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Y Calmus - P Podevin - Hôpital Cochin, Paris Réunion annuelle de
pathologie digestive de l'hôpital Cochin - Paris - 08 février 2002 Mis en ligne le 12 février 2002 par Bruno Bour MD Maîtres Toiles
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La problématique est la suivante :
Les lésions histologiques constatées chez les buveurs excessifs sont hétérogènes :
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Dans une série de plus de 1000 patients alcooliques (plus de 50g/j) avec présence d'anomalies biologiques hépatiques, la fréquence des lésions détectées étaient la suivante : stéatose (30,5 %), fibrostéatose (20,5 %), hépatite alcoolique (9 %), cirrhose (14,5 %), cirrhose + hépatite alcoolique (14 %) ; seuls 11, 5 % des patients avaient une histologie normale (Naveau, soumis).
Certains des facteurs de risque d'évolution vers la cirrhose ont été bien établis :
- la dose et la durée de l'alcoolisme : le risque de cirrhose est multiplié par 6 pour des consommations "modérées" (40 à 60 g/j) ; il est de 14 pour des consommations supérieures à 60 g/j. La durée de l'alcoolisme augmente le risque de cirrhose (Naveau 1997). Après sevrage, les lésions régressent habituellement, et la fibrogénèse cesse. Il existe cependant un risque de progression vers la cirrhose malgré le sevrage ; ce risque apparaît plus élevé chez la femme (Parès 1986).
- l'âge est un facteur de risque dans plusieurs séries (Naveau 1997) ; tout se passe comme si la fibrogénèse était plus rapide chez les individus plus âgés.
- le sexe féminin : le risque de cirrhose est très supérieur chez la femme (Becker 1996, Naveau 1997). Le risque relatif par rapport à l'homme est de 12 à 20, pour une consommation d'alcool comparable.
- la présence d'un surpoids : un BMI supérieur à 25 chez la femme, et 27 chez l'homme, est un facteur de fibrogénèse connu dans l'hépatite C et dans la NASH ; au cours de la maladie alcoolique, son rôle a été moins bien établi.
- le type d'alcoolisme : l'alcoolisme régulier est plus délétère que l'alcoolisme intermittent ; une nutrition correcte peut en revanche avoir un effet protecteur (Bellentani 1997).
- les comorbidités : l'infection virale B ou C accélère clairement la vitesse de la fibrogénèse et le risque de cirrhose (Corrao 1998). L'effet d'une mutation du gène de l'alpha1-antitrypsine ou du gène HFE sur la fibrogénèse n'est pas établi.
Le rôle de facteurs génétiques inconnus.
Des facteurs génétiques jouent probablement un rôle essentiel. Dans la plupart des séries, un sous-groupe de patients évolue vers la cirrhose malgré une consommation plus faible et une durée d'alcoolisme plus brève que le reste des autres patients (Giraud 1998). Les gènes candidats pour expliquer un risque de fibrogénèse plus important dans un pourcentage limité de buveurs excessifs sont ceux liés au métabolisme de l'alcool, aux voies de détoxication cellulaire, et à la réponse immunitaire, en particulier.
Le métabolisme de l'alcool passe par deux voies principales : celle de l'alcool-deshydrogénase cytosolique, qui prend en charge de faibles concentrations d'alcool (Km : 0,2-2mM), et celle du cytochrome P450 2E1, microsomale, inductible et capable de prendre en charge des concentrations d'alcool plus élevées (Km : 8-10 mM). Dans les deux cas, le produit est l'acétaldéhyde, métabolite réactif toxique, capable d'induire plusieurs effets hépatotoxiques : productions de radicaux libres oxygénés (RLO), consommation de cytoprotecteurs, tels que le glutathion, production d'adduits acétaldéhyde-protéines cellulaires induisant une réaction "autoimmune". Acétaldéhyde et RLO induisent une péroxydation lipidique, lésant les membranes et induisant apoptose hépatocytaire et activation des cellules de Kupffer (production de RLO, de TNFalpha et de TGFß) et des cellules étoilées (production de matrice extra-cellulaire). L'acétaldéhyde est oxydé en acétate, produit non toxique, par l'acétaldéhyde déshydrogénase mitochondriale.
Anomalies lipidiques.
Dans les hépatocytes, le métabolisme de l'éthanol induit une augmentation de la
concentration des acides gras, sous l'effet d'une augmentation de synthèse et d'une
réduction de la ß-oxydation ; les triglycérides s'accumulent sous l'effet d'une
augmentation de production et d'une réduction de l'exportation. Les acides gras libres,
cytotoxiques, peuvent induire stéatose microvésiculaire et apoptose. L'accumulation des
triglycérides induit la stéatose macrovésiculaire.
Endotoxines.
Les endotoxines, dont la concentration sanguine augmente sous l'effet d'une
augmentation de la perméabilité intestinale, d'une réduction de la clairance hépatique
et/ou d'une modification de la flore intestinale, activent plusieurs types cellulaires
concourant à la fibrogénèse (cellules étoilées, cellules endothéliales, cellules
inflammatoires, et hépatocytes eux-mêmes).
MMP, TIMP.
La fibrose peut être en partie réversible;les métalloprotéinases (MMP), en
particulier les collagénases, peuvent dégrader collagène et autres composantes de la
matrice. Les inhibiteurs tissulaires des MMP (TIMP), produits notamment par les cellules
étoilées activées, jouent en revanche un rôle pro-fibrosant.
Polymorphismes.
Alcool déshydrogénase et acétaldéhyde déshydrogénase présentent des
polymorphismes, modifiant la concentration résultante d'acétaldéhyde, et donc le risque
de toxicité hépatique induite par l'alcool. Les études portant sur ces polymorphismes
sont discordantes : la répartition des génotypes varie beaucoup d'une population à
l'autre, y compris d'un même pays, de sorte que ces études ne peuvent apporter une
ébauche de réponse que lorsqu'elles portent sur des groupes ethniques extrêmement bien
définis.
Les gènes codant pour des protéines exerçant un effet cytoprotecteur sont de bons
candidats pour rechercher des polymorphismes expliquant la fibrogénèse. Un polymorphisme
portant sur la séquence de localisation mitochondriale de la MnSOD (superoxyde dismutase
mitochondriale) est clairement associé à la survenue de lésions hépatique graves chez
les buveurs (Degoul 2001).
Des polymorphismes portant sur les gènes des cytokines, des chémokines ou de leurs
récepteurs, pourraient expliquer une partie du risque de fibrogénèse. Un polymorphisme
du gène du TGF-ß est ainsi associé à une vitesse élevée de fibrogénèse chez
l'homme (Gewaltig 2002).
Les marqueurs de fibrose.
La présence de lésions histologiques significatives, en particulier d'une fibrose,
est mal corrélée avec les tests biologiques hépatiques usuels. Ainsi, même en
présence d'une élévation isolée des gGT, considérée comme un marqueur de stéatose
simple, des lésions hépatiques importantes (fibrose, hépatite alcoolique, voire
cirrhose) peuvent être constatées (Naveau, soumis).
Des marqueurs de fibrogénèse ont été recherchés pour affiner cette détection, et
dans le but ultime de prévoir les patients chez qui une biopsie hépatique devait être
réalisée, ou pour réduire, voire supprimer, les biopsies réalisées dans le suivi de
ces patients. Des paramètres biologiques indépendants ont été recherchés par analyse
multivariée : taux de prothrombine, gGT, apolipoprotéine A1, a2-macrogloguline,
eventuellement associés en un score discriminant ("PGA" ou "PGAA")
permettent de classer correctement patients avec ou sans cirrhose (plus de 90% des
patients bien classés), ce que permet souvent la simple clinique (gros foie, signes
cutanés d'insuffisance hépatique, thrombopénie, TP<80 %). En revanche, ces tests
sont en défaut pour détecter et classer le degré de fibrose non cirrhotique : moins de
70 % des patients sont bien classés (Poynard 1991, Naveau 1994).
Des tests plus sophistiqués ont été proposés : dosage sérique de l'acide
hyaluronique, du peptide C-terminal du collagène III (P III P), collagène IV, laminine (Tsutsumi 1996) ... Parmi ces tests, le dosage de l'acide hyaluronique
est sans doute actuellement le mieux corrélé à la fibrose (Parès
1996, Pilette 1998). Il reste que l'analyse histologique reste
actuellement le marqueur de référence (Pilette 1999).
Conclusion
1. Seuls une fraction des buveurs excessifs (5 à 20 %) évoluent vers des lésions histologiques graves, en particulier la cirrhose.
2. L'évolution des lésions hépatiques induites par l'alcool, en particulier celle de la fibrogénèse, n'est pas linéaire, et ne permet donc pas une modélisation facile.
3. Les tests biologiques usuels sont un mauvais reflet de l'importance des lésions hépatique, et seule la biopsie permet actuellement le dépistage des lésions graves et le suivi des patients alcooliques.
4. Certains des facteurs de risque sont bien établis (âge, sexe féminin, consommation élevée et continue d'alcool, comorbidités). Cependant, des facteurs génétiques qui restent à déterminer, jouent probablement un rôle essentiel. Les pistes explorées concernent les gènes du métabolisme de l'alcool, de l'apoptose, de la détoxication, de la réponse immunitaire et inflammatoire. Une meilleure connaissance des gènes en cause permettrait de déterminer les patients à risque. Un bon usage de cette connaissance reste à établir...
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