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GIST et Glivec :
2001, Odyssée de l'Oncologie Mis en ligne le 27 septembre 2002 par Bruno Bour MD Maîtres Toiles |
Malgré la valeur
spécifique du CD117, le diagnostic des GIST repose sur une analyse morphologique standard
effectuée par un anatomopathologiste expérimenté et habitué de ce genre de tumeur. II
faut noter que 1 % environ des GIST sont de véritables tumeurs stromales malgré la
négativité de l'expression de la protéine kit et que d'autres tumeurs abdominales
exprimant le CD117 ne sont pas forcément des GIST (angiosarcome, PNET, mastocytome, ou
seminome), mais leurs caractères morphologiques les distinguent aisément des GIST.
Compte tenu des caractéristiques morphologiques et immunohistochimiques (CD117 et CD34)
ce ces tumeurs, l'origine des GIST proviendrait des cellules de Cajal ou de leurs
précurseurs, du nom du neurologue qui les a décrites en 1893 (7) et qui correspondent
aux cellules du système nerveux du tractus digestif responsable de sa motricité
autonome. Ces cellules localisées entre les cellules musculaires lisses de la musculeuse
et co-exprimant ces deux marqueurs (CD117 et CD34) pourraient représenter une origine
commune aux tumeurs mésenchymateuses (GIST et leiomyosarcome) développées à partir du
tractus digestif.
GIST et mutation de c-kit : un événement causal de ces tumeurs
Le CD117 ou c-kit est une
protéine trans-membranaire à activité tyrosyne kinase produit du proto-oncogène KIT et
dont le ligand est le Stem Cell factor (SCF). Les mutations de ce gène, situé sur le
bras long du chromosome 4, observées dans 50 à 90% des GIST (1, 8-10) sont responsables
d'une activation spontanée de c-kit, et ce, indépendamment de sa liaison avec son ligand
spécifique. Ce récepteur appartient à la famille du PDGF récepteur, lui même
appartenant à une vingtaine de familles de récepteurs protéine-tyrosyne-kinase
transmembranaire actuellement identifiées.
Lorsque le récepteur est activé par la fixation de son ligand ou induite par une
mutation, des signaux intra-cellulaires sont transmis par de multiples voies métaboliques
de signalisations dont la plupart sont encore peu connues. Les différentes mutations
activatrices de KIT décrites à ce jour sont certainement responsables de voies de
signalisations intracellulaires différentes qui mériteront d'être explorées dans un
avenir proche (11). Des études de biologie moléculaire ont montré que les mutations
sont le plus souvent situées dans l'exon 11, plus rarement dans l'exon 9 et
exceptionnellement dans les exons 13, 17, 14 et 15 (1, 12-14). La grande majorité de ces
mutations se trouvent de part et d'autre de la région trans-membranaire du récepteur et
la nature de celles-ci pourrait influencer le devenir des GIST.
La mise en évidence de ces mutations dans des GIST de petites tailles (< 1 cm) et dans
des GIST familiaux soulignent la précocité voire la causalité de cet événement
génétique dans la carcinogénèse des GIST (15). Bien entendu, la cause de ces
événements génétiques reste à définir.
GIST : épidémiologie
L'incidence exacte des
GIST n'est pas connue. Représentant classiquement 10% environ de l'ensemble des sarcomes,
150 à 300 nouveaux cas devraient être attendus par an en France. Cette incidence est
vraisemblablement sous estimée si l'on tient compte de l'incidence annuelle de ces
tumeurs estimées aux Etats-Unis, environ 5000, soit une incidence annuelle d'environ 300
à 500 en France.
L'âge médian de la survenue d'un GIST est de 55 ans, soit cinq ans plus élevée que les
sarcomes des tissus mous développés à partir des membres.
GIST : facteurs pronostiques
La distinction entre
tumeur stromale bénigne et maligne n'est pas aisée et fait l'objet actuellement de
nombreux débats. Selon certains anatomopathologistes les GIST bénins n'existent pas,
toutes tumeurs stromales même de très faible malignité pouvant rechuter jusqu'à 20 ans
après le diagnostic initial (16-19).
Comme toute tumeur conjonctive, le pronostic ce ces tumeurs est corrélé à la taille
tumorale et à « l'agressivité des cellules qui la composent » (index mitotique). La
localisation initiale du GIST serait également un facteur pronostique, favorable pour les
GIST proximaux (estomac) et défavorable pour les sites distaux (intestin grèle). Une
classification histopronostique des GIST est en cours d'élaboration (voir tableau
ci-dessous) tenant compte de la taille et du nombre de cellules en division. Cette
classification permettra d'établir des stratégies thérapeutiques adaptées et
consensuelles autour des GIST, en fonction de leur risque de récidive.
Risque |
Taille tumorale | Index mitotique |
| Très faible | < 2 cm | < 5/50 hpf |
| Faible | 2 - 5 cm | < 5/50 hpf |
| Intermédiaire | < 5 cm | 6-10/50 hpf |
| 5 - 10 cm | < 5/50 hpf | |
| Elevé | > 5 cm | > 10/50 hpf |
| > 10 cm | > 5/50 hpf |
La valeur pronostique défavorable de certaines mutations du gène KIT a par ailleurs été rapportée par quelques auteurs (20, 21) mais ces données restent controversées (10). Enfin dans plusieurs séries rétrospectives l'âge supérieur à 60 ans et la rupture tumorale intra abdominale ont été retrouvés corrélés à un pronostic défavorable.
Traitement et évolution des GIST avant l'ère du Glivec
La pierre angulaire du
traitement des GIST a toujours reposé jusqu'à présent sur une chirurgie large et
optimale. La nature du geste chirurgical dépend bien entendu de la localisation initiale
du GIST, de son degré d'extension et de la présence ou non de métastases synchrones. A
l'exception des localisations gastriques où la tumeur, souvent
ulcérée à la muqueuse gastrique, est accessible à une biopsie endoscopique, le
diagnostic de GIST est un diagnostic post-opératoire, d'où une chirurgie initiale
souvent inadaptée, minimaliste et éloignée des Standards Options et Recommandations
appliqués aux tumeurs mésenchymateuses. De part leur extension initiale souvent
volumineuse, l'effraction capsulaire spontanée ou provoquée pendant l'acte opératoire,
la présence de métastases infra-cliniques au moment du diagnostic, la majorité, pour ne
pas dire tous les GIST, rechuteront dans un avenir qui dépend principalement de leur
grade histopronostique et de la qualité du geste chirurgical initial (22, 23).
Si 80% environ des patients peuvent être mis en rémission complète en première
intention, ce taux diminue à 30% en cas de récidive mais 100% d'entres eux rechuteront
quelque soit la nature de l'acte opératoire (80% dans les deux ans qui suivent la
rechute) soit sous une forme purement loco-régionale (60%), soit sous la forme de
métastases hépatiques exclusives (15%), soit de façon conjointe (25%).
La médiane de survie sans progression en cas de rechute est alors de 18 mois environ, et
la survie globale à 5 ans est de 45% après le diagnostic initial. Moins de 30% des
patients présentant des GIST métastatiques sont en vie à un an.
Les GIST sont des tumeurs
extrêmement chimio-et radio résistantes avec moins de 10% de réponses objectives
rapportées avec protocoles de chimiothérapies comportant des anthracyclines en mono ou
en polychimiothérapies. Dans la mesure où 90 à 95% des anciens léiomyosarcomes
développés à partir du tractus digestif sont désormais des GIST, il est aisé de
repérer ces tumeurs dans les études prospectives ayant testé l'efficacité antitumorale
des différents protocoles de chimiothérapie au cours du temps. Ces « léiomyosarcomes
» se sont toujours révélés plus chimiorésistants que les autres sarcomes (24-27).
L'expression élevé des protéines impliquées dans le phénotype de la « multidrug
resistance » dans les GIST par rapport aux autres léiomyosarcomes a été suggérée par
une étude hollandaise récente (28).
L'explication la plus rationnelle réside dans le pourcentage très élevé de métastases
hépatiques synchrones ou métachrones de ces tumeurs (65% environ) par rapport aux autres
sarcomes des tissus mous (15%). II s'agit d'un facteur pronostique défavorable
indépendant de la réponse à la chimiothérapie dans une étude rétrospective portant
sur 2185 patients métastatiques inclus dans la Data Base de l'EORTC (29).
Les taux de réponse objective observées avec le produit toujours considérée comme le
plus efficace dans les sarcomes, l'adriamycine, sont passés, dans les études successives
menées par l'EORTC, de 23% en 1990, 15% en 1997 à 11 % en 1999. La seule explication
quantifiable concerne l'incidence croissante des « léiomyosarcomes/GIST » qui
représentaient plus de 40% des patients inclus dans les dernières études (26).
GIST et Glivec®: rationnel scientifique et chance irrationnelle!
Le STI 571 (Glivec®) est
un inhibiteur sélectif des tyrosine kinase c-abl, bcr-abl, c-kit et PDGFR interagissant
avec la protéine au niveau du site de fixation de l'ATP.
Synthétisé en 1993, le STI-571 a acquis ses lettres de noblesses dans la leucémie
myéloide chronique caractérisée par une translocation spécifique dont le gène de
fusion bcrabl produit une protéine à activité tyrosyne kinase responsable de cette
leucémie. L'activité remarquable du Glivec dans la LMC (obtention de l'AMM en 2001 aux
Etats-Unis et en février 2002 en France dans cette indication) a rapidement fait
envisager son utilisation dans d'autres tumeurs présentant une protéine à activité
tyrosyne kinase anormalement exprimée.
Le STI-571 a été proposée la première fois à une patiente finlandaise présentant une
tumeur stromale c-kit + en Mars 2000 sur une idée de George Demetri du Dana Farber
Hospital de Boston, basée conjointement sur la découverte de la protéine c-kit à la
surface des GIST et l'efficacité du Glivec sur la protéine de fusion bcr-abl. Depuis ce
cas qui a fait l'objet d'une publication dans le New England Journal of Médecine en Avril
dernier (30), cette patiente répondeuse au Glivec (après échec de plusieurs lignes de
chimiothérapie) va toujours bien, les phases I, II et III sont terminées, et ce produit
a obtenu l'autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis le 2 février 2002, et en
Europe en Juin 2002 dans les GIST localement avancés inopérables et/ou métastatiques.
GIST et Glivec®: deux ans après
1) Phase I
La phase I a été coordonnée par l'EORTC et rapportée à l'ASCO en 2001 et 2002.
Quarante patients ont été inclus dans cette étude en 4 mois dans 3 centres européens,
les patients recevant des doses de 400 mg à 1000 mg par jour. La dose maximale tolérée
ayant été atteinte chez 5 sur 8 patients au dernier palier de dose, 16 patients ont
reçu la dose maximale conseillée de 800 mg/j fractionnée en deux prises matin et soir.
Trente-six patients présentaient un véritable GIST (c-kit +) alors que 4 tumeurs
développées à partir du tractus digestif étaient c-kit négatif (non GIST). Trente
patients sur les 40 présentaient des métastases hépatiques au moment de leur inclusion
dans l'étude.
Si 36% des patients présentaient une réponse partielle en Mai 2001, ce taux est passé
à 53% en Mai 2002 avec 16% de réponse mineure (réduction du volume tumoral compris
entre 20 et 29%) et 19% de maladie stabilisée (31, 32). Seuls 4 patients ont vu leurs
tumeurs évoluées, soit 11 % de la totalité des patients inclus dans cette phase I. De
façon intéressante, aucun bénéfice clinique n'a été observé chez les 4 patients
n'exprimant pas le c-kit (3 progressions et 1 stabilisation).
Avec un follow-up minimal de 11 mois, 29 patients sont toujours sous traitement 19
réponse objective et 10 maladie stabilisée soit un bénéfice clinique observé chez 81%
des patients présentant un GIST inclus dans cette étude (31).
2) Les Phase
II
Deux études de phase II ont été jusqu'à présent rapportées:
- La première étude est américano-finlandaise : il s'agissait d'une étude de phase II
randomisée comparant deux dose de Glivec : 400 vs 600 mg par jour. Cent quarante sept
patients présentant un GIST localement avancés inopérables et/ou métastatiques ont
été inclus dans cette étude. De façon similaire à l'étude précédente, 82% des
patients ont bénéficié du STI-571 en terme d'amélioration subjective rapide, 54% de
réponse objective documentée (58% à 600 mg et 49% à 400 mg, différence non
significative) et 28% de stabilisation tumorale. Seuls 14% des patients ont vu leurs
tumeurs évoluées sous traitement (33).
- La deuxième est européenne, coordonnée par l'EORTC : la dose de Glivec était de 800
mg par jour (dose maximale conseillée à la suite de la phase I précédente). Outre
l'inclusion des GIST (29 patients) cette étude posait la question de l'intérêt
éventuel du Glivec dans les sarcomes des tissus mous avancés (non GIST). Aucune réponse
objective n'a été observée dans ce dernier groupe alors que l'efficacité remarquable
du Glivec dans les GIST était une nouvelle fois confirmée (80% de réponse objective +
stabilisation tumorale) (34).
3) Les Phase
III et états des lieux:
Les résultats des deux grandes études randomisées comparant 400 et 800
mg/j de Glivec et incluant 946 patients dans l'étude européenne (35) et 746 patients
dans l'étude américaine (36) n'ont été rapporté que partiellement à l'ASCO 2002 et
uniquement concernant la tolérance du Glivec. Ces études randomisées ont inclus 1700
patients en moins d'un an, ce qui est remarquable compte tenu de la rareté de ces
tumeurs.
Après l'inclusion de plus de 2000 patients à travers le monde dans ces essais
thérapeutiques en deux ans, nos connaissances sur le Glivec dans les GIST peuvent se
résumer de la façon suivante :
Le Glivec révolutionne le pronostic des GIST localement avancés inopérables et/ou métastatiques : 30% de patients en vie à un an avant l'ère du Glivec, 90% environ après, avec 80% et 70% des patients toujours sous traitement 12 et 18 mois après leur inclusion dans les études prospectives. II s'agit de la plus grande avancée thérapeutique dans les tumeurs solides avancées inopérables depuis plus de 20 ans.
le taux de réponses objectives observé avec l'imagerie conventionnelle (TDM/IRM) se situe entre 60 et 70%. Quinze à 20% des patients présentent une maladie stabilisée : la « quasi » normalisation de leur PET-scan dans les 3 à 6 semaines après le début du traitement (37) et un devenir des patients semblables à celui des répondeurs font considérer ces patients comme répondeurs au Glivec, soit un bénéfice clinique observé chez 80 à 90% des patients (31, 33, 34). II s'agit encore une fois de la proportion des patients toujours sous traitement un an après leur inclusion dans ces études. Ces réponses objectives s'observent quelque soit le traitement antérieur, l'âge du patient (âgé parfois jusqu'à 90 ans), l'état général de ces patients, le « volume » et le statut tumoral (tumeur localement avancée inopérable ou métastatique). Les patients répondeurs présentent une diminution significative du taux sérique du VEGF, du récepteur soluble de KIT et du bFGF dans les huit premières semaines de traitement (38) et une diminution du flux vasculaire des tumeurs en écho-doppler pulsé après un mois de traitement (39) ;
Le PET-scan semble être le meilleur examen radiologique pour évaluer précocement l'efficacité de ces nouveaux agents spécifiques non chimiothérapiques. Celui-montre une diminution de plus de 50% des hyperfixations des masses tumorales chez 80 à 90% des patients (soit le pourcentage de patients non progressifs sous Glivec) alors que le volume tumoral peut restée inchangée ou en diminution modérée et progressive au cours du temps avec les techniques d'imagerie conventionnelle (30). De façon surprenante, certains patients ne présentent plus aucune captation du glucose radiomarqué 24 heures après la première prise de Glivec. Dans la mesure où cette réponse isotopique est couplée à une amélioration subjective rapide de ces mêmes patients (bien être, disparition des symptômes, normalisation du bilan biologique hépatique, reprise de l'appétit, prise de poids....) il n'est pas certain qu'un PET-scan soit utile et recommandé en pratique courante. Celui-ci pourrait par contre détecter précocement les patients présentant une résistance primitive au Glivec afin de ne pas poursuivre inutilement un produit coûteux et donc inutile chez 10 à 15% environ des patients.
Dix à 15 pour cent des patients présentent donc une résistance primaire au Glivec. Le statut mutationnel du gène KIT semble être l'un des mécanismes sous-tendant cette résistance. L'étude de phase II américano-finlandaise était couplée à une analyse biomoléculaire fine du gène KIT. Soixante-huit pour cent des patients sont porteurs d'une mutation de l'exon 11, 16% une mutation de l'exon 9, 2% une mutation de l'exon 13 ou 17, enfin 14% des patients présentant un GIST n'avaient aucune mutation sur ce gène (wild-type). La réponse anti-tumorale semble être corrélée à la nature et à la présence de ces mutations puisque une réponse partielle a été observée chez 72% des patients présentant une mutation de l'exon 11, 31% chez les patients présentant une mutation 9 (p=0.0033) et « seulement » 12% ((p<0.0001) chez les patients ne présentant aucune mutation de ce gène (tout au moins connue jusqu'à ce jour!) (14).
Des résistances secondaires (re-progression après réponse initiale) sont désormais rapportées, 18% dans l'étude américano-finlandaise qui a inclus 147 patients et qui a permis l'AMM du produit aux US (33). Le statut mutationnel de KIT semble également influencer la survie sans progression, significativement plus longue chez les patients présentant une mutation de l'exon 11 (14) ;
II ne semble pas exister d'effet-dose à partir d'une dose seuil quotidienne de 400 mg, les résultats observés à 600 mg en terme d'efficacité et de tolérance étant similaires (33). Les résultats des deux grandes études randomisées comparant 400 et 800 mg/j de Glivec permettront dans un avenir proche de répondre définitivement à cette question (35, 36). II faut noter cependant que certains patients ayant progressé sous 400 mg/j de Glivec ont bénéficié secondairement d'une escalade de dose (600 ou 800 mg/j) dans les différentes études déjà rapportées ou en cours ;
Le Glivec semble totalement dépourvu d'activité dans les autres sarcomes non GIST (24 patients), tous CD117 négatifs (34). A noter cependant deux réponses surprenantes au Glivec rapportées sur deux cas de dermatofibrosarcomes avancés qui présentent, rappelons-le, une translocation chromosomique spécifique t(17;22)(822 ; q13) impliquant le gène codant pour la chaine béta du PDGF, ligand d'un autre récepteur kinase inhibé par le Glivec, le PDGF-R (40). Ces résultats devront être confirmés sur une cohorte de patients plus importante mais souligne la nécessité d'un événement cytogénétique/biomoléculaire causal impliquant une cible du Glivec pour qu'une tumeur spécifique soit sensible à ce dernier (GIST, Dermatofibrosarcome, Leucémie Myéloide Chronique). Ainsi, l'expression de c-kit sur des lignées cellulaires de sarcome d'Ewing ne semblent pas représenter une condition suffisante pour les rendre sensible au Glivec (41) ;
La toxicité du Glivec n'a rien à voir avec une chimiothérapie. Les toxicités de grades 3 /4 ne concernent que 5% environ des patients. Les principaux effets secondaires et les remèdes éventuels sont les suivants
Toxicités
fréquentes et non limitantes:
- un oedème péri-orbitaire matinal s'atténuant dans la journée puis
au cours du temps: pas de traitement particulier (crèmes locales de type Cerat frais de
Galien ?);
- un rash cutané sans topographie fixe, également transitoire:
antihistaminiques;
- une gène épigastrique ou abdominale: pansements gastriques ;
- une accélération du transit avec épisodes diarrhéiques: lopéramide
;
- quelques crampes musculaires ou myalgies : décontracturant ;
- des épisodes de nausées vomissements: anti-émétiques, prise du Glivec au milieu du
repas, fractionnement des doses (200 mg matin et soir si prise initiale de 400 mg/j) ;
- une asthénie parfois prononcée vraisemblablement en rapport avec une
anémie quasi constante d'étiologie multifactorielle : les tranfusions
sont rares, la prescription d'érythropoiétine peut être envisagée ;
- une perturbation du bilan biologique hépatique avec cytolyse et
cholestase ;
- une toxicité hématologique similaire à celle observée avec la
chimiothérapie ;
- la liste des médicaments qui peuvent interférer avec le métabolisme
du Glivec est longue et il serait déplacé et inutile de tous les citer. Les deux groupes
de médicaments particulièrement contre-indiqués sont le paracétamol et les
anticoagulant appartement aux dérivés coumariniques.
Ces toxicités sont le plus souvent transitoires, peu intenses, s'atténuent dans le temps
et ne nécessitent pas nécessairement d'interruption du traitement même administrés à
fortes doses (34)
Toxicités
rares et limitantes:
- Cinq pour cent des patients présentent donc des toxicités plus
graves : celles-ci, généralement identiques à celles énumérées ci-dessus mais de
grade 3 ou 4 nécessitent l'arrêt temporaire du Glivec (une à deux semaines). Ces
toxicités s'atténuent dès l'arrêt du Glivec et le traitement peut être repris à
doses inférieures (300 mg au lieu de 400 mg) dès que la toxicité atteint un grade 1 ;
- Quelques patients ont présenté rapidement après le début du traitement des
hémorragies digestives vraisemblablement en rapport avec une lyse tumorale comme on peut
le voir dans les lymphomes digestifs ou les tumeurs germinales extra-gonadiques. Celles-ci
sont particulièrement fréquentes dans les tumeurs stromales hautes, développées au
dépend de la musculeuse de l'estomac et envahissant secondairement la muqueuse gastrique;
- Des hémorragies intra-tumorales et des hémopéritoines ont également été
rapportées, certaines métastases nécrotiques ou hémorragiques se fistulisant dans la
cavité péritonéale, la prise en charge de ces patients devenant alors complexe et
empirique. Certains patients présentant ces tableaux cliniques sont décédés, plus des
complications du Glivec que de leur maladie.
Diagnostic de GIST : quand y penser ?
Compte tenu des résultats
remarquables obtenus avec le Glivec dans des situations tumorales défavorables (GIST
localement avancés inopérables et/ou métastatiques) et de l'incidence élevée des
récidives, même après une rémission complète obtenus chirurgicalement, la prise en
charge des GIST doit être radicalement modifiée. Par analogie avec les sarcomes des
tissus mous des membres, il semble désormais impératif d'envisager une biopsie
chirurgicale ou radiologique, un geste endoscopique voire une laparotomie afin de porter
le diagnostic de GIST avant une chirurgie forcément marginale compte tenu de la
présentation clinique, souvent fonctionnellement mutilante, et inutile de part leur
profil évolutif connu.
Toujours par similitude avec les sarcomes non GIST, l'acte chirurgical doit désormais
s'intégrer dans une approche thérapeutique multidisciplinaire où les traitements
néo/adjuvants, lorsqu'ils ils sont particulièrement actifs, doivent prendre
naturellement leur place. L'importance même du geste chirurgical peut être remis en
question devant l'efficacité des traitements complémentaires. Tous les acteurs du corps
médical, du médecin généraliste, radiologue, endoscopiste, gastro-entérologue,
chirurgien, anatomopathologiste à l'oncologue, doivent ainsi être alertés afin
d'optimiser la prise en charge des GIST en France et dans le reste du Monde où le Glivec
peut être distribué.
Le diagnostic de GIST peut être évoqué en préopératoire devant :
- La
présence d'une volumineuse masse manifestement tumorale, hétérogène à contours bien
limités, polylobée, contenant des zones nécrotiques en son centre ;
- Une masse tumorale abdominale refoulant les organes adjacents sans les
envahir;
- Une masse tumorale avec parfois une base d'implantation sur une
structure digestive visible au scanner;
- De multiples tuméfactions abdominales de taille différente évoquant une
sarcomatose ;
- Une lame d'ascite associée à des tuméfactions abdominales chez un
homme évoquant une rupture spontanée de la coque péri-tumorale (hémorragie ou nécrose
tumorale) ;
- Des hypodensités hépatiques ou images en cocardes évoquant des
métastases hépatiques synchrones ;
- Une ulcération gastrique ou un bombement exogène de la paroi
gastrique permettant une biopsie endoscopique sous-muqueuse ;
- Chez quelqu'un, homme ou femme, d'âge moyen, encore en excellent état
général malgré l'importance du volume tumoral et ne présentant que des troubles
digestifs mineurs (épisodes sub-occlusifs répétés, pesanteur épi ou hypogastrique)
sans perte de poids significative ;
- Toute tumeur de plus de 10 cm dans son plus grand axe, déformant l'abdomen, indolore
sans retentissement sur l'état général est un GIST ou autre sarcome jusqu'à la preuve
du contraire !
Devant ces situations tumorales non urgentes (les GIST évoluent sur de nombreux mois ou
années), en dehors des découvertes accidentelles de GIST de petites tailles lors
d'interventions chirurgicales pour d'autres causes et des interventions urgentes sur
occlusion intestinale, hémorragie digestive basse ou hémopéritoine, le diagnostic de
GIST pourrait être porté en pré-opératoire, ces tumeurs peuvent toutes être
accessibles à un prélèvement biopsique, qu'il soit radiologique, endoscopique ou
chirurgical.
GIST et Glivec: recommandations et stratégies thérapeutiques pour une bonne prise en charge des GIST :
L'avènement du Glivec dans les GIST permet désormais d'établir des recommandations afin d'optimiser la prise en charge des patients atteints de GIST. Compte tenu de nos connaissances actuelles sur le Glivec, des données disponibles ou non encore publiées, basées sur l'expérience des investigateurs dans ce domaine, et de la grande variétés des présentations cliniques des GIST, ces recommandations peuvent être les suivants :
1) GIST localisé
opérable : chirurgie exclusive, pas de traitement complémentaire ;
2) GIST localisé opéré : résection de type RO : pas de traitement complémentaire ;
3) Inclusion des patients 1) et 2) dans d'éventuels essais randomisés posant la question
de l'intérêt du Glivec administré en situation adjuvante (Glivec versus surveillance,
études actuellement non ouvertes). Compte tenu du caractère évolutif imprévisible des
GIST opérés des bas comme des haut grades, pas d'administration systématique de Glivec
en situation adjuvante en dehors d'essais thérapeutiques prospectifs bien conduits ;
4) GIST localisé localement avancé (opérable d'emblée ou inopérable) : Glivec
jusqu'à l'obtention d'une réponse optimale (souvent comprise entre 6 et 9 mois à 400
mg/j de Glivec) et chirurgie de la lésion résiduelle. La question de la poursuite du
Glivec en post-opératoire est actuellement sans réponse. Inclusion des patients dans
d'éventuels essais thérapeutiques posant la question de l'intérêt du Glivec en
situation néoadjuvante sur des GIST localement avancés opérables (actuellement non
ouverts) ;
5) GIST gastrique localisé avec ulcération muqueuse hémorragique: chirurgie exclusive
et 3). Les complications hémorragiques parfois sévères, voire létales, observées dans
les études précitées chez des patients présentant ces formes tumorales imposent la
plus grande prudence quant à l'administration du Glivec en situation néoadjuvante ;
6) GIST d'emblée étendu à toute la cavité péritonéale (effraction tumorale, ascite,
multiples nodules tumoraux) soit un tableau de sarcomatose : Glivec. Inclusion des
patients dans l'étude coordonnée par le Groupe Sarcome français posant la double
question de l'intérêt d'un geste chirurgical secondaire sur la maladie résiduelle et
sur la durée optimale du traitement (randomisation à un an chez les patients non
progressifs entre arrêt versus poursuite du Glivec, réintroduction du Glivec si
reprogression)
7) GIST métastatique opéré: si toutes les métastases hépatiques et/ou péritonéales
ont été retirées chirurgicalement (exérèse R1), pas d'administration systématique de
Glivec en dehors d'essais thérapeutiques (voire 3), Glivec au moment de la rechute qui
peut être tardive même dans ces situations tumorales défavorables;
8) GIST métastatique avec résidus macroscopiques (exérèse R2) : Glivec jusqu'à
l'obtention d'une réponse maximale et discussion au cas par cas d'un éventuel traitement
loco-régional (chirurgie, radiofréquence sur lésions métastatiques hépatiques
résiduelles...). Inclusion éventuelle des patients dans l'étude citée en 6) ;
9) GIST de l'estomac ulcéré et d'emblée métastatique: chirurgie de la lésion
primitive suivi de Glivec. Puis voir en 8). Inclusion éventuelle dans l'étude citée en
6) après l'acte opératoire ;
10) GIST métastatique en dehors du cas précédent : même cas de figure qu'en 8)
11) GIST en rechute: même cas de figure qu'en 8). Tout GIST en rechute, quelque soit la
présentation clinique, quelque soit la taille tumorale et le nombre de sites tumoraux
rechutera quelque soit la qualité du geste chirurgical. D'où l'attitude proposée en 8)
;
12) Léiomyosarcome abdomino-pelvien en rechute: tout léiomyosarcome ou sarcome
apparenté développé initialement dans la sphère abdominopelvienne (y compris chez des
patientes présentant une masse pelvienne volumineuse attribuée à tort à un
léimyosarcome utérin) et rechutant est un GIST jusqu'à la preuve du contraire. Demander
un dosage immunohistochimique du CD117 soit sur la tumeur primitive, soit sur une
métastase opérée ou soit à l'occasion d'une rechute, et ce avant un quelconque nouveau
geste opératoire ;
Questions qui demeurent autour du Glivec en 2002
N'ayons pas peur des mots, le Glivec va révolutionner la prise en charge et le pronostic de ces tumeurs hautement chimiorésistantes. II s'agit de la première tumeur solide où le concept anomalie moléculaire spécifique-traitement spécifique s'applique en Oncologie.
De nombreux points reste
à éclaircir dans les mois et années à venir
La dose optimale quotidienne du Glivec : les deux études
multicentriques randomisées (400 versus 800 mg/j), dont les inclusions se sont terminées
il y a quelques mois, répondront prochainement à cette question ; à l'heure actuelle,
il n'y a pas d'arguments pour privilégier la dose de 600 mg au détriment de 400 mg par
jour ;
La durée optimale de ce traitement : l'étude française
multicentrique, activée depuis quelques semaines, répondra en partie à cette question,
les patients non progressifs à un an étant randomisés entre poursuite et arrêt du
Glivec ;
L'évaluation à long terme des toxicités éventuelles : seul un
suivi optimal des patients inclus dans ces études permettra de les évaluer et de les
colliger, d'où la nécessité de poursuivre les essais thérapeutiques dans ce domaine;
La nature de la maladie résiduelle: le taux de réponse complète
est inférieur à 5% dans les études déjà rapportées. La grande majorité des patients
présentent des lésions tumorales résiduelles dont la nature devra être déterminée
par l'analyse fine, histologique et moléculaire, des masses résiduelles réséquées.
C'est l'autre question que soulève l'étude française précitée; la chirurgie va donc
certainement garder une place prépondérante dans la stratégie thérapeutique des GIST
mais celle-ci ne devrait plus être inaugurale mais « adjuvante » ;
L'intérêt du Glivec en situation adjuvante sur une maladie microscopique
résiduelle (exérèse R1), après une découverte fortuite d'une tumeur stromale
réséquée totalement. Des études randomisées testant l'efficacité anti-tumorale du
Glivec dans ces situations tumorales fréquentes devraient être débutées prochainement
en France ;
Activité du Glivec et degré de malignité des GIST : est-elle
identique quelque soit le nombre de mitoses pour 10 grand champs et la taille tumorale?
Quels sont les mécanismes moléculaires sous-tendant la
résistance primaire au Glivec observée chez 10 à 15% des patients : variations
pharmacocinétiques interpatients, vascularisation des GIST, statut mutationnel du gène
KIT, fonctionnalité de la protéine c-kit et voies de signalisations secondaires,
souspopulations de GIST faussement appelées tumeurs stromales (CD34 positif versus CD34
négatif ?), acquisition d'évènements génétiques intercurrents sur d'autres gènes
codant pour d'éventuelles autres récepteurs à activité tyrosyne kinase.... ?
Le mécanisme exact de l'activité de cet inhibiteur de tyrosine
kinase reste à définir : n'agit-il que sur les cellules exprimant le CD117 au sein de
ces tumeurs hétérogènes ?, y a-t-il une corrélation entre le pourcentage de cellules
exprimant le CD117 et l'activité anti-tumorale du Glivec ?, interagit-il avec le système
immunitaire de l'hôte ?
Quel est le traitement optimal de rattrapage à proposer aux patients réfractaires
ou devenant résistants secondairement au Glivec ?
Enfin, peut-on associer le Glivec à d'autres agents anti-tumoraux
: antiVEGF, autres anti-tyrosyne kinases, antimitotiques, cytokines.... ?
Conclusions
Le Glivec® constitue le premier médicalement intelligent en Oncologie Médicale dans les tumeurs avancées inopérables, en agissant sur l'événement causal d'une tumeur solide, les GIST. Cette avancée ouvre des perspectives considérables dans ce domaine. II s'agit d'un traitement « à la carte » où l'expression tumorale d'une anomalie moléculaire, « la serrure » ne peut être modulée que par « une clef spécifique ». Le démembrement et la reclassification des tumeurs grâce à la Biologie Moléculaire et à la Cytogénétique couplé à la découverte de nouvelles molécules spécifiques inaugure la Pharmacogénomique de demain où chaque tumeur pourra être traitée en fonction de ses caractéristiques génétiques. Le voyage vient de commencer....
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