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M Gaudric - Hôpital Cochin, Paris Réunion annuelle de
pathologie digestive de l'hôpital Cochin - Paris - 08 février 2002 Mis en ligne le 12 février 2002 par Bruno Bour MD Maîtres Toiles
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LHEMOCCULT est le seul test dont lefficacité ait été prouvée. Quatre essais randomisés aux Etats-unis (1), en Grande-Bretagne (2), en Suède (3) et en France (4) montrent que la réalisation tous les 1 à 2 ans dun hémoccult pendant 8 à 13 ans permet de réduire la mortalité par cancer colorectal de 14 à 33%. Cest le test généralement recommandé du fait dun coût faible et de labsence deffets secondaires graves. Toutefois, sa mauvaise sensibilité (<40%) et sa spécificité médiocre (85 à 98% selon la technique) en limitent lintérêt.
La SIGMOÏDOSCOPIE est peu utilisée en France. Aucune étude randomisée ne prouvant son efficacité nest disponible. Des études cas témoins en Grande-Bretagne et aux Etats-unis (5, 6, 7) montrent quelle diminue lincidence du cancer de 50% (7) et la mortalité (5, 6) de 60 à 80% mais seulement pour le cancer du colon gauche. Un dépistage par une sigmoïdoscopie tous les 5 ans est recommandé aux Etats-unis. Lieberman et coll (8) montrent que lassociation dun test hémoccult à la sigmoïdoscopie permet daugmenter la sensibilité de 70 à 76% et même 80% chez les sujets entre 50 et 59 ans chez qui le cancer du colon droit est moins fréquent. Toutefois tous les sujets de cette étude ont eu une coloscopie et les résultats sont théoriques puisque les lésions en aval de langle splénique ont été considérées comme accessible à la sigmoïdoscopie, ce qui est sûrement surévalué.
La COLOSCOPIE, du fait de sa grande sensibilité et de sa spécificité proche de 100% paraît, intuitivement, être le meilleur examen de dépistage. Ses avantages en rentabilité diagnostique sont contrebalancés par ses inconvénients (effets secondaires, accès difficile et coût élevé) dont limpact est difficile à mesurer. Il nexiste aucune étude randomisée ayant cherché à évaluer lintérêt de lendoscopie dans le dépistage du cancer colorectal chez les sujets à risque moyen.
Les bénéfices sont évidents :
- La
coloscopie est indispensable au diagnostic des polypes et permet den faire
lexérèse. Elle est donc, de toute façon, le complément indispensable des autres
tests de dépistage. Elle est indiquée en cas dhémoccult positif ou après la
sigmoïdoscopie sil existe des polypes « à risque » (cest-à-dire = 1cm ou
histologiquement avancés) du colon gauche.
- Elle permet le diagnostic des polypes du colon droit et du transverse
dont la fréquence est sous estimée. Trois études récentes (9, 10, 11) montrent que près de la moitié des polypes «
à risque » du colon droit ne sont pas associés à des polypes du colon gauche et sont
donc méconnus par la sigmoïdoscopie. Dans ces 3 études, tous les sujets avaient des
coloscopies permettant détablir la topographie des polypes. La sigmoïdoscopie
était censée faire le diagnostic des polypes siégeant sur le recto sigmoïde et le
colon gauche ce qui surestime sûrement ses performances
- De plus, la prévalence des polypes en amont de langle
splénique augmente avec lâge : 2% de polypes « à risque » entre 50 et 59 ans et
5,9% au-delà de 70 ans (11).
- Le travail de Winawer et le National Study Group en 1993 (12) a prouvé lefficacité de la polypectomie endoscopique chez 1418
patients avec une réduction de lincidence du cancer de 76 à 90 % par rapport à 3
groupes contrôles et a été confirmé par dautres (13)
Les inconvénients de la coloscopie sont plus mal connus et sont interdépendants :
- Les
complications sont estimées à 1/1000, essentiellement représentées
- par les perforations et les complications hémorragiques. Les
hémorragies ne concernent pratiquement que les polypectomies et leur incidence est donc
indépendante du test initial de dépistage. Le relevé des autres complications est loin
dêtre exhaustif. Lieberman fait état de 3 complications /1000 coloscopies incluant
hémorragies, perforations et complications cardio-vasculaires (11).
Lenquête de la SFED en 1998 estime le taux de complications à 2,4/1000 sur plus
d1 million de coloscopies, mais il sagit dune enquête rétrospective
- La compliance est déterminante. Elle dépend du risque de
complications, des conditions de réalisation de lexamen (préparation, anesthésie
), de son efficacité et de la prise en charge sociale de lexamen et de ses
conséquences. Toutefois, il a été montré, pour le cancer colorectal avec
lhémoccult, comme pour le cancer du sein avec la mammographie que la compliance aux
examens de dépistage sémousse avec le temps. Un test très sensible, même si la
compliance est médiocre, pourrait ainsi savérer plus efficace quun test peu
sensible nécessitant dêtre souvent répété. Lacceptabilité de la
coloscopie concerne tous les programmes de dépistage, quel que soit le test initial. Elle
atteint 80 à 85% pour les sujets volontaires pour un dépistage par lhémoccult. La
coloscopie est plus confortable et moins gênante que la sigmoïdoscopie grâce à la
sédation. Atkin et coll (14) ont fait une campagne dinformation
sur le dépistage du cancer colorectal auprès de 3564 sujets ; 60% se sont déclarés
intéressés parmi lesquels 70% ont accepté une sigmoïdoscopie.
- Le
coût de la coloscopie de dépistage na pas été évalué en France.
Les études coût-efficacité ont toujours été réalisées à partir de modèles
mathématiques simulant les résultats de différentes stratégies de dépistage sur une
cohorte de population par rapport à ceux qui seraient observés en labsence de
dépistage. Ces modèles tiennent compte des données disponibles dans les pays où ils
sont réalisés et ne sont donc pas transposables mais ont une valeur indicative. Un
dépistage annuel par lhémoccult dans la population Française entre 45 et 74 ans
réduirait la mortalité par CCR de 17, 2% avec un coût par année de vie gagnée de 22
600 à 31 200 F. (15). Deux études de modélisation réalisées aux
Etats-unis ont montré quen terme de coût-efficacité la coloscopie avait un
intérêt. Pour Sonnenberg et al (16) une coloscopie tous les 10 ans
savère supérieure à lhémoccult et à la sigmoîdoscopie si on prend en
compte le coût supplémentaire des cancers non diagnostiqués. Pour Frazier et al (17) la stratégie la plus efficace est lassociation dun
hemoccult et dune sigmoïdoscopie répétée tous les 5 ans mais, compte tenu de la
faible compliance habituellement observée, une seule coloscopie à 55 ans serait
équivalente ; dans cette étude il apparaît quune réduction de la mortalité par
cancer colorectal de 40 à 70% pourrait être obtenue pour un coût équivalent à celui
consacré au dépistage du cancer du sein.
-
Laccès à la coloscopie est un facteur limitant fondamental.
Il y a actuellement en France environ 8 à 9 000 000 de sujets entre 50 et 70 ans.
Lenquête de la SFED en 1998 montre que 1 162 598 coloscopies avaient été
effectuées dans lannée, dont la moitié à peu près entre 50 et 70 ans. Un
dépistage avec une seule coloscopie dans cette tranche dâge augmenterait certes le
nombre des coloscopies à réaliser mais de façon raisonnable si les indications étaient
plus judicieusement posées, évitant en particulier la répétition dexamens
inutiles chez certains patients. Ces mesures seraient toutefois insuffisantes si on tient
compte du fait que la diminution de la mortalité liée au cancer a été démontrée
pendant les 10 ans suivant une coloscopie (18) mais pas au-delà et que
les prévisions démographiques font état dune progression importante de la
population de plus de 50 ans et de son vieillissement au cours des prochaines décennies.
Laugmentation des coloscopies pourrait avoir des conséquences inattendues telles
que le retard au diagnostic pour des patients symptomatiques du fait dun allongement
des délais dattente.
EN CONCLUSION
:
Il existe des preuves de lintérêt de la coloscopie dans le dépistage du cancer
colorectal. Sa sensibilité et sa spécificité pour lidentification des polypes et
de leur grade histologique, sa capacité à faire dans le même temps le traitement des
lésions précancéreuses, compensent les inconvénients liés aux risques de
complication, à linconfort et aux contraintes de lexamen. La difficulté de
mise en uvre à grande échelle et le taux dacceptabilité qui demeure inconnu
ne permettent pas actuellement de conclure à son efficacité dans un dépistage de masse.
Dautres méthodes pourraient devenir intéressantes dans lavenir mais
nont pour linstant aucune place dans les stratégies de dépistage ; ce sont
le diagnostic génétique qui a lavantage de ne pas être invasif, la coloscopie
virtuelle dont les risques sont minimes et lacceptabilité a priori plus facile et
la capsule dont la technologie est actuellement insuffisante pour létude du colon.
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2/ Hardcastle JD, Chamberlain JO, Robinson MH et al. Randomised controlled
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3/ Kronborg O, Fenger C, Olsen J. Randomised study of screening for
colorectal cancer with faecal-occult-blood test. Lancet 1996 ; 348 : 1467-1471 [résumé]
4/ Faivre J, Tazi MA, Milan C. Létude Bourguignonne
dévaluation du dépistage de masse du cancer colorectal par la recherche dun
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5/ Selby JV, Friedman GD, Quesenbery CP, Weiss NS. A case-control study of
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6/ Newcomb
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7/ Muller AD, Sonnenberg A. Protection by endoscopy against death from
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16/ Sonnenberg A, Delco F, Inadomi J Cost effectiveness of colonoscopy in
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17/ Frazier AL, Colditz GA, Fuchs CS, Kuntz KM. Cost effectiveness of
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