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La drogue, un drame de notre temps
Conseils pour la santé
Dr René Flurin
Mis en ligne le 20 avril 2001

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Drogues : savoir plus, risquer moins
Drogues et dépendances : le livre d'information
Ce livre distribué gratuitement par le CFES propose une information accessible à un large public, permettant de mieux connaître cannabis, cocaïne, ecstasy, héroïne, alcool, tabac, conduites dopantes et médicaments spychoactifs : leurs effets et leurs dangers, les différents comportements de consommation, les données épidémiologiques, les législations en vigueur, comment agir et aider, quelques repères historiques…

Sommaire

Trajectoire de l’héroïnomane
Pourquoi certains jeunes se droguent-ils ?
Quelle attitude adopter vis à vis de ces jeunes ?

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Voir aussi page toxicomanie de la BML


 

L’usage de la drogue est une grave menace pour la jeunesse de notre temps. « Il faut lui déclarer une guerre acharnée, en expliquer les affreuses conséquences. Chacun doit prendre sa part dans la lutte contre ce terrible fléau social. »

L’héroïne représente la forme la plus dangereuse et la plus répandue de cette toxicomanie.

 

 

I.                  LA TRAJECTOIRE DE L’HEROÏNOMANE*

 

Elle peut être schématisée en 4 phases :

 

1. La toxicomanie au début

 

C’est la phase de la «lune de miel » : les centres nerveux, saturés d’endorphines sous l’effet de la drogue, entraînant plaisir et jouissance dans l’oubli des difficultés du moment. C’est le nirvana.

Dès cette première expérience, il y a risque majeur, danger mortel. L’évolution est impossible à prévoir. « Il ne faut pas jouer à la roulette russe. »

Le toxicomane est très vite conditionné à sa drogue. Ce n’est plus pour lui un problème de volonté. Dès ce stade, il ne faut pas occulter le problème. Il est absolument nécessaire que tous les adultes adoptent à cet égard une attitude ferme et sans ambiguïté. Les parents doivent poser la question à leur enfant.

 

 

3. Le toxicomane en état de dépendance

 

Le rapport des toxicomanes avec la drogue est un rapport long, qui s’étend sur plusieurs années.

Le plaisir maximum est au début, puis vient le phénomène d’assuétude qui conduit à augmenter les doses pour un plaisir sans cesse dégradé.

Le drogué va consommer des quantités de plus en plus grandes, qui ne procurent plus aucun plaisir, la drogue n’est plus recherchée que pour éviter l’état de manque : « on est passé du Nirvana à l’Enfer. »

Il en résulte à ce stade une désocialisation du drogué l’entraînant dans les combines, le mensonge, les délits, la coupure du milieu

familial. Certains jeunes, filles ou garçons, sont ainsi conduits à la prostitution, aux hold-up, au vol.

Leur santé va s’altérer gravement : négligence pour leur corps, caries dentaires nombreuses et graves, complications infectieuses quasi inéluctables : hépatite B et C, Sida, maladies vénériennes, exposition à toute la pathologie infectieuse, évoluant sur un terrain immuno-déprimé.

 

* Texte rédigé à partir d’une causerie du docteur LAFON à l’Association des Professions de Santé de CAUTERETS.


3. L’overdose

 

C’est une urgence médicale. Le sujet est en état de grave détresse respiratoire.

L’attitude pratique de l’entourage consiste à assurer la liberté des voies respiratoires et à faire appel sans délai aux secours médicalisés d’urgence. On pourra suspecter l’overdose en remontant les manches pour détecter des traces de piqûres, en remarquant auprès du malade la présence d’une seringue.

 

 

3. Le toxicomane en état de manque

 

A l’inverse de la situation précédente, le toxicomane en état de manque n’est jamais en danger. Il ne faut pas céder au chantage du sujet réclamant sa drogue. Ce refus doit être accompagné d’une attitude d’écoute et d’aide. Il convient d’orienter le sujet vers une structure médicale compétente.

 

Les produits utilisés par les drogués sont divers : outre l’héroïne et les opiacés, différentes drogues peuvent être en cause, la cocaïne et le crack, le cannabis ou chanvre indien, les hallucinogènes tels que le L.S.D., les barbituriques et les amphétamines, les solvants, les drogues de synthèse telles que l’ectasie qui gagne du terrain.

 

L’alcool entraîne aussi des états de dépendance. « Ceux qui se saoulent à mort sont des toxicomanes de l’alcool. »

 

Ces toxicomanies sont fréquemment associées ; le sujet qui fait usage de substances toxiques passe facilement d’une drogue à l’autre ; il essaie des mélanges divers, dans des cocktails souvent catastrophiques.

 

Toutes ces drogues ont en commun une détérioration intellectuelle et une dégradation de l’état général, véritable gâchis dans une société de l’informatique et du logiciel qui fait de plus en plus appel à l’intelligence.

 

 

II.  POURQUOI CERTAINS JEUNES SE DROGUENT-ILS ?

 

La toxicomanie, nous dit le docteur Olivenstein, est la rencontre d’un produit et d’une société. « Le vrai problème est d’ordre psychologique. La drogue est un phénomène de société. Le toxicomane est malade de notre monde. Le phénomène de la drogue recouvre, avant tout, une relation parents-enfants. Il n’y a pas de milieu privilégié pour la toxicomanie. Chez certains jeunes, quelque chose qui peut paraître insignifiant va prendre une importance phénoménale. » (Olivenstein)

 

La toxicomanie est le signe de la non-adaptation de certains jeunes à la société qui leur est proposée, et de la crise des modèles et des valeurs, qui sont pour lui d’indispensables points de repères.

 

Plusieurs facteurs interviennent dans le basculement vers la drogue :

 

-    la curiosité, le besoin d’expérimenter par lui-même, la mode, la pression du groupe, « faire comme les autres » pour être mieux intégré au groupe de


-    jeunes. L’adolescent, mal à l’aise dans son corps, est hypersensible au jugement de son entourage.

- la fascination du tabou ; sa transgression est une des réalités de l’adolescence. L’adolescent a besoin de s’opposer pour se prouver qu’il peut être autonome.

-    le rejet des valeurs traditionnelles et les contradictions qu’ils observent entre les valeurs prônées (respect de la personne, démocratie, refus de la violence, recherche de la justice) et les réalités du monde où ils vivent ou qu’ils découvrent à travers les média.

-    la recherche d’une communion avec autrui. La drogue, notamment l’alcool et l’ectasie font souvent partie des manifestations communautaires de jeunes (sorties du week-end, rave parties…)

-    la fuite devant la souffrance, la solitude, les difficultés de l’existence, l’angoisse de l’avenir : L’adolescent a un fond dépressif, traversé d’instants de morosité, de sentiments de vide et d’inutilité.

 

Or la drogue, si elle apporte momentanément un plaisir artificiel et illusoire enlève la volonté de chercher comment améliorer la vie quotidienne. Elle enlève à l’individu ses moyens de lutte pour une vie meilleure. Elle est le trompeur par excellence.

 

 

III.  QUELLE ATTITUDE ADOPTER VIS A VIS DE CES JEUNES ?

 

Le docteur Francis Curtet nous dit :

« Un enfant grandira mieux si, dès sa conception, il est nourri de tendresse et de dialogue. Mettre un enfant au monde implique non seulement des droits, mais aussi des devoirs à l’égard de l’enfant :

·   Devoir de l’aimer et de le lui dire. « Il n’y a pas de meilleure prévention que l’amour. »

·   Devoir de communiquer avec lui et de développer son sens critique. Educateurs, parents, enseignants doivent être prêts au dialogue avec les jeunes, et ce dialogue commence par l’écoute bienveillante.

·   Devoir de l’aider à élaborer des armes efficaces pour se défendre dans un monde où le combat sera quotidien.

·   Devoir de le respecter et de l’élever pour lui-même et non pour soi.

·   Devoir de le préparer à partir un jour comme un être indépendant, libre de ses choix, et non comme un messager, vivant par procuration les fantasmes et les désirs irréalisés de ses parents.

·   Se tirer d’affaire, pour un toxicomane, c’est non seulement abandonner la drogue,  mais aussi acquérir un mode de relation harmonieux avec autrui, affirmer son indépendance et son autonomie, être maître de son destin. »

 

¨        Faire vivre les jeunes dans la confiance

¨        Eviter le dénigrement et la critique systématique

¨        Travailler à une société plus fraternelle, plus juste et plus humaine.

 

C’est aussi contribuer à faire reculer la drogue.