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Le variant pré-C du virus B: épidémiologie,
présentation, traitement Mis en ligne le 27 septembre 2002 par Bruno Bour MD Maîtres Toiles |
II - EMERGENCE et SELECTION DES MUTANTS
Dans la grande majorité des cas, le mutant pré-C émerge au cours de l'histoire naturelle de l'hépatite chronique, co-existant au départ sous la forme d'une quasi-espèce minoritaire avec la population majoritaire non mutée durant la phase où l'antigène HBe est positif. Le virus sauvage a clairement au départ un avantage sur le virus mutant, probablement en raison de la tolérance immunogénique qu'il entraîne. II a été ainsi montré que l'antigène HBe entraînait une réponse immune TH2 prédominante alors que la réponse TH1 était sous-régulée (1). Par contre, on ne sait toujours pas pourquoi, à un moment donné, et en particulier au moment de la séroconversion antigène en anticorps anti-HBe, le mutant est sélectionné. II existe des hypothèses, en particulier immunologiques, qui n'ont pas été confirmées à ce jour.
III - PATHOGENIE
Le mutant pré-C n'est pas cytopathogène. La souffrance cellulaire observée est donc relativement identique à celle constatée chez les patients ayant l'antigène HBe avec des lésions nécrotico-inflammatoires, reflétées par l'augmentation des transaminases, précédées par l'augmentation de l'ADN du VHB. Chez certains patients, la souffrance cellulaire est sévère, ressemblant même à une hépatite aiguë voire une hépatite fulminante. Durant les épisodes d'exacerbation, la réponse cellulaire CD4 dirigée contre les épitopes HBc, les taux d'IgM antiHBc, les dosages sériques de TNF alpha et d'interleukine 2, sont identiques à ceux observés dans l'hépatite fulminante.
IV - PRESENTATION CLINIQUE
Les caractéristiques
cliniques, biologiques et virologiques des patients sont relativement différentes de
celles observées chez ceux ayant l'antigène HBe positif (3). La majorité d'entre eux
ont un âge supérieur, se situant entre 40 et 55 ans avec une prédominance masculine
(sex ratio entre 4,6 et 17). Au moment du diagnostic, la majorité des patients est
asymptomatique mais durant le suivi, deux profils peuvent être observés : 1 °) une
augmentation persistante de l'activité des ALAT sans tendance à la rémission spontanée
(30 - 40 % des cas), et 2°) une augmentation plus irrégulière des ALAT avec des pics
cytolytiques (45 - 65 % des cas) dont certains peuvent ressembler à une hépatite aiguë
B en raison d'une augmentation des ALAT > 1000 UI/litre, et la présence des IgM
anti-HBc qui représentent un marqueur de réplication virale. L'augmentation de l'ADN du
VHB précède habituellement le pic cytolytique. Seuls 6 à 15 des patients ont une
rémission soutenue spontanée (1, 4).
Le diagnostic de l'hépatite chronique B antigène HBe négatif repose donc sur : l') la
présence de l'antigène HBs associé à l'absence de l'antigène HBe depuis plus de 6
mois, et de façon préférable 1 an - 2°) une augmentation des ALAT soit persistante,
soit intermittente - 3°) une réplication virale documentée par une technique sensible
(PCR ou bientôt bDNA 3.0), soit par la présence de l'ADN du VHB dans le sérum ou celle
de l'antigène HBc dans le foie plutôt de type intra-cytoplasmique. Si une PCR
quantitative est utilisée, l'ADN du VHB doit être > 105 copies/ml. Enfin, si dans le
sérum, l'ADN du VHB n'est pas détectable, ce qui est habituellement observé durant les
phases d'exacerbation de la maladie, des dosages séquentiels sont nécessaires pour faire
la preuve du diagnostic.
V - HISTOIRE NATURELLE
De nombreuses études prospectives ainsi que des études cas-témoin, ont montré qu'au moment du diagnostic, la prévalence de la cirrhose était plus élevée chez ceux ayant une hépatite chronique liée à un mutant pré-C et est d'environ 40 %. Durant le suivi, moins de 15 ont une rémission prolongée. Le pronostic à long terme est donc mauvais et environ 1/3 des patients développent une cirrhose sur une période de 6 ans (4).
VI - TRAITEMENT
Le traitement de
l'hépatite chronique B antigène HBe négatif a longtemps reposé sur l'utilisation de
l'interféron pour une période de 6 à 12 mois, qui permet une réponse immédiate dans
environ 62 % des cas et une réponse soutenue dans environ 18 % des cas (entre 8 et 61 %).
Les deux facteurs liés à la rechute sont la durée du traitement et une réponse ALAT
tardive après 4 mois. Les résultats dépendent toutefois de la technique de détection
de l'ADN du VHB. En pratique, la majorité des répondeurs initiaux rechutent après
l'arrêt du traitement (5).
Plus récemment la Lamivudine a été testée avec une efficacité immédiate à 12 mois
de l'ordre de 68 % mais diminuant progressivement dans le temps pour passer à 41,6 % à
30 mois, en raison de l'apparition d'une mutation YMDD. En effet, après trois ans de
traitement, 60 environ des patients, ont un mutant YMDD détectable (6). L'association de
l'interféron et de la Lamivudine n'améliore pas le taux de réponse soutenue qui est
d'environ 17 % mais semble diminuer l'incidence d'apparition de la mutation YMDD (7).
Enfin, l'Adéfovir a également été testée dans cette affection. Le taux de succès
immédiat est important puisqu'il est de l'ordre de 51 % avec amélioration de l'activité
nécrotico-inflammatoire mais on ne dispose pas de résultats à long terme.
En conclusion, l'hépatite chronique B antigène HBe négatif, associée soit à un mutant
pré-C, soit à un mutant dans le promoteur du core, voit sa prévalence augmenter même
dans les pays du nord de l'Europe. Elle est plus fréquente chez les patient ayant un
génotype non A. La sélection de cette forme clinique est déterminée probablement par
des facteurs viraux et immunologiques. Sa présentation clinique est sévère,
probablement en raison d'exacerbations fréquentes marquées par un pic cytolytique et une
activité nécrotico-inflammatoire entraînant un risque plus élevé d'évolution vers la
cirrhose et le carcinome hépatocellulaire. Aucun traitement ne permet actuellement de
guérir cette maladie malgré une efficacité temporaire de l'interféron et de la
Lamivudine. L'intérêt de l'Adéfovir dipivoxil au long cours reste à déterminer.
Références
1. HADZIYANNIS SJ and
VASSILOPOULOS D. Hepatitis Be antigen-negative chronic hepatitis B. Hepatology 2001 ; 33:
617-24.
2. GRANDJACQUES C et al. Rapid detection of genotypes and mutations in the precore
promoter and the precore region of hepatitis B virus genome : correlation with viral
persistance and disease severity. J Hepatol 2000 ; 33 : 430-9
3. ZARSKI JP, MARCELLIN P et al. Comparison of anti-HBe positive and HBe antigen positive
chronic hepatitis B in France. J Hepatol 1994 ; 20 : 636-40.
4. BRUNETTO MR et al. Outcome of anti-HBe positive chronic hepatitis B in alpha-interferon
treated and untreated patients : a long term cohort study. J Hepatol 2002 ; 36 : 263-70.
5. MANESIS EK and HADZIYANNIS SJ. Interferon
antigen-negative chronic hepatitis B. Gastroenterology 2001 ; 121 : 101-9.
6. HADZIYANNIS SJ et al. Efficacy of long-term lamivudine monotherapy in patients with
hepatitis Be antigen-negative chronic hepatitis B. Hepatology 2000 ; 32 : 847-51.
7. SANTANTONIO T et al. Lamivudine / interferon combination therapy in anti-HBe positive
chronic hepatitis B patients : a controlled pilot study. J Hepatol 2002 ; 36 : 799-804.
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