fréquent d'observer une augmentation du volume et du poids du foie qui peut atteindre 50 à 100% selon les produits, la dose et la durée d'administration. Sur le plan histologique on observe à la fois une hypertrophie et une hyperplasie des hépatocytes et ces modifications s'accompagnent généralement d'une induction des EMX.
Les mécanismes par lesquels ces produits sont cancérogènes sont mieux connus depuis quelques années. Ainsi les hydrocarbures polycycliques chlorés comme la dioxine (TCDD) ou les biphenyls polychlorés (PCB) ou polybromés (PBB) sont des puissants inducteurs du CYP 1 A 1, 1 A2 et 1 B 1 et sont hépatocancérogènes chez le rat et la souris. Il est établi que ces produits se fixent sur un récepteur spécifique appelé récepteur Ah (aryl hydrocarbon) (Denison et coll. 1995) . Le récepteur Ah est un facteur de transcription distinct de la superfamille des récepteurs aux stéroïdes. Des souris rendues déficientes en récepteur Ah par recombinaison homologue (Ah-/Ah-) ou de façon spontanée (souris DBA/2N) ne répondent pas à la dioxine ainsi qu'aux autres inducteurs du CYPIA (Fernandez-Salguero et coll. 1995). Il est maintenant clairement établi que l'activation du récepteur Ah est non seulement responsable de l'induction des EMX mais également des autres effets pleiotropiques induits par cette classe de produits. Il est vraisemblable que les propriétés cancérogènes de la dioxine résultent plus de sa capacité à stimuler la prolifération cellulaire hépatique que de son effet inducteur enzymatique (Huff 1994). Cependant un métabolisme accru des oestrogènes endogènes par le CYPIA2 et le CYPIBI conduisant à la formation de dérivés catechols pourrait également contribuer à l'effet cancérogène (Huff 1994)(voir plus loin). Le risque cancérogène de la dioxine et des biphenyls halogènés chez l'homme est extrêmement débattu. En ce qui concerne la dioxine, les études épidémiologiques ont mis en évidence un risque accru pour plusieurs types de cancer ( y compris le cancer du foie) dans les populations exposées à des niveaux élevés notamment en cas d'exposition accidentelle (par exemple après l'accident de Seveso) (Huff 1994).
Une autre catégorie de produits est représentée par les inducteurs de prolifération des peroxysomes. Ces produits appartiennent à des familles chimiques très variées (qui ont souvent en commun de posséder une fonction carboxylique) qui incluent notamment les hypolipémiants de la classe des fibrates, certains antagonistes des leucotriènes ou la dehydroepiandrostrerone (DEHA) et ont la propriété d'induire de façon considérable le nombre et la taille des peroxysomes dans le foie et d'autres organes (Reddy et coll. 1995). Parallèlement, l'activité des enzymes peroxysomales comme la catalase ou celles impliquées dans la béta-oxydation des acides gras (non mitochondriale) ainsi que celle des CYP4A est augmentée. Ces composés induisent des carcinomes hépatocellulaires dans 80 à 100% des cas chez le rat ou la souris en 18 à 24 mois. Les deux principaux mécanismes avancés pour expliquer l'effet cancérogène de ces produits sont (Reddy et coll. 1983, Lake 1995) (1) une augmentation de la production d'espèces réactives oxygénées et de radicaux libres liée à l'augmentation du métabolisme des peroxysomes conduisant à des lésions de l'ADN et/ou (2) une augmentation de la prolifération cellulaire. Récemment, il a été établi que les effets de ces produits sont médiés par un récepteur spécifique appelé PPAR ( peroxysome proliferator activated receptor) agissant comme un facteur de transcription qui fait partie de la superfamille des récepteurs aux stéroïdes (Issemann et coll. 1990). Le rôle de ce récepteur a été confirmé par l'utilisation de souris "knock-out" PPAR-/- (Lee et coll. 1995) . Dans ce modèle, aucune prolifération de peroxysome ni d'augmentation du poids du foie n'a été observée après administration de clofibrate ou d'autres composés du même groupe . Il est important de souligner que l'effet des inducteurs de prolifération de peroxysomes semble être spécifique des rongeurs. En effet, aucun effet n'est observé chez le cobaye ou les primates comme le marmouset (Reddy et coll. 1983). Chez l'homme, les données épidémiologiques n'ont pas mis en évidence de risque accru de cancer du foie chez les patients traités par les fibrates. Enfin, les études in vitro montrent que les hépatocytes humains ne répondent pas aux composés de cette classe. Dans la mesure où le récepteur PPAR est exprimé chez l'homme ainsi que dans les autres espèces non sensibles, le mécanisme de cette spécificité d'espèce n'est pas clair (Lake, 1995).
Les oestrogènes de synthèse comme l'ethinyl estradiol ou le mestranol induisent des adénomes et des carcinomes hépatocellulaires chez le rat ainsi que dans certaines lignées de hamster mais non chez la souris (Yager, 1996). Chez la femme on admet que la prise de contraceptifs oraux augmente le risque de survenue d'adénome hépatique. Leur responsabilité dans le développement du carcinome hépatocellulaire n'est pas établie. Contrairement aux notions classiques, le mécanisme de cet effet cancérogène ne semble pas être un effet de promotion pur. Dans les tests de promotion sur des animaux déjà initiés par une dose unique de cancérogène, l'EE apparaît clairement comme un promoteur beaucoup plus puissant que le phénobarbital (mais moins que la dioxine). A faibles doses les oestrogènes de synthèse stimulent la prolifération cellulaire hépatique. Cet réponse est médiée par le récepteur aux oestrogènes et est inhibée par les anti-oestrogènes. Cependant, selon Yager (Yager, 1996), en l'absence de toxicité hépatique cette réponse est uniquement transitoire, le foie restant hyperplasique tant que le stimulus hormonal persiste. En revanche à fortes doses l'administration d'oestrogènes entraîne une toxicité hépatique qui stimule secondairement la prolifération cellulaire de façon durable. C'est cette réponse prolongée qui jouerait un rôle central dans la cancérogenèse hépatique. Certains métabolites d'oxydation des oestrogènes comme les dérivés catechols ou les métabolites 16a-OH, peuvent se fixer de façon covalente aux protéines ou à l'ADN ou déclencher un stress oxydatif à l'origine de phénomènes de cytotoxicité et de génotoxicité. Ainsi, l'effet promoteur des oestrogènes de synthèse pourrait résulter de leur capacité à induire une prolifération cellulaire prolongée lorsqu'ils sont administré à doses cytotoxiques. De plus, les métabolites des oestrogènes de synthèse peuvent former des adduits à l'ADN et / ou léser l'ADN par stress oxydatif ce qui pourrait expliquer qu'ils se comportent à fortes doses et dans les espèces sensibles comme des cancérogènes complets.

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Conclusion

Les exemples ci-dessus illustrent bien l'intérêt des études chimiques et biochimiques fondamentales pour comprendre les mécanismes de la cancérogenèse chimique et montrent que les progrès dans la compréhension de la maladie et éventuellement de sa prévention viendront de l'association d'études fondamentales, cliniques et épidémiologiques. Cette approche est résumée dans la figure. Les données expérimentales et d'épidémiologie descriptive permettent d'identifier des composés potentiellement cancérogènes et d'évaluer le risque cancérogène chez l'homme. L'épidémiologie moléculaire permettra ensuite de cerner l'exposition et les populations à risque. La partie gauche du schéma indique les différentes approches permettant d'évaluer l'exposition générale ou individuelle. De nouvelles méthodes plus sensibles, utilisables dans de larges populations ont été développées (adduits à l'ADN, modification de l'ADN La partie droite du schéma montre également que les populations peuvent être explorées en terme de prédisposition (anomalies des systèmes de métabolisation et de réparation d'oncogène ou de gènes suppresseurs de tumeurs). C'est l'association de ces deux approches qui permettra ensuite de définir un risque réel dans une population et de donner des informations utilisables pour définir des politiques de santé publique efficaces.

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Définition et preuves de la cancérogénèse chimique

L'activation métabolique et ses conséquences

Le métabolisme des xénobiotiques.

La variabilité des enzymes du métabolisme des xénobiotiques

Facteurs génétiques

Facteurs environnementaux

Facteurs physiopathologiques

Les interactions avec l'ADN, les adduits et la réparation

Exemples de cancérogenèse chimique

Modèles expérimentaux

Administration continue d'un agent cancérogène

Administration séquentielle

Modèle de Peraino

Modèle de Scherer et Emmelot

Modèle de Pitot

Modèle de Solt et Farber

Déficit en choline

Modèles transgéniques

Les étapes de la cancérogénèse

Initiation

Promotion

Progression

Cellules ovales

Altération des gènes au cours de la cancérogénèse hépatique

Cancérogènes non génotoxiques

Conclusion

Bibliographie


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L'activation métabolique et ses conséquences

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Tableau 1. CLASSIFICATION DES CANCEROGENES CHIMIQUES

TYPE DE CANCEROGENE

EXEMPLES

GENOTOXIQUE SANS ACTIVATION
organique
inorganiques

Agents alkylants
Nickel, cadmium, chrome
AVEC ACTIVATION
METABOLIQUE
 
Hydrocarbures polycycliques aromatiques
(7,12-dimethylbenz(a)anthracene (DMBA),
benzo(a)pyrene)
-Amines aromatiques (2-acetylaminofluorene (2(-AAF))
-Nitrosamines (dimethylnitrosamine (DMN), diethylnitrosamine (DEN»
-Colorants azotés (4-dimethylaminoazobenzène, o-aminoazotoluène)
-Hydrazines (1,2-dimethylhydrazine, azoxymethane)
-Urethane (ethylcarbamate)
-Chlorure de vinyle*
-Produits naturels:
Aflatoxines*
Alcaloides de la pyrrolizidine
Cycasine
Safrole
Griseofulvine
Thiourée
NON GENOTOXIQUES
(ou promoteur**)
Esters de phorbol ( TPA, etc...)
Phénobarbital
Hydrocarbures chlorés (DDT, chlordane, lindane, dioxine, PCB etc ... )
Oestrogènes, androgènes
Immunosuppresseurs (azathioprine, cyclosporine)
Proliférateurs de peroxisomes (fibrates, phtalates)
NON CLASSES Alcool
Arsenic
Benzène
Hydrocarbures halogènés ( CC14, chloroforme, trichloroethylène ... )

De nombreux produits de cette liste sont hépatocarcinogènes chez le rat ou la souris.
* rôle établi ou fortement suspecté dans la carcinogénèse hépatique chez l'homme
** cancérogènes à forte dose

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