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David Parlier - Hôpital Cochin, Paris Réunion annuelle de Pathologie digestive de l'Hôpital Cochin Vendredi 9 février 2001 Mis en ligne le 29 mars 2001 par Bruno Bour MD Maîtres Toiles |
Incidence
Lincidence des hépatites sous traitement antirétroviral est mal définie car
1-les essais thérapeutiques excluent souvent certaines populations à risque, comme les toxicomanes, souvent co-infectés par le VHC,
2- les observations dhépatites médicamenteuses ne sont pas rapportées à la population totale exposée.
Dans létude de Sulkowski (1), 46% des patients développent une cytolyse (> 1.25 N) sous multithérapie antirétrovirale. Une cytolyse hépatique, si modérée soit-elle, est donc fréquemment observée. Le taux de cytolyse " sévère ", définie par des transaminases > 5N est observée chez 10.4 % des patients après une médiane de traitement de 118 jours (63-156 j). Les premières études de monothérapie (INTI) avaient déjà permis de montrer une élévation des transaminases chez les patients traités par zidovudine, didanosine ou zalcitabine, avec parfois des hépatites sévères. Des cas dhépatites parfois sévères, survenant à lintroduction ou après plusieurs mois de traitement, ont aussi été décrits sous IP. Ces hépatites médicamenteuses sont le plus souvent asymptomatiques. Depuis lavènement des trithérapies, il est difficile dincriminer avec certitude le rôle dune molécule lors de lapparition danomalies du bilan hépatique. Quelques études ont néanmoins pu mettre en évidence des facteurs de risque dhépatite médicamenteuse et un risque majoré dhépatotoxicité avec la classe des IP ou avec certains IP.
Facteurs de risque
Les trithérapies associant 2 INTI et 1 IP sont plus hépatotoxiques que les bithérapies associant 2 INTI : 7.9 % versus 4.8 %/an (p=0.01) dhépatotoxicité sévère dans létude française de Savès (2), et 3.3 % versus 2 % /mois (NS)(1).
Parmi les IP, plusieurs études montrent que le ritonavir (Norvir) est responsable dun taux plus élevé dhépatites cytolytiques que les autres IP : 6.3 %/mois versus 1 à 2 %/mois (S)(1), 4 % versus 1.3 à 2.8 % (3), 9/ 57 versus 3/60 patients (p=0.002)(4).
Un autre inhibiteur de la protéase, lindinavir (Crixivan), pourrait être associé à une cholestase prolongée (bilirubine > 3N) : 5.2 % versus 2.2 % pour les autres antirétroviraux.
La co-infection virale C est associée à un risque plus élevé de développer une cytolyse > 5N, avec un OR à 7.1 (p=0.002) dans létude de Pilroth (3), un OR à 2.7 sous bithérapie et 3.2 sous trithérapie (avec un IP) dans létude de Savès (2).
Les autres facteurs de risque indépendants de cytolyse > 5N sont la présence de lAg HBS (OR=2.6) et un antécédent de cytolyse avant traitement (OR=14.8) pour les patients traités par 2 INTI. Chez les patients sous IP, on retrouve lAg HBS + (OR=3), lantécédent de cytolyse (OR=2.3) et lexistence dune cytolyse >50 UI/L à linitiation du traitement (OR=3.2). Dans une autre étude, laugmentation des lymphocytes T8 > 50/mm3 était associée à une plus grande hépatotoxicité (OR=3.6).
Les mécanismes par lesquels la co-infection virale C favorise lhépatotoxicité des antirétroviraux ne sont pas connus. Plusieurs observations suggèrent que certains cas dhépatite soient en rapport avec une restauration de limmunité spécifique anti-VHC, induite par la trithérapie (5,6). Dans certains cas, lhépatite est associée à une séroréversion chez des patients avec une virémie positive, mais une sérologie négative avant linstauration du traitement.
Des réactions cytolytiques sont aussi décrites avec les inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse. La névirapine (Viramune) peut être responsable dhépatite sévère dorigine probablement immuno-allergique (7).
Toxicité mitochondriale
A coté la toxicité hépatique médicamenteuse " classique " des antirétroviraux, les INTI peuvent être responsables dune stéatose hépatique aiguë associée à une acidose lactique en rapport avec une toxicité mitochondriale. Cette complication est rare mais grave, notamment en cas de diagnostic tardif.
Les INTI sont incorporés dans lADN et bloquent les différentes polymérases cellulaires. Le corollaire de leffet thérapeutique obtenu par le blocage de la transcriptase inverse du VIH est linhibition de la polymérase g , indispensable à la réplication de lADN mitochondrial. Ces altérations mitochondriales sont responsables datteintes tissulaires diverses, dincidence variable selon lINTI (myopathie, cardiomyopathie, pancréatite, neuropathie, cytopénie, néphropathie).
Les symptômes sont peu spécifiques : asthénie, anorexie, nausées, vomissements, douleurs abdominales. Lexamen clinique peut retrouver une hépatomégalie et dans les cas les plus graves des signes dinsuffisance hépato-cellulaire. La cytolyse est modérée (<10 N). Les lactates sont quelquefois très élevés (30 mmol/L). La stéatose peut être évoquée par limagerie (TDM/écho). Lexamen histologique du foie montre une stéatose microvésiculaire, macrovésiculaire ou mixte (8, 9). Le délai dapparition de cette complication est prolongé (5- 17 mois). Lincidence des formes sévères (50% de décès environ) a été évaluée à 1.3 cas/1000 patients par an (10) et celle des formes modérées à 20.9 cas/1000 patients par an (11).
Ce syndrome de stéatose aiguë-acidose lactique semble plus fréquemment observé sous stavudine (Zerit) (12).
En pratique
Il ny a pas dattitude définie et évaluée concernant la surveillance des patients sous trithérapie et la conduite à tenir lors de lapparition danomalies du bilan hépatique. La surveillance biologique repose sur les transaminases, réalisées mensuellement en début de traitement. En cas de co-infections B ou C, de cytolyse à linitiation du traitement, de traitement par Ritonavir, Viramune ou un médicament récemment mis sur le marché, une surveillance un peu plus étroite est à conseiller.
Une augmentation des transaminases à 2-3 N est tout à fait banale et ne conduit pas à un arrêt du traitement. En cas daugmentation confirmée des transaminases au-delà de 5 ou 10 N chez les patients non co-infectés, larrêt de toute la trithérapie ou de lun des médicaments, en priorité lIP, doit être décidé en fonction de la chronologie de lintroduction de ces médicaments. Après le retour à la normale des transaminases, lintroduction dun autre antiprotéase ou dun inhibiteur non nucléosidique peut être réalisée. Chez les patients co-infectés, la situation est plus compliquée puisquil peut sagir dune hépatite médicamenteuse ou dune cytolyse en rapport avec une restauration de limmunité anti-VHC. Dans ce dernier cas, le phénomène risque de récidiver avec toute thérapie antivirale efficace. Cette cytolyse peut saméliorer après plusieurs semaines. Dans cette situation, une surveillance biologique attentive (transaminases, TP) est nécessaire et la biopsie hépatique doit être discutée, même si celle-ci napporte le plus souvent pas dargument formel pour une atteint médicamenteuse.
Le point important concernant le syndrome de stéatose aiguë-acidose lactique sous INTI est dévoquer le diagnostic devant des symptômes si peu spécifiques quune asthénie, des nausées ou un amaigrissement. En cas délévation inexpliquée des lactates, le traitement par INTI doit être immédiatement interrompu, même en labsence dacidose. Il nexiste pas de traitement spécifique mais certaines observations suggèrent que ladministration de cofacteurs de la chaîne respiratoire mitochondriale comme la thiamine (B1) ou la riboflavine (B2) puisse corriger rapidement lacidose (13,14).
Références
1 - Sulkowski M, Thomas D, Chaisson R, Moore R. Hepatotoxicity associated with antiretroviral therapy in adults infected with human immunodeficiency virus and the role of hepatitis C or B virus infection. JAMA 2000; 283: 74-80. [Abstract Medline Pubmed]
2 - Savès M, Vandentorren S, Daucourt V, Marimoutou C et al. Severe hepatic cytolysis : incidence and risk factors in patients treated by antiretroviral combinations Aquitaine cohort, France, 1996-1998. AIDS; 13: F115-F121.
3 Bonfanti P, Valsecchi L, Parazzini F, Carradori S et al. Incidence of adverse reactions in HIV patients treated with protease inhibitors: a cohort study. AIDS 2000; 14: 2369-245. [Abstract Medline Pubmed]
4 - Piroth L, Grappin M, Waldner A, Sgro C, Duong M et al. Les arrêts pour intolérance des traitements par inhibiteurs de la protéase du VIH-1. Presse Med 1999 ; 28 : 381-387. [Abstract Medline Pubmed]
5 Zylberberg H, Pialoux G, Carnot F, Landau A et al. Rapidly evolving hepatitis C virus related cirrhosis in a human immunodeficiency virus- infectede patient receiving triple antiretroviral therapy. Clin Infect Dis 1998; 27: 1255-1258. [Abstract Medline Pubmed]
6 John M, Flexman J, French M. Hepatitis C virus-associated hepatitis following treatment of HIV-infected patients with HIV protease inhibitors: an immune restoration disease ?. AIDS 1998; 12: 2289-2293. [Abstract Medline Pubmed]
7 Cattelan AM, Erne E, Salatino A, Trevenzoli M et al. Severe hepatic failure related to nevirapine treatment. Clin Infect Dis 1999; 29: 455-456. [No Abstract available on Medline Pubmed]
8 Sundar K, Suarez M, Banogon P, Shapiro J. Zidovudine-induced fatal lactic acidosis and hepatic failure in patients with acquired immunodeficiency syndrome: report of two patients and review of the literature. Crit Care Med 1997; 25 : 1425-1430. [Review. No Abstract Medline Pubmed]
9 Miller K, Cameron M, Wood L, Dalakas M et al. Lactic acidosis and hepatic steatosis associated with use of stavudine: report of four cases. Ann Intern Med 2000; 133: 192-196. [Abstract annals of Internal Medicine - Full-Text en format pdf]
10 Fortgang I, Belitsos P, Chaisson R, Moore R. Hepatomegaly and steatosis in HIV-infected patients receiving nucleoside analog antiretroviral therapy. Am J Gastroenterol 1995; 90: 1433-1436. [Abstract Medline Pubmed]
11 Lonergan T, Behling C, Pfander H, Hassanein T et al. Hyperlactatemia and hepatic abnormalities in 10 human immunodeficiency virus-infected patients receiving nucleoside analogue combination regimens. Clin Infect Dis 2000; 31: 162-166. [Abstract Medline Pubmed]
12 Carr A, Miller J, Law M, Cooper D. A syndrome of lipoatrophy, lactic academia and liver dysfunction associated with HIV nucleoside analogue therapy : contribution to protease inhibitor-related lipodystrophy syndrome. AIDS 2000; 14: F25-F32.
13 Schramm C, Wanitschke R, Galle P. Thiamine for the treatment of nucleoside analogue-induced severe lactic acidosis. Eur J Anasthesiol 1999; 16: 733-735.
14 Fouty B, Frerman F, Reves R. Riboflavin to treat nucleoside analogue-induced lactic acidosis . The Lancet 1998; 352 : 291-292. [No Abstract available on Medline Pubmed]
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