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L Baugerie - Hôpital Rothchild, Paris Réunion annuelle de
pathologie digestive de l'hôpital Cochin - Paris - 08 février 2002 Mis en ligne le 12 février 2002 par Bruno Bour MD Maîtres Toiles
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- Dépistage de masse versus détection individuelle Le dépistage de masse sadresse à la population générale alors que la détection individuelle sapplique à des groupes à risque ou des individus demandeurs. Le mode opératoire peut être différent dans ces 2 stratégies. Dans le cas du cancer colo-rectal, le dépistage de masse passe par lHémoccult®, répété si négatif et indiquant une coloscopie en cas de positivité ; la détection individuelle repose sur la coloscopie demblée. Dans le cas de la maladie de coeliaque (MC), les choses sont plus complexes. Les examens sanguins et la fibroscopie oeso-gastro-duodénale (FOGD) sont deux éléments nécessaires au diagnostic. La définition de la maladie coeliaque, quelle que soit son expression, exige toujours en 2002 une atrophie villositaire (1), ce qui correspond aux grades histologiques 3 et 4 de Marsh (2). La prévalence de la MC ainsi définie est de 1/100 à 1/500 dans les pays développés (1,3). Dans cette acception de la maladie, les examens sanguins actuellement disponibles et validés (IgA anti-endomysium, IgA anti-gliadine, dosage pondéral des Ig pour éliminer une carence en IgA présente chez 0,2 % de la population et 2,5 % des coeliaques) ont une bonne valeur prédictive négative de maladie coeliaque, supérieure ou égale à 90 %. Ceci a pour conséquences que : a) dans un contexte de dépistage de masse, seuls sont réalisés les examens sanguins, complétés par une FOGD seulement en cas de positivité dun des anticorps ; b) dans un contexte de détection individuelle au sein de groupes à risque, larrêt de la démarche au vu dexamens de sang négatifs ne se conçoit que si les malades sont asymptomatiques ou, en cas de symptômes, lorsquil ny pas de bénéfice individuel à attendre dun régime sans gluten.
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- Un dépistage de masse nest
pas justifié
Les intérêts dun dépistage de masse de la MC seraient de : a) dépister
des carences en fer et des ostéopénies méconnues potentiellement réversibles sous
régime sans gluten ; b) surtout, de prévenir un risque accru de cancers (lymphomes T du
grêle (1/1000 MC (4)), adénocarcinomes du grêle, cancers de
loropharynx et de lsophage). Le travail tout récent du Lancet (5) confirme la surmortalité par cancer au cours de la MC symptomatique
«classique», mais suggère que lincidence des cancers et la mortalité des MC
pauci ou asymptomatiques sont identiques à celles de la population générale. En plus de
son intérêt douteux, le dépistage poserait des problèmes importants de coût et de
faisabilité (quand débuter et répéter les tests ?). De plus, lacceptation puis
le respect dun régime sans gluten, très contraignant socialement et de
justification contestable, seraient aléatoires. Pour toutes ces raisons, il ne faut pas
faire un dépistage de masse de la MC.
- Détection individuelle des groupes à risque
Parents du premier degré des
individus atteints de MC
La prévalence de la MC dans ce groupe est de lordre de 10 %, soit 10
à 50 fois supérieure à celle de la population générale. Bien que la mortalité
globale des parents du premier degré des coeliaques ne soit pas différente de celle de
la population générale (5), il est licite de proposer la détection
individuelle, ne serait-ce que dun point de vue cognitif et psychologique au sein
des familles
Formes infra-cliniques
Au cours des carences en fer sans explication gynécologique évidente, il
est actuellement recommandé de faire en première intention une FOGD et une coloscopie.
Ce serait une erreur dans ce contexte de ne pas réaliser des biopsies duodénales
distales, ce qui fait perdre de son intérêt à la détection sérologique. En revanche,
celle-ci est justifiée en cas dostéopénie et de cytolyse inexpliquées.
Maladies associées
La MC est significativement plus fréquente que dans la population
générale au cours de la trisomie 21, du syndrome de Williams, de Turner, des
cardiopathies congénitales et des polyarthrites rhumatoïdes. En gastro-entérologie, les
colites microscopiques (MC) sont fréquemment associées à une MC (15 % dans une série
récente (6)). Il paraît licite de rechercher par sérologie une MC
après un diagnostic de CM (dans les cas où des biopsies duodénales nont pas
déjà été réalisées), pour ne pas faire courir au malade le risque dune
apparente résistance au traitement de la CM du fait dune MC associée.
Maladies auto-immunes (MAI)
La MC est une maladie auto-immune (7). Les auto-antigènes
sont issus de linteraction entre la gliadine et la transglutaminase et sont
présentés aux lymphocytes par les cellules présentatrices dantigènes exprimant
HLA-DQ2 ou HLA-DQ8. De nombreuse MAI (diabète insulino-dépendant, thyroïdite,
hépatite, CBP, Sjögren, Addison, gastrite Biermerienne, etc) seraient associées à une
MC dans 5 à 10 % des cas. Les intérêts potentiels ici de diagnostiquer la MC associée
sont daccroître la lisibilité dans la part des symptômes attribuable à la
maladie index, et une hypothétique prévention de laggravation des phénomènes
dauto-immunité, entretenus via la gliadine par un processus «dantigen
spreading» (7). Pour détecter la présence de la MC, il faut répéter
la sérologie à distance du diagnostic de la MAI index, une négativité initiale
fréquente ayant été bien démontrée dans le cas du diabète (8).
Présentations cliniques atypiques
La MC peut sexprimer initialement sous la forme dune dermatite
herpétiforme, dune polyarthropathie, dun tableau neurologique (ataxie,
neuropathie périphérique, épilepsie avec calcifications), de fausses couches à
répétition, dune petite taille. Un tableau de fatigue chronique, réversible sous
régime sans gluten, peut être expliqué par une MC (9). Des travaux
encore non concluants cherchent à déterminer si la MC est une cause significative de
syndrome de fatigue chronique de ladulte (10).
Au cours des troubles fonctionnels intestnaux (TFI), il est de bonne guerre
déliminer une MC au moment du diagnostic, surtout en cas de symptômes récents ou
récemment aggravés. Une étude allemande récente va plus loin, puisquelle cherche
à détecter des états « pré-coeliaques » au cous des TFI (11). Dans
cette étude, environ 30 % des colopathes sont HLA-DQ2+, ont un taux élevés
danticorps anti-endomysium ou anti-gliadine dans le suc duodénal, ou un taux
élevé de lymphocytes inra-épithéliaux. Aucun dentre eux na
danticorps dans le sang ou une atrophie villositaire définissant la MC « classique
». Fait notables, ces malades tendent à saméliorer sous régime sans gluten,
significativement plus que les colopathes « idiopathiques ». Ce travail ouvre une voie
de recherche intéressante.
En conclusion, le dépistage de masse de la MC nest ni faisable ni souhaitable pour le moment. En ce qui concerne la détection individuelle au sein de groupes à risque : a) les outils de détection sont au point mais perfectibles (anticorps anti-transglutaminase) ; b) la liste des groupes à risque explose ; c) lintérêt individuel de la détection est selon les groupes évident (adolescents de petite taille, fausses couches à répétition), discutable au cas par cas (parents du premier degré asymptomatiques) ou à démontrer (MAI sans signes digestifs ou généraux).
Références
(1) Fasano A, Catassi C. Current approaches to diagnosis
and treatment of celiac disease : an evolving spectrum. Gastroenterology 2001 ;120
:636-51. [résumé]
(2) Marsh MN. Gluten, major histocompatibility complex, and the small
intestine. Gastroenterology 1992 ;102 :330-54. [résumé]
(3) Farrell RJ, Kelly CP. Celiac sprue. N Engl J Med 2002 ;346 :180-8.
[pas de résumé]
(4) Johnston SD, Watson RG. Small bowel lymphoma in unrecognized coeliac
disease :a cause for concern. Eur J Gastroenterol Hepatol 2000 ;12 :645-8. [résumé]
(5) Corrao G, Corazza GR, Bagnardi V, Brusco G, Ciacci C, Cottone M, et
al. Mortality in patients with celiac disease and their relatives : a cohort study. Lancet
2001 ;358 :356-61. [résumé]
(6) Matteoni
CA, Goldblum JR, Wanf N, Brzezinski A, Achkar E, Soffer EE. Celiac disease is highly
prevalent in lymphocytic colitis. J Clin Gastroenterol 2001 ;32 :225-7. [résumé]
(7) Davidson A, Diamond B. Autoimmune diseases. N Engl J Med 2001 ;345
:340-50. [pas de résumé]
(8) Viscardi M, Barera G, Bonfanti R, Menni L, Zappa L, Leone BE, et al.
Occurrence of coeliac disease after the onset of diabetes mellitus : a six years follow-up
(abstr). J Pediatr Gastroenterol Nutr 2000 ;31 :S216. [pas de résumé]
(9) Fabiani E, Catassi C, Villari A, Gismondi P,
Pierdomenico R, Rätsch IM, et al. Dietary compliance in screening-detected coeliac
disease adolescents. Acta Paediatr Suppl 1996 ;412 :65-7. [résumé]
(10) Skowera A, Peakman M. High prevalence of serum
markers of celiac disease in patients with chronic fatigue syndrome. J Clin Pathol 2001
;54 :335-6. [pas de résumé]
(11) Wahnshaffe U, Ullrich U, Riecken O, Schulzke JD.
Celiac disease-like abnormalities in a subgroup of patients with irritable bowel disease.
Gastroenterology 2001 ;121 :1329-38. [résumé]
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