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Virus
des hépatites et carcinome hépatocellulaire Olivier Rosmorduc, Raoul
Poupon Service
d'Hépatogastroenterologie , INSERM U. 402. CHU Saint-Antoine - Paris, Cours du Diplôme
d'Université Faculté de Médecine Saint Antoine |
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Le carcinome
hépatocellulaire (CHC) est une des tumeurs les plus fréquentes dans le monde (8e rang).
Cependant son incidence est très variable d'une région à l'autre. En effet, il existe
des région à haut risque (Asie du Sud-Est, Chine, certaines régions d'Afrique
sub-Saharienne) avec une incidence de 20 à 100 pour 100000 hommes par an; des régions à
risque intermédiaire (Italie, Espagne, Argentine) avec une incidence de 8 à 12 pour
100000 hommes par an et des régions à faible risque (Europe du Nord, USA) avec une
incidence d'environ 2 à 4 cas pour 100000 hommes par an. Cette incidence,
significativement plus élevée chez les hommes surtout dans les régions de forte
endémie, tend à augmenter avec l'age, avec une fréquence maximale variable d'une
région à une autre (40 ans en Afrique, 50 ans en Asie et 60 ans en Europe). Les études
de populations migrantes ont montré que celle-ci conservaient un risque correspondant à
leur pays d'origine, mais qu'il existait une modification de ce risque avec les
générations suivantes. Ceci suggère que le risque de CHC pour un groupe éthnique
donné dépend étroitement de l'exposition à des facteurs environnementaux pendant les
premières années de la vie (en particulier exposition aux virus des hépatites). Retour Retour au sommaire du cours VIRUS DE L'HEPATITE B ET CARCINOME HEPATOCELLULAIRE 1)
Organisation génétique du VHB: Le VHB est un petit virus à ADN de 3,2 kb dont
la réplication débute par la synthèse à partir du génome viral localisé dans le
noyau cellulaire d'un ARN prégénome qui va être encapsidé dans le cytoplasme. Cet ARN
va ensuite être rétrotranscrit en ADN simple puis double brin à l'intérieur de sa
capside, puis entouré d'une enveloppe et enfin exporté sous forme de virions dans le
sérum. Au cours de son cycle de réplication, le VHB peut s'intégrer dans le génome de
la cellule hôte, y persister indéfiniment et coder pour les différentes protéines
virales. La séquence nucléotidique de son génome montre quatre cadres de lecture
ouverts (ORFs) situés sur le brin (-), chevauchant et codant pour les protéines
suivantes (4): Retour Retour au sommaire du cours 2) Données
épidémiologiques et moléculaires en faveur du rôle du VHB dans la carcinogénèse
hépatique: Retour Retour au sommaire du cours 3) Mécanismes de la carcinogenèse hépatique liée au VHB a) mécanisme indirect: Le facteur de risque principal d'apparition d'un carcinome hépatocellulaire est la cirrhose (22, 23). En effet, 71 % des CHC se développent sur une cirrhose d'origine virale, plus de 80 % des CHC surviennent sur un foie cirrhotique, sur-tout dans les pays occidentaux et au Japon, moins fréquemment (4060%) en Afrique. De plus, 20 à 40 % des patients décédés des suites de leur cirrhose présentent un CHC. Enfin, l'incidence du CHC dans l'évolution d'une cirrhose, qu'elle qu'en soit l'étiologie, est de 3 à 5% par an. La date de contamination semble être un facteur déterminant puisque les infections très précoces (en période périnatale, surtout dans les régions de forte endémie) deviennent le plus souvent persistantes (80 %) et évoluent donc plus fréquemment vers le développement d'une tumeur. Un premier mécanisme de carcinogénèse apparait donc comme indirect et secondaire au processus de nécrose et de prolifération hépatocytaires, à l'activation de facteurs de croissance (IGFII, TGFa, EGF, TGF b) (24, 2 5 ), à la sécrétion de cytokines et la production de radicaux libres, aboutissant à la constitution d'une cirrhose. Ces processus pourraient permettre ensuite la sélection de nodules de régénération monoclonaux (26), initiés par l'intégration virale pouvant potentiellement évoluer vers un CHC (27). Le rôle de la cirrhose elle-même reste discuté, l'inflammation (assoçiant nécrose cellulaire, infiltrat inflammatoire et libération de cytokines) joue vraissemblablement un rôle majeur. Retour Retour au sommaire du cours b) mécanismes directs: Il existe cependant des cas de CHC développés sur des foies non cirrhotiques, présentant seulement des lésions d'hépatite chronique peu active avec une faible activité de régénération. Ces cas sont plus fréquents en Afrique (40 %) qu'en Europe ou au Japon (10 %) et ont été observés chez des sujets non exposés à l'aflatoxine BI (Michael Kew. Communication personnelle. 09/98). Ces tumeurs, ainsi que les CHC décrits chez des enfants et développés sur un foie non cirrhotique (28), suggèrent l'existence de mécanismes de carcinogenèse indépendants de la cirrhose et pourtant associés à la présence du VHB. En fait, des études récentes en Chine montrent aussi que 40 % des cancers du foie se développent en l'absence de cirrhose (Dr Sun. Communication personnelle. 09/98). Plusieurs études, effectuées en Southern blot sur des tumeurs humaines et analysant le profil d'intégration du génome du VHB, ont montré la prolifération clonale (29) de cellules ayant toutes le même site d'intégration du génome viral dans le génome cellulaire. Dans les zones de forte endémie, où la charge virale et le nombre de copies virales présentes dans le foie sont élevés, il est aussi possible d'observer la formation de plusieurs clones tumoraux indépendants avec sites d'intégration différentes. Ces résultats moléculaires suggèrent que l'intégration de l'ADN viral dans le génome cellulaire est un événement précoce de la carcinogenèse hépatique liée au VHB. Retour Retour au sommaire du cours - mutagénèse insertionnelle ou cis-activation Au cours de son cycle de réplication (y compris lors
d'hépatite aiguës ou fulminantes (30), le génome du VHB peut s'intégrer dans le
génome hépatocytaire de l'hôte et persister dans les cellules infectées.
L'intégration du virus peut s'effectuer à proximité d'une région codante du génome,
modifier l'expression de ce gène et provoquer ainsi une mutagénèse insertionnelle ou
cis-activation. Si le gène en question est impliqué dans la croissance et/ou la
différentiation cellulaire cette mutagénèse insertionnelle peut être une étape de la
carcinogenèse hépatique. Retour Retour au sommaire du cours Un autre mécanisme direct est la "transactivation", c'est-à-dire l'activation anormale d'un gène cellulaire par une ou plusieurs protéines virales synthétisées à distance de ce gène par l'ADN du VHB intégré dans le génome de l'hôte. Il existe actuellement deux protéines pour lesquelles des propriétés transactivatrices ont été bien démontré in vitro: la protéine HBx, complète ou tronquée en C-terminale, et d'autre part des protéines d'enveloppe PreS2/S tronquées en C-terminale. Les différentes études concernant la structure des séquences virales intégrées dans le tissu tumoral ont montré que l'intégration s'accompagne assez fréquemment de l'interruption du gène X et/ou du gène PréS2/S (40% et 25% des cas respectivement). Il parait donc que le mécanisme de l'intégration virale lui-même pourrait générer assez fréquemment des protéines transactivatrices. Un mécanisme de transactivation similaire a aussi été décrit pour d'autres virus tumorigènes chez l'homme comme l'HTLV 1 et 2 (Human T cell Leukemia Virus). Retour Retour au sommaire du cours -HBx et carcinogénèse hépatique: Il a été montré in vitro que la protéine HBx pouvait
activer certains gènes cellulaires (les oncogènes myc,jun etfos, le gène du récepteur
à l'EGF (37-40), les protéines du MHC de classe I) ou certains gènes viraux (VHB, VIH)
(41). Il a été montré in vitro que la protéine HBx avait de multiples propriétés
biologiques: en particulier, une activité inhibitrice des sérine-protéases (pouvant
aboutir à la stabilisation anormale de certaines protéines cellulaires) (42), la
possibilité de modification de la régulation du cycle cellulaire et de la réparation de
l'ADN (par association au facteur de transcription impliqué dans la réparation de l'ADN
ERCC3 (43)) ou une association possible au protéasome entrainant une perturbation de la
prolifération cellulaire et de l'apoptose, via une modulation de la dégradation de
certaines protéines cellulaires et l'activation du facteur NF-kB (43 bis). La protéine
HBx peut aussi induire une apoptose (44) dépendante ou non de p53 (45) (H. Sirma.
Observation non publiée) et/ou par sensibilisation des cellules à l'effet apoptotique du
TNFa (46). Retour Retour au sommaire du cours 3) Réarrangements chromosomiques L'intégration virale peut aussi s'effectuer au niveau de régions répétitives (CG) (59) et/ou non codantes du génome. Une conséquence possible de ce type d'intégration est l'apparition de réarrangements chromosomiques dans le génome cellulaire (microdélétions, translocation, inversion ou duplication) (60, 6 1 ) qui pourraient, par le biais d'une instabilité chromosonique, jouer un rôle dans la tumorigenèse hépatique. Des pertes alléliques ont été fréquemment observées dans les CHC en particulier sur les chromosomes 17p, 8p, 16p, 16q, 4q, 5q, 13q, lp et 6q ((62, 6 3 ) et pour une revue voir (64», impliquant en particulier les gènes codant pour P53 (65) ou très récemment la b-catenine (66), mais seuls de rares cas de réarrangements spécifiquement associés au site d'intégration virale ont été décrits, par exemple sur les chromosomes llp, l7p et 4 (67-69). Les données actuelles de la littérature, en l'absence d'étude comparative portant sur la totalité du génome, suggèrent que la fréquence et la localisation des pertes alléliques dans les CHC ne semblent pas influencées par l'étiologie virale B de l'hépatopathie (65, 70, 71, 72). Retour Retour au sommaire du cours 4) Cas particulier des patients AgHBs négatifs Chez les sujets AgHBs négatifs ayant développé un CHC, population majoritaire dans les pays occidentaux, le rôle direct du VHB est moins clair. Ces tumeurs sont en effet caractérisées par un nombre de copies du génome viral beaucoup plus faible que celui retrouvé dans les cancers du foie développés chez les sujets AgHBs positifs (l sur 100 à 1000 cellules). Un mécanisme possible de cette faible persistance pourrait être celui du "hit and run'' évoqué pour d'autres virus tumorigènes. Dans cette hypothèse, le génome viral est indispensable initialement pour induire la transformation cellulaire mais pas pour assurer le maintien du phénotype tumoral. Dans les zones géographiques de faible endémie, la charge virale est faible ainsi que le nombre de génomes viraux intégré. La prolifération hépatocytaire s'accompagne ensuite de remaniements et de délétions des génomes viraux qui ne sont souvent détectable que par PCR dans les tumeurs et dont l'expression se limite, dans la majorité des cas, aux transcrits du gène X. Enfin, l'observation récente d'un cas de mutagenèse insertionnelle dans une tumeur du foie développée chez un sujet AgHBs négatif (intégration dans le gène SERCA 1 (33)) suggère que des mécanismes moléculaires similaires peuvent exister chez les sujets AgHBs positifs ou négatifs. Cette hypothèse est confortée par le modèle de carcinogenèse hépatique chez la marmotte. En effet, tous les animaux infectés à la naissance par le WHV et porteurs de l'antigène S développent un cancer du foie et 27 % des animaux infectés mais devenus séronégatifs développent un cancer du foie. Retour Retour au sommaire du cours 5) Modèles animaux de CHC liés aux hépadnavirus: La famille des Hépadnavirus inclue également le WHV (Woodchuck Hepatitis Virus), le DHBV (Duck Hepatitis B Virus), le GHBV (Ground Squirrel Hepatitis B Virus) et le HHBV (Heron Hepatitis B Virus). Ces virus sont tous hépatotropes mais diffèrent par une grande spécificité d'hâte quant à leur infectiosité. Une infection par le VHB n'est possible que chez l'homme ou les primates (chimpanzés). Les marmottes infectées à la naissance par le virus de l'hépatite de la marmotte (WHV) développent un CHC, dans pratiquement 100 % des cas après un délai de 2 à 3 ans (73). Cependant à la différence de l'homme, le foie non tumoral n'est pas cirrhotique et les nodules peuvent être polyclonaux. Deux aspects intéressants associent les Hépadnavirus et le cancer du foie: 1) la réplication du génome par une étape intermédiaire de transcription inverse d'ARN en ADN, l'organisation et séquence de leur génome présentent des similitudes évidentes avec les rétrovirus, ce qui a fait inclure les Hépadnavirus dans le groupe des Pararetrovirus; 2) Les Hépadnavirus dont l'infection est associée au développement du cancer du foie (HBV, WHV, GHBV) possèdent tous, dans leur génome, la phase ouverte de lecture qui code pour la protéine X, alors que cette phase ouverte de lecture n'a pas été retrouvée chez les Hépadnavirus non associés au cancer (DHBV). Retour Retour au sommaire du cours 6) VHB. alcool et CHC Dans les pays occidentaux, le CHC survient le plus souvent
tardivement (# 60 ans), sur une cirrhose préexistante (# 90%) et chez des patients AgHBs
négatifs (# 80%). Au contraire, dans certaines régions rurales d'Afrique, le CHC peut
survenir précocement, indépendamment d'une cirrhose (# 40 %), chez des patients en
général AgHBs positifs avec une forte réplication virale. D'autres facteurs
étiologiques doivent donc intervenir dans la carcinogenèse hépatique dans les régions
de faible endémie du VHB. Un de ces facteur pourrait être l'alcool. En effet, le rôle
de l'intoxication alcoolique chronique dans le développement d'un CHC par le biais de
l'induction d'une cirrhose est largement admis. Ainsi, la prévalence des CHC au cours des
cirrhoses alcooliques varie de 7 à 13 % et le risque relatif de CHC varie de 1,2 à 4,2
pour une consommation d'alcool > 80 g/i (74). Retour Retour au sommaire du cours CHC ET VIRUS DE L'HEPATITE C 1) Organisation
génétique du VHC: Retour Retour au sommaire du cours 2) Données épidémiologiques et moléculaires en faveur du rôle du VHC dans la carcinogénèse hépatique: Les études épidémiologiques récentes ont clairement montré l'association entre l'infection par le VHC et le développement d'un CHC. L'utilisation des tests sérologiques récents ont permis de distinguer 3 zones géographiques de prévalence des anticorps anti-VHC chez les patients atteints de CHC: une zone de forte prévalence (60-80%) (Japon, Italie, Espagne); une zone de prévalence intermédiaire (20-50%) (Europe du Nord, France, USA) et une zone de faible prévalence (<10%) (Sénégal, Mozambique, Asie du Sud-Est). Ces pourcentages sont à rapporter à la prévalence des Ac anti-VHC dans la population générale (1,5 % au Japon, 0,6 à 1 % en France). Les études effectuées dans différentes régions géographiques ont montré une relation inverse entre la forte prévalence de l'AgHBs (région de forte endémie pour le VHB: Asie, Afrique) et la forte prévalence des Ac anti-VHC (Japon, Europe) et ont permis de déterminer un risque relatif d'apparition d'un CHC chez les patients cirrhotiques et anti-VHC positif de 1 à 70 en fonction de la région considérée. Enfin, des études moléculaires, par RT PCR ont permis de détecter l'ARN du VHC dans 50 à 70 % des sérums et 55 à 100 % des foie de patients avec CHC et négatifs pour l'AgHBs (15-17) (Tableau 2). Retour Retour au sommaire du cours 3) Mécanisme de la carcinogénèse hépatique liée au VHC: a) Rôle
indirect du VHC: Comme dans le cas du VHB, la cirrhose induite par le VHC est
le facteur de risque majeur pour le développement du CHC. En effet, 90 % des CHC liés au
VHC surviennent sur une cirrhose et deux études prospectives ont montré une incidence
élevée d'apparition du CHC chez les patients cirrhotiques et VHC positifs, en
particulier au Japon (3 à 5% par an). La plupart des études occidentales, ont montré
qu'il n'existait pas de différence significative entre l'âge d'apparition du CHC liés
au VHC, par rapport à des CHC d'autres étiologies (80-85). Ces études n'ont d'ailleurs
pas retrouvé de différence significative dans la prévalence de la sérologie VHC +
entre patients du sexe masculin ou féminin présentant un CHC, à la différence du VHB
(80, 81, 8 6). Cependant, dans les régions de forte endémie pour le VHB, l'âge de
survenue du CHC est environ 10 ans inférieur à celui des patients anti-VHC + (85, 8 7 -
9 1 ). Plusieurs études récentes portant sur des populations de patients japonais ont
aussi retrouvé une différence de 10 ans entre l'âge d'apparition du CHC chez les
patients AgHBs + par rapport aux patients anti-VHC + (22, 9 2 ). Les patients avec CHC
antiVHC + (avec ou sans AgHBs) avaient des lésions hépatiques plus sévères (70 % de
cirrhose dont 60 70 % Child B ou C) par rapport aux patients uniquement AgHBs + (50 % de
cirrhose dont 65 % Child A) (93) et des tumeurs plus souvent multicentriques (92).
Cependant, aucune différence en terme de sur-vie et de survie sans récidive à 5 ans n'a
pu être mise en évidence entre les deux populations après hépatectomie (92, 9 4 ). Retour Retour au sommaire du cours b) Rôle direct du VHC
Le virus VHC est un virus à ARN qui ne peut pas s'intégrer dans le génome
hépatocytaire. Des études moléculaires ont permis de montrer que la réplication
virale, à l'inverse de celle de VHB, peut persister à un niveau identique dans le sérum
et à un niveau plus faible dans les zones tumorales par rapport au zones non tumorales.
Certains arguments suggèrent que le VHC, comme le VHB, pourrait potentiellement jouer un
rôle direct dans la carcinogenèse hépatique, en particulier, la détection de
séquences virales du VHC dans de rares cas de CHC développés sur foie non cirrhotique.
En effet, dans une étude récente de 13/19 CHC développés sur foie non cirrhotique, le
seul facteur de risque retrouvé était la persistance de séquence d'ARN du VHC dans le
tissu tumoral (7/19 étaient positifs pour l'ADN du VHB et 4/19 étaient positifs pour le
VHB et le VHC). De manière remarquable, le génotype 1b a été retrouvé dans la grande
majorité de ces cas (90 %) (99). Retour Retour au sommaire du cours 3) VHC, alcool et CHC Comme pour le VHB, une forte association a été retrouvée entre alcool, CHC et VHC. La prévalence des anticorps antiVHC est plus élevée chez les alcooliques chroniques (15-20 %) par rapport à la population générale (0,6-1 %) et augmente avec la sévérité de la maladie hépatique (35-45 % dans les cirrhoses et 60-75 % en présence d'un CHC) (74, 118). Un effet synergique entre VHC et une consommation excessive d'alcool (> 80 g/j pendant > 5 ans) a été suggéré par une autre étude récente (77). Les facteurs de risques majeurs de contamination du VHC chez les patients alcooliques chroniques sont l'origine géographique, une contamination parentérale (transfusion ou toxicomanie) ou un alcoolisme familial (74). La présence de marqueurs sérologiques à la fois pour le VHB et le VHC a été retrouvée dans 12 à 17 % de l'ensemble des patients alcooliques. Enfin, deux études ont montré que chez les patients alcooliques, la présence d'anticorps anti-VHC était associée à une réplication virale: en effet, l'ARN viral a été détecté par PCR chez 82 à 86 % de ces patients et dans 0 à 10 % des patient séronégatifs (74). L'ensemble de ces résultats suggèrent donc que le VHC pourrait favoriser l'apparition d'une cirrhose puis d'un CHC chez les sujets alcooliques chroniques. Retour Retour au sommaire du cours 4) CHC et coinfection VHB-VHC: L'interaction entre VHB et VHC est habituellement accompagné par la diminution de la réplication des deux virus en cas de coinfection ( 119 ). Un des mécanisme possible pourrait être l'inhibition de l'encapsidation ou de la réplication de l'ADN du VHB par la capside du VHC ( 120 ). Tsai a récemment étudié une population de 400 cirrhoses non alcooliques pendant un suivi moyen de 54 mois à Taiwan ( 121 ). L'incidence globale du CHC a été de 20 % (avec une incidence annuelle de 6,8 %), de 2 % en l'absence d'anticorps anti-VHC et d'AgHBs, 6,6 % en présence d'AgHBs seuls, 7 % en présence d'anticorps anti-VHC seuls et 13,3 % en cas de coinfection VHB-VHC avec un risque relatif de survenue d'un carcinome hépatocellulaire de 3,74 en présence d'anti-VHC seuls, de 4,06 en présence d'AgHBs seuls et de 6,41 en cas de coinfection. Ces résultats ont été confirmés par une métaanalyse récente regroupant 32 études cas-témoins et montrant des odds ratio de 22,5 en l'absence d'anti-VHC/ARN VHC et en présence d'AgHBs, de 17,3 en présence d'anti-VHC/ARN VHC et de 165 en présence d'une coinfection VHB -VHC ( 122 ). Au Japon, l'association entre CHC et VHC est forte, or l'incidence des anticorps anti-VHC reste faible dans la population générale. Ceci suggère qu'un autre facteur (viral ou non) pourrait augmenter le risque de CHC chez ces patients. Une étude récente portant sur 28 CHC vient de montrer la présence de séquences clonales d'ADN du VHB intégrées chez 16/28 (57,1 %) des patients (incluant 5 patients AgHBs + et 11 patients AgHBs négatifs (10/11 étaient anti-VHC + et 11/11 étaient ARN VHC + dans le foie). En outre, la region codant pour la protéine HBx a été retrouvée chez 87,5 % des 16 patients et la région PréS2/S chez 37,5 % ( 123 ). L'ensemble de ces résultats suggèrent un rôle potentiel de l'ADN du VHB intégré dans le développement de certains hépatocarcinome liés au VHC. Retour Retour au sommaire du cours 5) Virus et carcinogénèse chimique L'aflatoxine n'est pas le seul toxique présent dans l'environnement susceptible de participer comme cofacteur à la carcinogenèse hépatique. Les dérivés tels que les N-diéthylnitrosamines ont été aussi impliqués. Ceux-ci peuvent être produit de manière endogéne en particulier dans les foies d'hépatite chronique et peuvent aussi agir en synergie avec le VHB, comme cela a été montré dans un modèle de souris transgéniques développant des CHC ( 12 4 ). L'une des principales lésions de l'ADN cellulaire induite par ces composés est l' 06-alkylguanine ( 12 5 ). Cette lésion est normalement réparée par l'enzyme 06 -alkylguanine-ADN-alkyltransférase (ATase). Dans le cas contraire, en cas de réplication de l'ADN, cette lésion peut aboutir à une mutation (transversion G > T) comme cela a été décrit pour la P53. Il a été montré que la distribution subcellulaire de FATase était modifiée dans des hépatopathies liées au VHB : en effet, alors que l'enzyme est essentiellement nucléaire dans le foie de sujets témoins, elle est séquestrée dans le cytoplasme chez des sujets présentant une cirrhose B ( 12 5 ). Il a aussi été montré que l'enzyme 06_Methylguanine-ADNmethyltransférase était diminué dans les foies cirrhotiques (quelles qu'en soit l'étiologie) ( 12 6 ). Ces résultats montrent que le système de réparation des lésions de l'ADN cellulaire pourrait être moins efficace dans les cirrhoses virales. Retour Retour au sommaire du cours L'ensemble des données épidémiologiques, moléculaires et expérimentales ont maintenant clairement établi l'association entre infections virales B et C et carcinogenèse hépatique, même dans les régions de faible endémie virale, comme la France. Chez l'homme le développement du cancer primitif du foie est probablement le résultat de différents facteurs viraux, dépendant de l'hôte, constitutionnels ou acquis et des facteurs exogènes. L'association d'un ou plusieurs de ces cofacteurs pourrait favoriser les mécanismes indirects ou directs des infections par VHB et VHC chez les sujets qui ne sont pas en mesure d'éliminer le virus (Fig. 6). Ainsi,, en Afrique où la charge virale est élevée et d'autres facteurs carcinogènes sont présents (aflatoxine B), les tumeurs du foie se manifestent souvent avant ou au même moment que la cirrhose et leur évolution est rapide. Dans ce cas des mécanismes de tumorigenèse directe semblent prévaloir sur les effets indirects. Dans nos zones géographiques le processus est inverse: la cirrhose précède de plusieurs années le développement de la tumeur dans la majorité des cas. Des facteurs tumorigènes indirects semblent donc être impliqués de façon prévalente, avec éventuelle association tardive de mécanismes tumorigènes directs. Dans cette optique, les données moléculaires disponibles à l'heure actuelle suggèrent que le VHB pourrait agir, chez les sujets AgHBs positifs, à la fois par un mécanisme de tumorigenèse indirecte (la nécrose hépatocytaire et prolifération cellulaire) et directe (intégration du génome viral dans le génome cellulaire, expression de la protéine HBx, réarrangements chromosomiques, mutagenèse insertionnelle). En revanche, chez les sujets AgHBs négatifs, la multiplication virale B est très faible ou absente, mais la coinfection par le VHC et l'intoxication alcoolique sont plus fréquentes. Chez ces patients, la persistance dans le foie du génome du VHB, représente un facteur de risque direct pour le développement du cancer. D'autres cofacteurs, en particulier le VHC, pourraient agir de façon "indirecte", et déterminer l'apparition de l'hépatopathie chronique. Les données moléculaires concernant le VHC sont encore préliminaires et ne permettent pas de conclure définitivement quant à son rôle direct dans la carcinogénèse hépatique.En conclusion, l'ensemble de ces données montre que la lutte contre les infections virales B et C (préventive par la vaccination ou curative par les traitements antiviraux) pourrait faire significativement diminuer l'incidence du CHC. Retour Retour au sommaire du cours 1 Tagger A, Donato F, Ribero M, Chiesa R, Tomasi V, Portera G, et al. A case-control study on GB virus C/hepatitis G virus infection and hepatocellular carcinoma. Brescia HCC study. Hepatology 1997;26:1653-1657. 2 Abe K, Edamoto Y, Park Y, Nomura A, Taltavull T, Tani M, et al. In situ detection of hepatitis B, C, and G virus nucleic acids in human hepatocellular carcinoma tissues from différent geographic regions. Hepatology 1998;28:568572. 3 Naoumov N, Petrova E, Thomas M, Williams R. 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